‹ Les réordinationsChapitre 26 sur 264 · Hardouix, Acta conciliorum, t. I, col · texte numérisé non relu

Hardouix, Acta conciliorum, t. I, col

2. Théodoret atteste que les novatiens avaient supprimé l’usage du chrême dans les rites de l'initiation chrétienne : Haereticarum fabularum compendium , III, 5, dans P. G ., t. LXXXIII, col. 408 : Tôt; Otco <tçûv paimÇo|iivot; to itavdcyiov ou Trpoaçépouat £pto|ia. Pacien, évêque de Barcelone, à la fin du iv* siècle, donne le même renseignement, Epist. III, dans P. L. t t. XIII, col. ioG 5 : « Vestrae plebi unde Spintum, quam non consignât unctus sacerdos ? »

d’après le principe de l’Église romaine, tout chrétien baptisé en dehors de l’Église devait être réconcilié par l’imposition des mains. Pour ces deux motifs, la confirmation des clercs novatiens prescrite par le concile de Nicée ne saurait surprendre. Celte prescription n’avait rien de choquant pour les novatiens, puisqu’il s’agissait d’un rite dont ils n’avaient reçu qu’une partie 1 . S’imagine-t-on, au contraire, le concile de Nicée prescrivant la réordination des évêques novatiens, qui avaient assisté aux délibérations sous la protection de Constantin? C’eût été soulever les discussions les plus irritantes, et blâmer la procédure suivie pendant le concile. D’ailleurs l’ensemble de ce texte ne peut se comprendre que si les ordinations des novatiens sont valides, tout comme leur baptême 2 .

Telle était d’ailleurs, a Rome, l’interprétation du huitième canon de Nicée, à la fin du iv e siècle; nous le savons par le pape Sirice en 385, et par saint Jérôme 3 . L’Église romaine, a propos des novatiens, a donc fait accepter, au concile de Nicée, le principe que l’ordination conférée en dehors de l’Église peut être valide. En réalité, c’était bien plus un précédent qu’un principe qu’on posait.

Les Orientaux ayant ainsi fait une concession, les Occidentaux en consentirent une autre. Elle est contenue dans le dixneuvième canon.

À l’égard des Paulianistes qui veulent revenir à l’Église catholique, ilfaut observer F ordonnance portant qu’ils doivent être rebaptisés (àva6ajrcfÇ£a8ai). Si quelques-uns d'entre eux étaient auparavant membres du clergé, ils se-

1. II semble bien qu’à Rome, les novatiens uient été reçus par la seule imposition des mains sans consignaiio. Voir plus haut, p. 34 . Mais en Orient, les novatiens étaient reçus par le rite intégral de la confirmation (^cipoOeaca) : imposition des mains et consignatio .

3. J. Ernst, Die Ketzertaufangelegenheit etc., p. 6 , admet que le concile de Nicée a prescrit la réordination des clercs novatiens, et qu’il a refusé de se prononcer sur la valeur du baptême novatien. C’est une explication qui ne parait pas fondée. L’avis de M. Ernst peut être appuyé sur le témoignage de Théophile d’Alexandrie, qui comprenait ^eipoOeTOupévouç du concile de Nicée dans le sens de yeiporovetaOai ou de l’imposition des mains de l’ordination. Cf. plus loin, p. 43. Mais l’évêque d’Alexandrie est ici l’interprète de la pratique sévère qui devait amener l’Église de Constantinople à réitérer l’ordination de tous les hérétiques. (Lettre à Martyrius.)

3. S. Hierohymi Advcrsua Luciferianos, P. L., t. XXIII, col. 181 : « Synodus quoque Nicaena, cuius paulo ante fecimus mentionem, omnes haereticos suscepit, exceptis Pauli Samosateni discipulis. Et quod his maius est, episcopo Novatianorom, si conversas fuerit, presbyterii gradum servat. » S. Siricii Epiai ad Himerium, P. L, t. XIII, col. n35 : « Quos [Arrianos] nos cum Novatianis aliisque haereticis, aient est in aynodo conatitutum , per invocationcm solam septilormis Spiritus, episcopalis manus impositione, catholicorum conventui sociamus, quod etiam totus Oriens Occidensquc custpdit. »

LES THÉOLOGIES GRECQUE ET ROMAINE

ront ordonnés par l’évêque de l'Église catholique, après qu’ils auront été rebaptisés (àva6ot7rri06évTtç /eipoTovilaOcouav), à la condition toutefois qu'ils aient une réputation intacte et qu’ils n'aient pas subi de condamnation. Si l’enquête montre qu'ils sont indignes, on doit les déposer (xaOaipctoOat) L

Il semble bien que, sous le nom de Paulianistes (IlauXiavfoavTsç), il faille entendre non seulement les disciples de Paul de Samosa te, mais encore les sectes antitrinitaires niant l’existence de trois personnes dans la Trinité. Tous ces hérétiques doivent être rebaptisés, et, le cas échéant, réordonnés. Pour quel motif? Nous avons, sur ce point, le témoignage de saint Âthanase. Les disciples de Paul de Samosate employaient la forme prescrite i. 2 . Si leurs sacrements étaient rejetés, c’était donc à cause de leur doctrine antitrinitaire. On s’explique très bien, dès lors, que ce canon dix-neuvième se réfère k une ordonnance déjà en vigueur, qui ne peut être que le Canon des Anciens .

Le concile de Nicée a donc sanctionné un usage oriental qui était assez différent de la pratique romaine. Tandis que l’Église grecque rejetait le baptême et tous les sacrements des hérétiques qui supprimaient la Trinité, à Rome on acceptait ces baptêmes, pourvu qu’ils fussent donnés suivant la forme prescrite. Le concile n’a fait qu’enregistrer une coutume ancienne, sans la discuter, mais il a semblé approuver le principe doctrinal qui justifiait cette coutume et qui, depuis lors, s’est maintenu chez les Grecs.

Les méléciens d’Égypte étaient une secte schismatique qui se rattachait à l’évêque Mélèce de Lycopolis. Celui-ci avait usurpé le droit d’ordination de ses collègues et de l’évêque d’Alexandrie, dans plusieurs diocèses. Au moment du concile de Nicée, le patriarche Pierre d’Alexandrie supportait avec peine ces usurpations de pouvoir. A en croire Sozomène, il aurait même rejeté le baptême des méléciens 3 . Le concile de Nicée eut à régler cette affaire 4 . Il décida que Mélèce continuerait k porter le titre d’évêque, mais qu’il ne conserverait aucun pouvoir d’ordonner. Quant aux clercs ordonnés par lui, ils devaient être « sanctiore ordinatione confirmât! : jAUffrixorrépa s^tpoT ovfoe (k6au*)ôévTeç ».

i. Hardouin, Acta conciliorum, t. I. col. 33i.

a. Oratio II contra Arriano s, n. 43 (P. G., t. XXVI, col. a38).

Page 1