VI. — La c ollection canonique du « Vaticanus
Voici une collection qui se rattache au mouvement d’études d’où est sorti le Décret deGratien. C’est la collection contenue
i. L. Duchesne, Le Liber Pontificalis, t. II, p. xxxvï.
PENDANT LA R FORME DE L’ÉGLISE
dans le manuscrit latin 1 345 de la Bibliothèque Vaticane 1 . Elle est remarquable, parce qu’elle combine des données empruntées aux œuvres d’Yves de Chartres avec d’autres, qui proviennent du Liber de misericordia et iustitia d’Alger de Liège 2 . Or Yves et Alger sont deux sources principales de Gratien, en tout cas celles qui contribuent le plus à constituer le caractère de son œuvre.
La collection du Vaticanus i 345 prouve donc que la combinaison des œuvres d’Alger et de celles d’Yves n’est pas une idée personnelle à Gratien. Étant données les habitudes de compilation du moyen âge, cette combinaison était un moment obligé du développement des études canoniques. Ce n’est pas à dire que la doctrine de ces diverses compilations devait, par le fait même, être identique. Chaque auteur restait libre de faire son choix parmi des décisions souvent peu concordantes. Une comparaison du Décret de Gratien et de la collection vaticane suffirait à le prouver.
La collection vaticane contient un assez long exposé sur les sacrements administrés en dehors de l’Église 3 . Les éléments en sont empruntés, à peu près exclusivement, à Yves et à Alger. Quelques données seulement sont postérieures aux textes les plus récents insérés par Yves. Ce sont les canons 5-7 du concile de Plaisance de 1095 , relatifs à l’achat, fait par des parents, d’un bénéfice ecclésiastique pour leur enfant 4 . Les textes d’Urbain II cités par Yves, par exemple la décrétale relative h Daibert, ou la lettre a Gebhard de Constance, ne sont pas insérées. Aussi l’auteur de la collection vaticane s’en tient-il à la doctrine d’Alger, au sujet des sacrements administrés en dehors de l’Église. Comme on va le voir, Gratien, qui insère dans son Décret les principales décisions d’Urbain II, n’a pas pu se borner à copier les conclusions d’Alger. Il a dû en formuler de nouvelles.
Le xii® siècle est l’époque des grandes formations scolaires. Des écoles se constituent qui devaient avoir, le plus souvent, une
1. Cette collection se trouve décrite sommairement dans P. Fournier, Les collections canoniques attribuées à Yves de Chartres , p. 198-206, Paris, 1897.
2. Il utilise aussi la Summa Sententiarum attribuée à Hugues de Saint- Victor.
3 . Bibl. Vaticane, lat. i 345 ; c’est la partie XV e , contenue fol. i 5 or.-i 53 v., contenant les canons 262 à 295.