I. — LES DEUX ÉTATS SUCCESSIFS DE LA CONFIRMATION
Ce titre ne saurait surprendre ceux qui connaissent les controverses des théologiens relatives au rite essentiel de la confirmation 5 , et à la question plus générale de savoir si J.-C. a déterminé les matières. et les formes des sacrements in genere ou in specie •.
i. Epiât. 3 i, P. L ., t. CXXVI, col. aaa C.
а. J ai négligé d’indiquer comment l’auteur du traité revient sans cesse sur les différences de temps, de lieu et d’intention pour expliquer la diversité des lois ecclésiastiques.
3 . Malgré l’analogie du sujet, le traité de Bernold De statutis ecclesiasticit sobrie legcndis (dans Libelli etc., t. II, p. i 56 etsuiv.; le même ouvrage se trouve dans P. L. } t. CXLVIII, col. ia 65 -ia 7 a) est tout à fait étranger au traité d’Hincmnr De concordantia canonum .
Le De statutis ecclesiasticis, etc., est une application, & une question particulière, du principe de la Concordantia canonum d’Hincmar. Cette question a été suggérée à Bernold ( Libelli , t. II, p. 1 57 , 1 . ai) par un texte d’innocent 1 déjà mentionné dans la Concordantia canonum (Ibid., p. u 5 , 1 . ia), et relatifà la pénitence des religieuses. Une fois en possession de ce thème, Bernold l’a traité en s’inspirant de certaines idées de saint Jérôme contre Jovinien, etqui avaient été rappelées par lui, en traitant du célibat ecclésiastique (Ibid., p. a 5 , 73, 74, 77, 79). Enfin Bernold ne s’est pas interdit de reproduire les autorités et même un passage delà Concordantia canonum (comparer Ibid ., p. i 58 , 1 . 3a-37 avec p. n 5 , L 4 - 9 )*
4. Cette note d’interprétation théologique est motivée par les mots « ancienne » et « nouvelle confirmation »,que j’ai dû employer p. a&-a8. On ne reproduitpas ici certaines données et références indispensables, qui se trouvent aux mêmes pages a 5 -a 8 .
5. Cf. le traité De confirmatione de Witasse dans le Cursus tkeologiae complétas de Migne, t. XXI, col. 761-914, et surtout p. 907-909.
б. On peut lire, sur ce sujet, S. Harext, La part de l'Église dans Indétermination du rite sacramentel, dans les Études publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus ( année 1897), t. LXXIII, col. 3 i 5 et suiv. Les références nombreuses et décisives contenues dans cet article seraient bien plus utiles, si elles indiquaient l’édition à laquelle se réfère l’auteur.
Sur cette question, le P. Hurter écrit : « Licet tueri, eum [Christum] in nonnullis quidem sacramentis materiam et formata accurate seu, ut dicunt, in spe vie intima déterminasse, in aliis in genere tantum, adeo ut Ecclesiae permiserit
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De nombreux théologiens, et non des moindres, enseignent, au sujet du rite essentiel de la confirmation, une doctrine qui est ainsi résumée par le P. Hurter : « Altéra [doctrina] quae arrisit Thomæ, Bellarmino, Maldonato, contendit, solam materiam. essentialem esse inunctionem, quae substituta fuerit rnanuum impositioni *». Sans prendre parti dans cette controverse relative au rite essentiel de la confirmation, retenons seulement que des théologiens très autorisés ne voient aucun inconvénient à admettre que le sacrement de confirmation est passé par deux états successifs, caractérisés chacun par une matière différente. Par suite, si l’étude des textes relatifs à la réconciliation des hérétiques nous amène à reconnaître deux états successifs de la confirmation, cette solution, loin de soulever des scrupules ou de faire scandale, doit être discutée en toute tranquillité.
A titre d’exemple, voici la doctrine d’Isaac Habert, évêque de Vabres. et un des théologiens les plus sûrs de la Sorbonne du xvn® siècle. Il enseigne que la confirmation a consisté d’abord dans la seule imposition des mains, augmentée dans la suite de la consignatio par le chrême. A quelle date a été ajouté ce complément? Habert répond :
Neque refert an Apostoli... an vero Ecclesia, traditione ab apostolis accepta, post Apostolos chrisma confirmationi adhibere coeperit : Ecclesia si quidem, etsi instituendorum in solidum sacramenloruin potestatem a Deo non acceperit, nec originariam auctoritatis, ut theologi vocant, nec derivatam excellentiae, eorum tamen quorum in Scripturis expressa non est materia et forma, neque nisit antum in genere designata, utriusque constituendae, determinandae, exprimendae, restringendae, amplifleandae, dummodo servata semper signifleatione praecipue a Christo intenta... potestatem accepit cumulatissimam 2 . Unde veteres Scholae antesignani confirmationis chrisma tionem ad ecclesiam hoc sensu retulere : quae diverso tempore, diversis Ecclesiis in usa esse coepit, aliis maturins, serius aliis *.
