‹ Les réordinationsChapitre 243 sur 264 · I — UN TRAITÉ D’HINCMAR · texte numérisé non relu

I — UN TRAITÉ D’HINCMAR

« DE CONCORDANTIA GANONUM »

L’histoire des controverses théologiques de la fin du xi® siècle deviendrait une énigme, si on attribuait à l’écolàtre Bernold de Constance le traité De excommunicatis vitandis, de reconciliatione lapsorum et de fontibus iuris ecclesiastici , qui a été inséré parmi les œuvres de Bernold, dans le tome II des Libelli de lite etc., dans les Monu menta Germaniae A . Ce traité est d’une fermeté et d’une largeur de doctrine qui n’ont aucun équivalent, à la fin du xi® siècle a . En réalité, sauf de courtes interpolations, faciles à distinguer, c’est un ouvrage d’Hincmar : Bernold se l’est attribué, en le démarquant. Voici la thèse à “démontrer : il faut rendre à Hincmar le texte de l’œuvre prétendue de Bernold depuis la page 114, ligne 17 jusqu’à la page 142, ligne 11 de l’édition du tome II des Libelli de lite etc., à l’exception des interpolations suivantes : p. 119, 1. 21-23 Petrus tamen Damiani... cognominavit ; — p. 121, 1. 26-28; — p. 128, 1. 14-28 Romani ... non rennuat ; — p. 132, 1. 34 — p. 133, 1. 12 Etnotandum ... esse cognoverint ; et très probablement p. 136, 1. 14-17 Sanctus quoque ... non for midant 3 .

Le problème qui consiste à chercher, dans le traité de Bernold De excommunicatis vitandis etc. , quelle est la part qu’il faut restituer à Hincmar a été, semble-t-il, posé pour la première fois par Thaner.

1. Ce traité ae trouve aussi dans P. L., t. CXLVIII, col. 1181-1218. Dans la suite de ce travail, on citera uniquement l’édition des Libelli dans les Mon, Germ.

2. Cela est vrai de l’ensemble du traité et particulièrement du passade Libelli, t. II, p. n8, 1. 26 — p. 119, 1. 17, qui est relatif à la non-rcitération de la confirmation et de l’ordre.

3 . Ce passage fait allusion aux Capitula Angilramni, sur l’authenticité desquels Hincmar avait les doutes les plus sérieux. D’ailleurs ce même passage revient dans deux autres ouvrages de Bernold ( Libelli , t. II, p. 97, 1 . 26, et p. i 56 ,

APPENDICE

Dans son édition des œuvres de Bernoîd, dans le tome II des Libelli de lite etc., celui-ci a remarqué que l’on trouve, dans le traité de Bernold, des fragments d’un ouvrage d’Hincmar qui nous ont été conservés par le Jésuite de Torres 1 . Celui-ci, dans son livre contre les centuriateurs de Magdebourg, cite des extraits d’un De variis capi tulis ecclesiasticis d’Hincmar 2 . Dans son édition du De excommunicatis vitandis, Thaner a indiqué, en note, les fragments ainsi empruntés à Hincmar. Il a même fait quelques rapprochements entre le texte de Bernold et d’autres ouvrages d’Hincmar; mais il a considéré comme impossible de faire le départ de ce qui appartient à Bernold et à Hincmar, dans le De excommunicatis vitandis.

La question a fait un nouveau pas, en 1903, par la publication d’un mémoire du professeur Francesco Ruffini 3 . Celui-ci a remarqué, dans un manuscrit de la bibliothèque universitaire de Pavie, une collection canonique divisée en quarante chapitres. Les chapitres 4-40 contiennent le traité De excommunicatis vitandis de Bernold, depuis la page 112, ligne 40, jusqu’à la fin du traité, p. 142, ligne 11, de l’édition du tome II des Libelli. Les trois premiers chapitres contiennent d’autres fragments de Bernold *. Des quatre manuscrits qui contiennent cette œuvre, le seul à retenir est le Vaticanus lat. 1324 du xv a siècle, qui donne la collection canonique fol. 92 v-121 v. Le titre de la collection est : Higmarus archiepiscopus Remensis, avec une addition sans portée*.

M. Ruffini a été amené, par cette découverte, à revenir sur le problème littéraire dont la solution avait été abandonnée par Thaner. Mais il n’arrive à aucun résultat ferme. Il donne comme la solution la plus vraisemblable que le traité de Bernold est une amplification de l’ouvrage perdu d’Hincmar.

