‹ Les réordinationsChapitre 240 sur 264 · Ibid., jp. iaa-ia · texte numérisé non relu

Ibid., jp. iaa-ia

4 . Sur Constantin, il écrit (Ibid., p. i3o) : « Quamvis hac in re certa non suppetant argumenta, tamen valde probabile est, etiam ibi non agi de nullitate absoluta ordinationum Constantini, sed de dépositions ordinatorum. » À propos des réordinations faites par Serge III (Ibid., p. i33) : « Nec tamen istae reordinationes frequentes fuisse videntur, quum résistèrent ordinati; frequentiores forte fuerunt consecrationes vel benedictiones reconciliatoriae(!). »

HISTORIQUE DE LA QUESTION

Léon IX, la décrétale Daibertum, le texte de Robert de Flamesbury au sujet de Lucius III, les passages si formels d'innocent IV et du Panormitanus relatifs au droit du pape de lier absolument le pouvoir d'ordre des évêques et des prêtres, au point de les empêcher même de baptiser validement. Ces faits et d'autres devaient être pris en très sérieuse considération. Je ne parle pas de ceux qui ont été signalés depuis Morin. Jungmann a traité, de la façon la plus superficielle et simpliste, un difficile sujet 1 .

M. B. Gigalski, professeur à Braunsberg, a été amené à s'occuper de la controverse des réordinations, à propos de Bruno de Segni. Ses deux études constituent le travail le plus consciencieux qui ait été écrit jusqu'ici sur l'histoire de ce problème sous Urbain II 2 . Un seul texte important a échappé à M. Gigalski 3 . L'auteur a fort bien vu que l'essentiel est de déterminer le sens des décisions du concile de Plaisance de 1095. Sur ce sens, nous sommes d'accord : le concile admet comme valides les ordinations faites en dehors de l'Église par les schismatiques, les simoniaques, etc. Mais l'auteur a renoncé à exposer la pensée d’Urbain II avant 1095. Au fond il admet que l’acte d’Urbain II à propos de Daibert a été une réordination pure et simple; mais il ne l'a pas dit clairement, et surtout, il ne cherche pas à expliquer cette réordination. Ensuite, il ne dit rien de la manière dont Urbain II opérait et justifiait la réconciliation des clercs schismatiques, par le rite si caractéristique de l’imposition des mains.

Enfin, je ne puis pas admettre l'explication que donne M. Gigalski de la théologie de Bruno. Il dit que Deusdedit et Bruno

1 . Aussi n’est-il pas possible à l’historien de faire sienne la déclaration de Jungmann : « Re idelicet accuratius examinata graves auctores censent, quae ex antiquis saeculis afferuntur effata et facta valori illarum ordinationum apparenter opposite, reordinationumque exemple, talia non esse. Hinc dicendum, semper in Ecclesia praevaluisse eam doctrinam et praxim ut ordinationes illicitae episcoporum etiam illegitimorum tamen validac haberentur. Posteriori vero tempore dubia apud aliquos irrepsisse, remque in controversiam adductam esse, atque tune etiam quaedam reordinationum exempla obvenire. » Ibid., p. iaa.

a. B. Gigalski, Bruno, Bischof von Segni, Abt von Monte- Cassino, etc. L’auteur s’occupe de la question des ordres p. i84-ao5, en étudiant le traité de Bruno. Le même auteur a public dans la Theologischc QuartaUchrifl de Tubingue (année 1897 , t. 79 , p. ai8-a58) un travail plus général intitulé Die Stellung des Papstes Urbans II. zu den Sakramentshandlungen der Simonisten, Schismatikcr und Uaretiker.

3. C’est la lettre d’Urbain II mentionnée plus haut, p. a38, n. 1 .

CONCLUSION

ont fait opposition au concile de Plaisance. 11 est sûr que Deusdedit a une doctrine opposée à celle du concile. Mais Deusdedit écrit-il sa seconde édition en 1097, comme on Tadmet jusqu’ici? Je ne le crois pas, pour les raisons dites plus haut. Deusdedit a écrit son traité avant le concile de Plaisance. Reste Bruno de Segni. D’après M. Gigalski, Bruno aurait enseigné que les ordinations faites par un simoniaque connu comme tel par l’ordinand sont absolument nulles. Je n’en crois rien.

Il me semble qu’il faut distinguer les décisions pratiques de Bruno, et la justification théorique qu’il en donne : les décisions pratiques sont, à mon avis, tout à fait d’accord avec celles du concile de Plaisance; quant à la théorie, elle est inexacte.