arbitrio, eani accuratius constituere. Nisi enim quandam institutionis latitudincm admittimus, et si omnia quae materiam formamque spectant a priori , ex quibusdam congruentiis et subtilibus considerationibus , definire valu mus, in graves incidimus dijficultates ex ipsa historia administrationis sacramentorum petitas, » Dans Theologiae dogmaticae compendium , t. III, p. 344, Innsbruck, 1900. A cet endroit le P. Hurter renvoie à l’article du P. Harent. Cette question est librement débattue entre théologiens. Le P. Pf.sch est d'un avis opposé. Il réduit extrêmement l’initiative de l’Église, en ces matières. Cf. Praelectiones dogmaticae, t. VI, p. 86, Fribourg en D. (s. d.).
1. Hurter, op . cit., p. 377. Il va sans dire, d’ailleurs, que les théologiens expliquent de façon différente les circonstances et le mode de cette substitution dans le rite essentiel de la confirmation. Certains admettent que cette substitution avait été prévue et même prescrite par J.-C.; d autres l’attribuent uux Apôtres, d’autres, aux successeurs des Apôtres.
Mais l’essentiel est que des théologiens autorisés reconnaissent un pareil pouvoir à l’Eglise, sur la détermination de la matière de la confirmation. C’est une question très importante sans doute dans la prutique, muis accessoire en théorie, de savoir à quelle date l’Église a fait usage de ce pouvoir. La réponse sur ce point doit être demandée au témoignage des textes.
La théologie de la confirmation, qui est très simple dans les manuels, apparaît comme très complexe, quand on étudie les grands théologiens et la tradition.
3. I. Habert, ’ApyicpaTixdv, Liber Pontificalis Ecclesiae graecae, p. 703, Paris,
appendice.
Sans admettre le pouvoir si large qu'Habert attribue à l’Église en matière sacramentelle», il reste que la théologie ne determme pas strictement les deux points suivants : 1» à quelle époque les onctions du chrême ont commencé; 2» à queUe époque elles sont devenues une partie essentielle du rite de la confirmation. ... . .
C’est un travail encore peu avancé que la détermination de la nature exacte du rite par lequel 1» se faisait dans 1 ancienne Eglise, et 2® se fait, encore aujourd’hui, la réconciliation des chrétiens baptisés et confirmés en dehors de l’Eglise*.
La première de ces deux questions est d ordre historique, et est entièrement libre*. Des théologiens et des historiens très autorisés enseignent que l’ancienne Eglise réconciliait de tels convertis par la réitération de la confirmation : c’est la solution qui est adoptée dans ce livre. La seconde question est d’ordre dogmatique : il est sûr que le rite prescrit par le Pontifical , pour la réconciliation de ces hérétiques, n'est pas la confirmation. Un catholique doit concilier tes deux affirmations, dont l’une est d’ordre historique et 1 autre, d ordre dogmatique. Il y a à cela une difficulté : c’est que le nte àn Pontifical actuel est identique à celui de 1 ancienne Eglise romaine .réconc'l.an les hérétiques par la réitération de la confirmation. D ou il résulterait qu’aujourd’hui, l’Église réitère encore la confirmation. Cette question paraît donc inextricable pour un catholique. En réalité, plusieurs
explications sont possibles. .
Dans son Histoire des sacrements, dom Chardon a écrit : « S il m etait permis de dire mon sentiment sur cette matière si embarrassée j’avouerais franchement que, dans la plupart des Eglises on reccva't à l’unité catholique certains hérétiques, avec les mêmes rites que ceux du sacrement de confirmation ; et je dirais en même temps que ce n é-
, Il y a la plu» grande analogie entre ce» principes d'Habert et ““ déclaré.' soutenable» paf le P. Billot, De £«/««« .acramemti,, t. Il, thés.» xxx.
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tait point ce sacrement qu’on leur administrait, parce qu’e/t employant ces rites, pour la réconciliation des hérétiques, on n'avait point intention de les confirmer de nouveau , mais seulement de leur obtenir la grâce du Saint-Esprit *... » Restent à résoudre deux questions. La première est d’ordre théorique : l’intention de l’Église suffit-elle pour enlever à un rite sacramentel son caractère et son efficacité, dans certains cas? Il semble bien que oui, bien qu’on ne s’explique pas que l’Église ait recours à un pareil procédé. N’est-il pas plus simple de créer un nouveau rite, et de laisser à l’ancien toute sa signification?
