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DEUX TRADITIONS DANS L'ANCIENNE ÉGLISE
1’évèque de Carthage, pour toutes les manifestations de la vie ecclésiastique. S'il a refusé toute valeur aux sacrements administrés en dehors de l’Eglise ou par des évêques indignes, c’est parce que ces rites, accomplis sans la coopération du Saint- Esprit, ne pouvaient être que nuis.
À Rome, on insistait avec minutie sur les détails du rite; de leur observation intégrale on faisait dépendre la valeur essentielle de l’acte sacramentel. A Carthage, on était moins préoccupé du rituel; mais on attribuait, aux dispositions du ministre et du sujet des sacrements, une influence prépondérante sur la validité des sacrements. En poussant les choses à l’extrême, on pourrait dire qu’à Rome, en matière de sacrements, les théologiens étaient des liturgistes, préoccupés grandement du rituel; tandis qu’à Carthage laliturgie, moins minutieuse, faisait une grande part à l’idéalisme. Ces états d’esprit opposés se manifestent bien dans l’appréciation différente que l’on faisait, à Rome et à Carthage, du baptême des malades ou xXtvtxo( L D’ailleurs aucune de ces théories ne devait rester immuable. Celle de Rome, qui présentait encore quelque inconséquence, en admettant la réitération de la confirmation, allait appliquer avec suite le principe de l’efficacité objective des sacrements, qu’elle proclamait à propos du baptême. Les Eglises d’Afrique et d’Asie Mineure atténuèrent bientôt leur première condamnation des sacrements administrés en dehors de T Eglise.
La controverse si vive qui avait eu lieu entre le pape Etienne, saint Cyprien et Firmilien de Césarée ne resta pas sans résultat. Dans la seconde moitié du ni i. * * * * 6 siècle, à une date qu’on ne saurait préciser, un concile oriental décida qu’il ne fallait pas rejeter tout baptênje administré en dehors de l’Église. On accepterait tout baptême conféré dans la foi de l’Église, bien que par
i. L’opinion romaine, sur ce point, nous est connue par la Lettre du pape Corneille à Fabien d'Antioche, dans Eusèbe, flist. eccl., VI, 43 , dans P. G., t. XX, col. 616 et suiv. Comme on sait, au troisième siècle, le rite de l’initiation chrétienne comprenait le baptême par immersion totale et la confirmation ; dans les conditions normales, ces deux actes étaient toujours réunis. Quand un chrétien était en danser de mort, on se contentait de le baptiser par une lotion, comme aujourd'hui. Si 1 e malade revenait à la santé, il recevait ensuite les rites supplémentaires. Certaines personnes éprouvaient beaucoup de difficulté à assimiler entièrement ce baptême au premier. Le pape Corneille est du nombre.
L’antipape Novatien ayant reçu le baptême des malades, Corneille se demande
si le baptême de Novatien en est bien un ( loc . cit., col. 6a 1). Cette appréciation
romaine rencontra des partisuns en Afrique, où elle fut combattue vivement
par S. Cyprien : ££. 79, c. ia-17, p. 760 et suiv. Il semble bien qu’il vise sur ce point la théologie romaine.
LES THÉOLOGIES GRECQUE ET ROMAINE
des chrétiens séparés 1 . C’était là un abandon de la doctrine extrême de Firmilien. On était sur une voie qui conduirait bientôt à admettre les sacrements des schismatiques, et à rejeter seulement ceux des hérétiques.
i. Cette décision, qui a reçu le nom de Canon des Anciens , est attestée par saint Basile dans la première Lettre canonique à Am phi loque (P. G., t. XXXII, col. 665).