Et mépie, je crois que Bruno avait, quant à la validité et à l’essentiel de l’ordre, des sentiments plus exacts que la majorité de ses contemporains. Il ne mentionne pas la réconciliation des clercs schismatiques par le rite de l’imposition des mains, qui a été pratiqué par Gebhard de Constance et Ruthard de Mayence en 1009, à Goslar et à Heiligenstadt. Tel est, me semble-t-il, le témoignage des textes. D’ailleurs a priori ne parait-il pas impossible que deux familiers d’Urbain II, Deusdedit et Bruno, aient fait opposition, sur un point aussi essentiel, au principal concile tenu sous le pontificat de leur chef et ami?

M. Schulte, professeur à l’Université de Bonn, a publié une étude qui intéresse cette histoire J . Selon lui, d’après une longue tradition ecclésiastique, qui aurait duré jusqu’à la scolastique du xiii® siècle, l’ordre est un sacrement qui peut être réitéré, parce qu’il ne confère pas de caractère. C’est donc toute la théologie de l’ordre qui est mise en question par M. Schulte. Discuter son exposé m’entraînerait trop loin. Je dirai seulement que, si l’on met à part la négation du caractère de l’ordre, qui est particulière à M. Schulte, cette théorie ressemble beaucoup à celle de Morin. M. Schulte et Morin admettent que l’Église peut établir des

1. F. von Schulte, Die geschichtliche Entwicklung des rechtlichen « Character indelebilis n a ls Folge der Ordination, dans la Revue internationale de théologie (1901), n° 33 , janvier-mars, p. 17-49. J’accorde à M. Schulte que les catholiques n’ont pas toujours étudié ce sujet comme il convenait (Ibid., p. 17, n. 1). Mais le savant professeur n’aurait-il pas cédé lui-méme à quelque préjugé vieux-catholique dans son article de la Revue internationale de théologie ?

HISTORIQUE DE LA QUESTION

empêchements dirimants pour Tordre et pour le mariage. On a vu plus haut à quelles difficultés se heurte ce système.

La question des réordinations a été soulevée, dans les discussions ardentes occasionnées par le concile du Vatican, dès 1869. C’étaient des conditions défavorables pour s’occuper d’une histoire aussi délicate. Des deux côtés, on est trop exposé à déformer les textes, dans de tels conflits. Ensuite, on devait forcément exagérer la portée doctrinale de ces textes, au détriment de la papauté, à un moment où l’objet et l’étendue de l’infaillibilité pontificale n’étaient pas encore définis. Aujourd’hui, on peut parler de ces controverses avec sangfroid.

Dôllinger a consacré quelques pages du Janus aux réordinanations. D’après lui, c’est une doctrine constante dans l’Église que le pouvoir d’ordre est indépendant de la qualité morale et religieuse du ministre. Du ix e au xiiT siècle, dit-il, cette doctrine a été souvent violée en théorie et en pratique. Que penser de cette vue d’ensemble? Elle est exagérée, mais, au fond, exacte. Sur ce point, la doctrine n’a pas été aussi constante que le dit Dôllinger, mais du rv* au ix® siècle, elle peut passer pour acquise à Rome. Comme exemples de déformations, Dôllinger cite les papes Constantin, Formose, Léon IX, Urbain II, et c’est avec raison. Mais il fournit d’autres références, qui sont injustifiées L

Dans XAnti-JaruiSy Hergenrôther 1 2 a donné une réponse dont un point au moins a une valeur définitive : c’est que, dans tous ces faits, l’infaillibilité des papes n’est pas engagée. Les autres arguments d’Hergenrôther peuvent être discutés. Par exemple, il parle du rite qui était en usage au xT siècle, pour la réconciliation des clercs schismatiques ; mais, faute d’avoir étudié ce rite, il ne voit pas que c’est soulever une nouvelle difficulté.

L’année 189a a vu paraître et la réédition du Janus de Dôllinger par Friedrich et le volume du P. Michael S. J., sur Dôllinger. De tels livres montrent que, pour certains esprits, la

1. Je connais le Janus par la réédition donnée par Friedrich, Dos Papstthum von J. von Dôllinger , p. 140-143, Munich, 1893.

a. A nti- Janus etc., p. 55, 56, Fribourg en B., 1870.

CONCLUSION

controverse a un charme inépuisable. On le voit mieux encore par un article écrit Tannée suivante, en 1893, sur les réordinations, par le P. Michael 1 * . Cet article vise Texposé donné par la seconde édition du Janus , au sujet des réordinations. 11 se résume en ceci : toutes les affirmations de Dollinger, sur ce point, sont fausses.

En disant que la validité de Tordre administré en dehors de l’Église est « une doctrine constante » dans l’antiquité ecclésiastique, Dollinger exagérait des faits réels; c’est qu’il voulait, par une sorte de contraste, rendre plus sensibles et plus graves les déformations doctrinales des xi® et xii® siècles.

