CHAPITRE XY 1 II
Ces discussions de la seconde moitié du xu® siècle n’avaient pas seulement un caractère théorique. Sous le pontificat d’Alexandre III ( i i 5 g-i 181), les ordinations faites en dehors de l’Église n’existent pas que dans la pensée des canonistes ou des théologiens ; elles sont une des réalités que le schisme persistant des antipapes Victor IV, Pascal III, Calixte III et Innocent III, imposent le plus fortement à l’attention des catholiques. Soit par groupes, soit individuellement, des clercs de tout ordre ordonnés par ces personnages revinrent à l’Église, sous les pontificats d’Alexandre III et de Lucius III. Comment fallait-il traiter ces clercs?
I. — La théorie de V « ordin&tio c&tholica » dans le cardinal Laborans.
Le cardinal Laborans, né près de Florence, étudia à Paris, où il obtint le titre de maître, voyagea ensuite en France, en Allemagne, en Italie et en Sicile. En 1173, son autorité de canoniste lui valait d’être élevé au cardinalat par Alexandre III. Sa mort se place après 1189. En 1182, après vingt ans de travail, il termina un Codex compilationis qui veut être une refonte du Décret de Gratien, dans des cadres plus systématiques ou didactiques. Cet ouvrage n’a eu aucune publicité. Mais il nous renseigne sur les idées de la curie, au temps d’Alexandre III.
Consultons le cardinal Laborans sur les conditions de validité du sacrement de l’ordre. Il rappelle d’abord la solution de
Gratien et en fait la critique. On se souvient que, d'après Gratien, l’épiscopat et la prêtrise peuvent être conférés en dehors de l’Église, mais non pas les ordres inférieurs. Le cardinal écrit :
Sed mirum tamen est, liaereticum posse cuique Iribuere maxima et non vero posse diaconium et quod infra. Si non potest minima, quomodo poterit maxima? Quapropter aut diaconus (ais) orainari valet aiiquis ab haeretico, aut non episcopus neque sacerdos.
Distinguant aliqui sic : Haercticorum aiiquis ordinatur foris ab haeretico, alius intus a catholico et postmodnm fit haereticus.
Qui vero foris ordinatur vel ab illo qui ullimam manus impositionem rece perat in Ecclesia , ultima unctione promotus, ordinatur, sacramentum accipit ordinis, non autem ordinis executionem, id est, virtutem sacramenti, quia iam in dante virtus ilia non est. Qui sic ordinatur, post reditum, non iu eo reiterabitur ordo, sed, si oportet, per benedictionem sacerdotis et invocationem Spiritus Sancti. confirmabitur. Unde Ordinationes , tit. XVI; Con venientibus , tit. XXIII; Ab excommunient is , supra P. III, tit. III; Quodquidquam , supra. Praeter formam tamen Ecclesiae, nec sacramentum accipit aiiquis ordinis, veluti nec baptismi.
Porro si ab illo suscepit ordinem qui foris ultima est promotionis unctione perfusus , si nécessitas vel utilitas interpellât, ordinabitur ut non hactenus ordinatus, quia nedum ordinis executionem virtutemve sacramenti, sed nec sacramentum suscepit ordinis. Unde Daibertum . Qui perfecte , supra L
C’est exactement l’enseignement de l’École de Bologne.
Le cardinal expose ensuite une théorie différente, celle d’après laquelle les sacrements administrés en dehors de l’Eglise, suivant la forme prescrite, sont réels et ne peuvent pas être réitérés :
Aliquibus autem videtur utrumque possibile, ut videlicet ab eo qui est novissime foris inunctus et minima tribuantur et maxima, sed alterum non deputabile; ut de Maximodictum est qui tamen canonice fuisse creditur ordinatus, supra libr. I, p. II, tit. X, cap. Propter. Nam et Dominus qui cum segete zizania cognoscit in area, eisdem zizaniis est dicturus : Tamen dico vobis nunquam novivos\ item füios Abrahae Iudaeos non députât filios Abrahae. Dicit etiam illos ex Deo non esse , cum lainen dicat Apostolus, quoniam ex ipso per ipsum et in ipso sunt omnia . Sed idem Apostolus ait : Sine cantate nihil sum, cum reoro bus sine caritate sit animal. Imperiali supra libr. I,* p. VIII, tit. XIV*.
C’est donner d’une excellente thèse une bien mauvaise démonstration. Aussi n’est-on pas surpris de la conclusion finale :
i.Le cardinal se pose ensuite cette objection : « Quid igitur illud Augustin! est : sic inquit, redeunti non redditur quod foris habebat , sic venienti repetendum non est quod foris acceperat. Supra cap. Quod quidam. [Resp.] : sea hic nihil nccepit. »
a. Dans P. L„ t. CCIV, col. 889 et suiv. (en note).
LA THÉOLOGIE DE L'ÉCOLE DE BOLOGNE
« Àst in omnibus id videndum quod sacrosanctae videtur Ecclesiae. » Sans doute, mais il était impossible de dire plus clairement que l’Eglise de son temps n’avait pas de doctrine ferme sur cette question. Comprendrait-on, en effet, pareille manière de parler chez un cardinal, canoniste autorisé de la curie, si celleci s’était décidée à prendre parti nettement? C’est dire que les passages qui viennent d’être cités sont antérieurs aux traités d’Anagni et de Venise. Ils font apprécier la sagesse des décisions qui furfent prises alors.