La seconde question est d’ordre pratique. A quelle époque peut-on supposer que l’Église a eu cette intention? Ici, il faut restreindre l’affirmation de Chardon. Il n’est pas vrai que l’Église n’ait jamais eu l’intention de réitérer la confirmation. L’Église grecque, semble-t-il, a toujours eu l’intention de réitérer la confirmation aux convertis précédemment baptisés et confirmés extra Ecclesiam. Quant à l’Église romaine, elle a eu certainement cette intention, au temps du pape Étienne et plus tard. Mais il est venu un moment, d’ailleurs difficile à déterminer, où cette intention à changé. Depuis lors, le rite inscrit dans les anciens Sacramentaires et aujourd’hui encore au Pontifical romain a perdu sa signification, et n’est plus la réitération de la confirmation.
Une autre solution est possible. D’après celle-ci, le changement d’intention de l’Église, quant à la signification de la réconciliation des hérétiques, a coïncidé avec un changement dans l’interprétation des éléments essentiels de la confirmation. Et c’est ici que la doctrine certaine des deux états successifs de la confirmation peut devenir un principe de solution.
Le rite prescrit au Pontifical , pour la réconciliation des hérétiques, est identique matériellement à l’ancienne confirmation. Mais, à Rome, dans la seconde moitié du iv« siècle ou plus tard a (au point de vue théologique la question de date est indifférente 3 ), s’est effectuée, par un pou-
nias bnptismi supplcndas esse, praecedente in adultis abiuratione haeresis et reconciîiatione. » (Cette dernière « reconciliatio » est l’Or^o ad reconciliandum haereticum , qui est prescrit au Pontifical romain , et qui est essentiellement identique a la réconciliation des hérétiques des anciens Sacramentaires , et de la plus ancienne liturgie romaine^.
À propos de cette décision de Grégoire XIII, Witnsse a écrit : « Quaestioncm qua inquirebatur utrum ma nu s impositio, perquam admitterentur olim haeretici, esset confirmatoria, intactum rcliquit, et merito quidem; quaestio enim est solutu difficillimu, quac sine fidei dispendio in utramque partent a viris cruditis agitatur. » Tractatus de confirmattone, dans le Cursus etc. de Migne, t. XXI, col. 1047. Pareille réserve de Grégoire XIII est encore plus compréhensible que celle du concile de Trente, qui refusa de définir, comme une vérité de foi, lu validité de la confirmation et de l’ordre conférés en dehors de l’Église.
1. C. Chardon, Histoire des sacrements , ch. vi,dans le Cursus theologiae complétas de Migne, t. XX, col. 192, Paris, i8(h).
2. On ne suurait donner des dates exactes, môme en ne considérant qu’une seule Église, par exemple, celle de Rome. Mais l’initiative de saint Augustin, dont il a été question p. 25 , avait été préparée bien avant lui. Les anciennes manières de parler ont été conservées, même après qu’on distinguait la réconciliation des hérétiques et la confirmation.
3. Cf. L. Billot, De Ecclesiae sacramentis etc., t. I, thesis 11 , p. 34, n. 2 .
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voir spécial de l’Église, la modification de matière et de forme, d’où est résultée la confirmation définitive. Le rite de la réconciliation des hérétiques, qui se faisait et qui se fait encore par la réitération de l’imposition des mains (accompagnée de la prière correspondante) de la confirmation, a cessé d’étre la confirmation. Celle-ci est constituée ou bien par la réunion de l’imposition des mains et de la consignatio, ou bien par la seule consignatio et la prière correspondante.
Ce développement liturgique et sacramentel paraîtra-t-il trop lent ou trop tardif? C’est qu’on oublierait les obstacles auxquels il se heurtait. La théologie de la confirmation est sortie du rite romain. Or ce rite a eu à lutter contre l’interprétation théologique proposée par les autres rites. Dans tous ceux-ci, la réconciliation des hérétiques par la réitération de la confirmation était un principe indiscuté. Le rite romain a dû écarter cette idée, pour formuler et imposer la sienne : pareil travail demandait du temps.
L’explication proposée ici a l’avantage de pouvoir être déduite de la doctrine d’un grand nombre de théologiens autorisés. Avant de la déclarer arbitraire ou inacceptable, il faut détruire la difficulté qu’elle a pour but de résoudre.
Cette difficulté est constituée — 1° par les textes très nombreux qui montrent que l’ancienne Église romaine réconciliait les chrétiens baptisés et confirmés en dehors de l’Église, par la réitération de la confirmation; 1 et — 2° par l’identité indiscutable du rite du Pontifical d’aujourd’hui avec celui par lequel l’ancienne Église romaine réconciliait de tels convertis. 11 faut donc trouver une explication qui rende compte de la valeur différente, selon les temps, d’un seul et même rite : celui qui est encore contenu dans le Pontifical romain .