CHAPITRE PREMIER
DEUX TRADITIONS DANS l’aNCIENNE ÉGLISE.
Les trois premiers siècles nous fournissent très peu de renseignements au sujet des ordinations faites en dehors de l’Église, c’est-à-dire dans le schisme ou l’hérésie, mais suivant la forme prescrite. Vers 200, Tertullien décrit ainsi les clergés hérétiques :
Ordinationes eorum temerariae, leves, inconstantes ; nunc neophytos conlocant, nunc saeculo obstrictos, nunc apostatas nostros, ut gloria eos obligent, quia veritate non possunt. Nusquam facilius proOcitur quam in castris rebellium, ubi ipsum esse illic, promereri est. Itaque abus hodie episcopus, cras alius; hodie diaconus, qui cras lector; hodie presbyter qui cras laicus : nam et laicis sacerdotalia munera iniungunt 1 .
S’il faut prendre à la lettre ces détails, il est clair que l’Église ne pouvait faire grand fonds sur une transmission du pouvoir d’ordre qui parait tenir si peu compte du rituel. Firmilien de Césarée et saint Cyprien ont des déclarations plus explicites 2 . En a 56 , Firmilien limite le pouvoir absolu d’ordonner aux évêques qui sont dans l’Église 3 . Cette décision fut prise,
1. De praescriptionibus hacreticorum, 41, dans P. L t. II, col. 56. a. Dans tout ce travail, on citera les œuvres de S. Cyprien d’après l'édition de Hartel : S. Thasci Caecili Cypriàni Opéra omnia, 3 parties ou volumes, Vienne, 1868. La collection des lettres de S. Cyprien est dans le second volume; on sait qu’elle contient des lettres d’autres personnages, Firmilien, Corneille etc. Celles-ci seront désignées par ces mots Inter Cyprianicas.
3. Inter Cyprianicas f Ep 75, c. 7, p. 814 : « Cetcri quique haeretici, si se ab Ecclesia Del sciderint, nihil habere potestatis aut gratine possunt, quando omnis pote s ta s et gratia in Ecclesia constituta sit, ubi praesident maiores natu qui et baptizandi et manum inponendi et ordinandi possèdent potestatcm. Hae-
LES THÉOLOGIES GRECQUE ET ROMAINE
dit-il, dans un coilcile d’Iconium tenu quelques années auparavant. Saint Cyprien a la même doctrine *. Comme on le verra bientôt, pour tous les deux, c’est l’application d’une théorie générale : en dehors de l’Église point de sacrements. Par suite, tout baptême administré en dehors de l’Église est nul ; il doit être réitéré. Encore, d’après saint Cyprien, cette expression est-elle tout à fait inexacte : il n’y a pas de réitération, puisque le premier acte était nul. Aussi l’Église ne rebaptise-t-elle pas les hérétiques qu’on avait prétendu baptiser en dehors d’elle ; elle les baptise pour la première fois 2 .
De plus toute ordination conférée en dehors de l’Église est nulle. Peut-elle être réitérée? Au troisième siècle, on ne se pose pas la question, car elle est écartée par une objection préalable : « oportet sacerdotes et ministros qui altari et sacrifiais deserviunt integros âtque immaculatos esse 3 ».
A Rome, en matière d’ordination, on avait une autre doctrine. Le pape Corneille, aussi bien que saint Cyprien, regardait Novalien comme un hérétique et un schismatique 4 . Quand il parle de la consécration épiscopale de l’antipape, il emploie des termes très vifs 5 ; mais rien n’indique qu’il regardât cette con-
reticum enim, sicut ordinarc non licet, ncc inanum inponere, ita nec bnptizare, nec quicqunm sanctc et spiritnliter gerere, quando alienus sit a spiritah et dei fica sanctitate. Quod totum nos iam pridem, in Iconio qui Plirygioe locus est, collecti in unum convenientibus ex Gal&tia et Cilicia et ccteris proximis regionibus, confirmavimus tenendum contra haereticos firmiter et vindicondum, cuin n quibusdmn de ista rc dubitaretur. »
1. Ep. 55 , c. 24, p. 643 : « Qui ergo nec unitatem Spiritus nec coniunctionem pacis observât et se ab ecclcsiae vinculo ntcrue a sacerdotum collegio separat, episcopi nec potestatem potest habere nec honorcm, qui episcopatus nec unitatem voluit tenere nec pncem. » De même qu’on parlait de « pseudo-baptizatus », quand quelqu’un avait été baptisé dans 1 hérésie ( Sententiae episcoporurn, 4, dons. S. Cypriani Opéra, éd. Hartel, t. I, p. 438 ), ainsi S. Cyprien parle-t-il de « pseudo-episcopi » i\ propos des évêques qui sont en dehors de l’Eglise; par exemple, à propos des évêques institués par Novatien, Ep. 55 , c. 24, p. 64a; à propos de Fortunatus, Ep. 5 q, c. 9, p. 67(1.
2. Ep. 71, c. 1, p. 771 : « Nos autem dicimus eos qui inde [^ab haercsi] veniunt non rebapiizari apud nos, sed baptizari. Necpie enim accipiunt illic aliquid ubi nihil est, sed veniunt ad nos, ut hic accipiant ubi et gratin et veritas omnis est. »