I. — Pierre Lombard
Quant à la valeur des ordinations conférées en dehors de l’Église, Lombard est un rapporteur très exact des opinions qui avaient cours de son temps. Il déclare tout d’abord : « Hanc quaestionem perplexam ac pene insolubilem faciunt doctorum verba, qui plurimum dissentire videntur. » Viennent ensuite deux séries de témoignages traditionnels : ceux qui semblent prouver qu’en dehors de l’Église il n’y a pas de transmission du pouvoir d’ordre, et ceux qui semblent prouver la thèse contraire.
i. Parlant de ses maîtres de Paris, Robert de Melun et Àlbéric de Reims. Jean de Salisbury ajoute : « Unus eoruin profectus Bononiam dedidicit quod docuerat, siquidem et reversus dedocuit. An melius, iudicent qui ante et postea audierunt. » Dans Metalogicus, II, 10, P . L m , t. CXG 1 X, col. 867.
L’ENSEIGNEMENT A PARIS
Lombard se décidera-t-il en faveur de l’une de ces deux thèses? Non, il se contentera d’énumérer les opinions des écoles ; il en donne quatre. Ici il faut transcrire, parce que Lombard passe en revue les théories qui ont partagé les esprits jusqu’au milieu du xiii c siècle :
Haec quidam ita déterminant : dicunt eniin haereticos accepta sacerdotali vel episcopali unctione, ab Ecclesia recedentes, Baptismi quidem dandi ius relinere, sed non habere facultatem tribuendi sacros ordines, consecrandi Dominicum corpus, postquam praecisi et damnati sunt ab Ecclesia, sicut degradatus episcopus non habet potestatem largiendi sacros ordines, facultatem tamen baptizandi non amisit.
Cette première théorie a été celle de beaucoup de théologiens français; il n’est pas étonnant qu’elle soit mentionnée en premier lieu.
Alii vero dicunt sacramenta ab haereticis et praecisis secundum formam Ecclesiae celebrata, vera esse et rata, quia receclentes ab Ecclesia, ius ordinandi et consecrandi non perdiderunt, et qui sic ab haereticis ordinantur, cum redeunt, iterum ordinandi non sunt.
C’est la solution véritable, celle qui devait prévaloir après de longues discussions 1 .
Nonnulli vero tradunt illos haereticos qui in Ecclesia ordinati sunt, ius ordinandi et consecrandi, etiam cuin separati fuerint, habere. Qui vero in schismate vel haeresi positi ab eis ordinati et inuncti fuerint, illo iure carent. Ideoque cum ordinare volunt, vulnus potins infligunt cjuain gratiam conferunt 2 .
Quels sont les auteurs désignés par ce pronom indéfini non • nulli? Conformément aux habitudes de son temps, Pierre Lombard ne le dit pas. Mais nous sommes en droit de penser qu’il fait ici allusion à l’enseignement de l’École de Bologne. A cette date, seuls les Bolonais enseignaient cette doctrine. C’est eux que Lombard a en vue. Mais on ne peut pas prouver qu’il ait connu l’un ou l’autre des ouvrages de Roland.
Maître Bandinus a écrit, dans la seconde moitié du xu* siècle, un abrégé des Sentences de Pierre Lombard. Au sujet des ordinations faites en dehors de l’Église, il mentionne les autorités opposées citées dans les écoles et ajoute :
i. Lombard indique ensuite une troisième opinion. Elle est assez semblable à la seconde, et parait avoir été celle de Gratien.
a. Sententiae, 1. IV, dist. XXV, De ordinatis ab haereticis, g dans P . L., I. CXC 1 I, col. 907.
LA THÉOLOGIE DE L’ÉCOLE DE BOLOGNE
Sed haec contrarietas mu I lis modis conquiescit. Aul enim praedicti auctores [ceux qui nient la validité] de haereticis sentcnlia praecisis loquuntur, Augustinus autem de iis qui tantum pravitate sui sensus a fidei puritate divisi sunt; — aut praedicti de haereticis sub alia forma sacramenta celebrantibus loquuntur, Augustinus vero de his qui, in celebrando, formam Ecclesiae servant; — aut praedicti ad effectum sacra ment or uin respexerunt, quae illicite tractantibus inania sunt, Augustinus vero ea dixit vera et recta quan tum ad se; — vel praedicti de his haereticis loquuntur qui extra Ecclesiam . Augustinus vero de his qui intra Ecclesiam ordines acceperunt L
On ne peut pas reprocher à Maître Bandinus d’imposer ses opinions au lecteur. Celui-ci a le choix entre quatre solutions, dont la troisième et la quatrième sont inconciliables. La quatrième opinion est celle de Roland.