III. — Bulle de Boniface IX de
Ce phénomène de survie n’a donc rien de bien étonnant. Il est plus remarquable que l’ancienne théorie de Bologne se soit assez imposée aux esprits, pour qu’on en vînt à s’y conformer dans la pratique. On se rappelle que, d’après la théorie de Roland et de Rufin, un clerc ordonné par un évêque consacré dans le schisme n’a reçu aucune espèce d’ordination, et peut être réordonné, s’il le mérite. Mais le clerc ou l’évèque ordonné en dehors de l’Eglise, par un évêque précédemment catholique, ne doit pas être réordonné : il suffit qu’il soit réconcilié à l’Église, par le rite de l’imposition des mains. Or, en i4oi, Boniface IX, pape de Rome et rival de Benoît XIII d’Avignon, recevait une supplique de l’évêque Jacques d’Aquila A Comme tant d’autres sièges à cette époque, celui d’Aquila avait eu deux titulaires, l’un de chaque obédience. Jacques de Donadieu avait été nommé évêque d’Aquila par Clément YII d’Avignon en i3g4. Mais, peu après, il fit sa soumission à Boniface IX de Rome, et fut nommé par lui évêque d’Aquila, à la mort de l’évêque Louis. A cette occasion, l’évêque Jacques de Donadieu fut relevé et absous de toutes les peines qu’il avait encourues dans le schisme. Cependant il ne se tint pas en repos. Il lui semblait qu’il lui manquait 1’ « administratio ordinis episcopalis », et que celle-ci ne pouvait lui être concédée que par l’imposition des mains reçue d’un évêque catholique. Il demanda donc à Boniface IX l’autorisation de se faire donner cette imposition des mains, par un évêque à son choix. Boniface IX répondit, par la bulle suivante, datée du i er mars i4<>i :
Bonifacius.. etc. Dilecto filio Jacobo de Donadeis electo Aquilan. Salutem etc. Pridem ecclesiae Aquilan., pastorisdeslitutae, de persona tua nobis
i. Sur la situation de cet évéquc cf. C. Eubel t Ilicrarchia catholica mrdii aevi, p. 99, n. 4, Monasterii, 1898.
PENDANT LE GRAND SCHISME
et fratribus nostris ob tuorum exigenliam meritorum accepta, de fralrum eorundem consilio, auctoritate apostolica, duximus provideudum. .. Verum, quia a pluribus jam retroactis annis ad unitatem et gremium ecclesiae de dainnabili schismate reversus existis, in quo etiam a scismaticis (iu forma tanieii ecclesiae) inunus consecrationis recepisti, quamquam tempore dictae iuae reversions [te hoc humiliter pet en te] a sententiis tam canons quam pro cessuutn gencralium contra scismaticos promulgatis te absolvi, rcintegran, restitui et habilitari fecerimus, ta met* dicti muneris consecrationis et ordinis episcopalis, ut praefertur, siscepti administratione adhuc carere dignosccris : quam per manis impositionem tibiconcedi humiliter postulasli. Nos igitur ad ea, quae ad tuae commoditatis augmentum cedere valeant, favorabiliter intendenteç, tuis suppiicationibus inclinati, tibi, ut a quocunque malueris catholico antistite gratiam et conununionem apostolicae sedis habente manus impositionem recipere valeas y ac eidem antistiti, ut dicti muneris consecrationis et episcopalis ordinis administrationem et executionem irnpendere tibi possit, plenam et libérant concedimus tenore praesentium facultalem L
Quelle a bien pu être l’imposition des mains sollicitée et reçue par l’évêque d’Aquila? A s’en tenir au droit canonique et au Pontifical, il serait bien difficile de le dire. Aucune formule n’est prévue pour des cas pareils. La supplique de l’évêque d’Aquila constitue donc un petit problème qui attend sa solution. Elle est incompréhensible, si l’on fait abstraction de la lettre du chancelier de Florence et du sermon de l’évêque de Lisbonne. Mais elle s’explique très bien par ces deux documents. La bulle de Boniface IX du i* r mars i4<>i, est la mise en pratique de la théologie rappelée par ces deux personnages. Sans en avoir probablement un sentiment très net, l’évêque d’Aquila sollicitait le rite réconciliateur qui avait été prescrit par Urbain II, pour le clergé schismatique d’Allemagne. Après cela, quelle a été exactement l’imposition des mains reçue par l’évêque d’Aquila ? Il serait bien difficile de le dire, car le rituel suivi, deux cents ans plus tôt, par Gebhard de Constance, devait être un peu oublié.