En réalité, le traité de Bernold est, sauf quelques interpolations, la transcription exacte de l’œuvre d’Hincmar. Ce traité ainsi démarqué a été, de bonne heure, découpé en tranches et augmenté de trois morceaux empruntés à d’autres traités de Bernold. De la sorte est née la collection canonique, en 40 chapitres, contenue dans le Vaticanus lat. 1324. A une époque qu’on ne saurait préciser, un lecteur de la collection aura reconnu l’ouvrage d’Hincmar, qui n’était pas encore perdu, et aura écrit ce titre : Higmarus archiepiscopus Remensis. Puis le jésuite de Torres aura trouvé la collection ainsi sommairement désignée et lui a donné le titre : « Hincmari, De variis capitulis ecclesiasticis. »

1. Fr. Turrianus, Pro canonibus apostolorurn, adversus Magdeburgenses centuriatores defensio , Florence, 1072.

2. Aussi M. Schrdrs a-t-il fait une place à ce traité, dans son catalogue chronologique des œuvres d’Hincmar, en accompagnant cette mention d’une note substantielle. Cf. Hinkmar Erzbischof von Reims , p. 542, n° 33 o ; et p. 407» u. 88 .

3 . Di un' opéra inedita attribuita ad Incmaro di Reims , dans les Atti del congresso internazionale di scienze storiche, volume IX. — Sexione v : Storia del Diritto, p. 79-99), Rome, iqo 3 .

4. Le tableau de concordance de cette collection canonique et des œuvres de Bernold est donné par Ruffini, op. cit., p. 85-87.

5 . Antérieurement à Ruffini, M. Scbrors avait connu l’existence de trois autres manuscrits de cette même collection canonique.

APPENDICE

C’est là un titre inventé par do Torres*. L’œuvre d’Hincmar portait un titre exprimant l’idée De concordantia canonum.

Un mot, d’abord, pour montrer comment Hincmar a été amené à écrire un traité De concordantia canonum. En sa qualité de bon administrateur, Hincmar s’est toujours préoccupé du sort à réserver aux clercs coupables d'une faute très grave. Son avis était de les déposer in perpetuum. Or c’est là un des points sur lesquels Hincmar est entré en conflit avec le parti qui se servait, contre lui, des Fausses décrétales , comme d’une arme.

On lisait dans la seconde fausse lettre de Calliste : « Errant enim ■ qui putantsacerdotes, post lapsum, sicondignam egerintpaenitentiam, Domino ministrare non posse, et suis honoribus frui, si bonam deinceps vitam duxerint et suum sacerdotium condigne custodierint. Et ipsi qui hoc putant non solum errant, sed etiam contra traditas Ecclesiae claves dissipare et agere videntur, de quibus dictum est :

« Quaecumque solveritis super terram etc. 2 . »

Ce texte fut objecté à Hincmar, qui répondit dans ses Capitula de 852, au cours d’un appendice qui, semble-t-il, a d’abord été réservé aux doyens, chargés de faire l’opinion du clergé inférieur. Voici le début de cette pièce :

(Titre). Quod de crimine confessi vel convicti sint a gradu ecclesiastico deponendi.

(Texte). Et ne quidam, contra Apostolum delectantes, non solum vocum, sed et constitutionum ac factor um novitate, qui, ut audivimus, dicunt non debere presbyterum vel diaconum de crimine confessum sive convictum deponere, sed tantum suspendere, quia sic possunt confessionem et paenitentiam, sicut et alii homines facere, nos dicant cum Novatianis paenitentiam quibuslibet denegare, — quae cum orthodoxis doctoribus de paenitentia et degradatione ecclesiasticorum ministrorum sentimus, eorum sensibus et verbis dicemus 3 .

Il donne ensuite sa solution, qui consiste à déposer les clercs qui avouent leur faute ou qui sont convaincus en justice. Pour démontrer sa thèse, Hincmar cite un grand nombre d’autorités patristiques, qu’il interprète de la manière la plus arbitraire. Ce sujet tenait tellement à cœur à Hincmar qu’il y revint, dans son traité De praedesti natione composé en 859-860, à propos de la condamnation des fauteurs et des partisans de l’hérésie. Après avoir parlé de la condamnation, Hincmar en vient à la réconciliation des hérétiques *. Il indique les

1 . Une autre hypothèse, consistant à dire que de Torres a utilisé un manuscrit contenant l’œuvre authentique d’Hincmar, est bien moins vraisemblable. Cette question, de la source utilisée par de Torres, est d’ailleurs secondaire, a. Hii«8CUIU8, Dccretalet p»eudo-isidorianae, p. 14 a, g ao.

3. P. L., t. CXXV,col. 786. Sur ces'Capitula, cf. E. Le sue , La hiérarchie épiscopale ... en Gaule et en Germanie (743-883), p. 299-304.

Page 1