Le P. Michael n’admet pas ce jeu-lk; aussi se livre-t-il à un autre de but opposé : il veut diminuer les faits réels exagérés par Dollinger : pour lui, la doctrine de la validité de Tordre était non pas constante, mais toujours prédominante. Cette nuance est bien subtile ! Valait-il la peine d’essayer de l’accréditer par une démonstration plus subtile encore 3 ?

Quant au détail des faits, le P. Michael n’admet ni les réordinations faites par Léon IX, ni la réordination de Daibert par Urbain II. A mon avis, c’est aller contre le témoignage des textes. De plus, le R. P. se borne à l’examen des faits relevés par Dollinger. Il ne dit rien du concile de Girone de 1078, ni de la décrétale d’Urbain II relative à Poppo de Trêves, deux actes dans lesquels la nullité de certaines ordinations simoniaques est si nettement affirmée. N’est-ce pas simplifier la question? De tels travaux intéressent la controverse et non pas l’histoire.

Pas plus que le P. Michael, M. C. Mirbt, professeur à la

1. Pàpate als « offenbare Ketzer ». Ge s chic hit fabeln Dollinger s , dans la Zeit-

schrift fur katholiacke Theolojgie (1893, t. XVII, p* i 93 -a 3 o).

a. Le R. P. cite une appréciation de Harnack, Lehrbuch der Dogmengeachichte , t. III, p. 547, Fribourg, 180)7. D’abord on est étonné de voir M. Harnack accepté comme arbitre par le r. Michael. En second lieu, pour réfuter DôUinger, dont il n’est séparé sur ce point que par une nuance insensible, le R. P. invoque une appréciation d’Harnaclc qui est exactement la contradictoire de sa propre thèse. Il s’en est bien aperçu. Aussi dans son article (p. 196), le R. P. fait-il une exégèse bénigne du passage de Harnack; puis (p. 228, n. 4), rejette-t-il comme une déclamation un second passage de Harnack ( Lehrbuch etc., t. III, p. 426, n. 1) qui est un simple développement du premier. En réalité, ces textes de Harnack contiennent des exagérations et au moins une inexactitude (sur Pierre Lombard). De élus la question n’est pas de savoir quel est l’avis d'Harnack, mais quelle est la réalité historique.

HISTORIQUE DE LA QUESTION

Faculté évangélique de théologie de Marburg, n’a été heureusement inspiré par des intentions polémiques 1 2 . M. Mirbt a écrit un livre sur la littérature de controverse k l’époque de Grégoire VII. Toute une partie en est relative aux controverses sur la validité des sacrements administrés par les ministres indignes. Mais cet exposé n’a rien de commun avec la manière des historiens. Au lieu de rapprocher les textes relatifs k un même milieu et k une même époque, afin de mieux les comprendre, l’auteur examine séparément les œuvres des controversistes et les décisions des papes. C’est k ces dernières surtout qu’il en veut : c Dans la mesure où on peut parler de la constance de l’enseignement des papes sur ces questions, c’est la stabilité de l’erreur, de l’hérésie*. » C’est que M. Mirbt entend de la nullité absolue l’expression « ordinatio irrita », qui se rencontre dans tant de décisions conciliaires de cette époque. Nulles seraient toutes les catégories d’ordinations mentionnées dans les décrets de Plaisance 3 (1095). Des objections décisives faites k cette interprétation n’arrêtent pas un instant la belle assurance de l’auteur. Nulles seraient, d’après Urbain II, les ordinations faites « sine titulo », c’est-a-dire, dans le langage de cette époque, sans l’attribution de l’ordinand k une église déterminée. Pareille énormité est présentée en toute assurance. Que M. Mirbt veuille bien lire telle décrétale d’Urbain II où le pape déclare accepter une ordination « sine titulo ». C’est sans doute qu’il ne la regardait pas comme nulle 4 . Aussi remarquable, sinon plus, est la découverte d’ordinations nulles, dans un décret de Nicolas II où il n’y en a pas trace 5 .

Ensuite, M. Mirbt admet 6 « une contradiction manifeste des Pères » sur la doctrine des conditions de validité de l’ordre, et cela sur la foi de Hahn, qu’il ne prend pas la peine de contrôler. La question était de savoir dans quelle mesure cette contradiction, admise par certains auteurs du xi* siècle, est apparente ou réelle.

1. C. Mirbt, Die Publizistik im Zeitalter Gregors VII . La discussion sur les réordinations se trouve p. 372-462 de cet ouvrage.

Page 1