Oratio 11 contra Arrianoa, 70, P, G. t t. XXVI, col
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créature, on rend impossible cette union de l'homme avec Dieu : « Homo cum re creata coniunctus non potuisset divinus effici 1 . » Un des arguments principaux de saint Àthanase, pour défendre la consubstantialité du Fils au Père, est de dire que ce dogme seul rend la rédemption assurée (ge6ata).
Il faut se mettre à ce point de vue, pour comprendre l’exposé de saint Athanase sur le baptême des ariens, dans la II Oratio contra arrianos. On y discerne alors deux argumentations très différentes. En niant la divinité du Fils, les ariens compromettent i° le baptême, ü° leur baptême. La première proposition est inattaquable. Si le Fils n’est qu’une créature, le baptême donné en son nom ne peut avoir aucun effet divin ; bien plus, le baptême perd son unité : il est donné au nom du Créateur et d’un être créé :
Arriani in periculum veniunt amittendae mysterii (de baptismo loquor) integritatis... Nec enim in Pat ris et Filii notnine dant baptismum, sed in nomine creatoris et rei creatae, effectoris et rei factae. Unde quemadmodum res creata alia est a Filio, ila baptismus quem illi dare putantur, a vero baptismale alius est, etiamsi nomen Patris et Filii, ut praecipit Scriptura, proferre assimulent*.
Cet exposé n’est qu’une variante de l’argumentation de saint Athanase : si le Christ n’est pas Dieu, le salut est impossible, parce qu’un être créé ne peut pas sauver l’humanité ni donner une valeur au baptême. Tout cela est une théorie excellente. Aussi saint Athanase a-t-il voulu l’appliquer aux ariens. C’est sa seconde argumentation, qui, prise à la lettre, est erronée. Il nous dit que les ariens compromettent leur baptême, celui qu’ils administrent. Comme on le voit, il y a la un passage de la spéculation à la pratique, contre lequel proteste la doctrine de l’efficacité objective des sacrements. La première argumentation disait : Si le Christ n 'est pas Dieu, le baptême est nul; la seconde déclare : si le Christ n’est pas invoqué comme Dieu, le baptême est nul :
Qui fieri potest ut prorsus vacuus ac inutilis non sit baptismus, qui ab illis datur, in quo quidcm insit religionis simulatio, sed révéra nihil aa pietatem queat conferre?... Qui enim in nomine eius qui nullus est (tov oùx Ævroc) baptismum videntur accipere, nihil certe accipient, sed rei creatae coniuncti, nullum ab ea consequentur auxilium. Cum item in rem natura a Pâtre alie-
i. Ibid.
a. Ibid., 4a, col. a35.
nam et dissimilem iidem crtdant , nullam quoque cum eo coniunctionem sunt habituri 1 .
Quelques lignes plus haut, saint Àthanase a rapproché le baptême des ariens de celui des montanistes, des manichéens et des disciples de Paul de Samosate, tous hérétiques que l’Église grecque rebaptisait. On ne saurait donc affaiblir cet exposé. Les deux argumentations que j’ai distinguées, l’une relative à la théorie, l’autre, à la pratique, y sont entrelacées et confondues. Le souci de rattacher toute l’œuvre de la Rédemption à la divinité du Christ a conduit saint Athanase à affaiblir, sinon à supprimer, l’effiçacilé propre des sacrements. Ici, comme toujours, un point de vue exclusif fausse les perspectives.
Mais cette déformation très réelle imprimée à la doctrine des sacrements représentait-elle la pensée vraie et définitive de saint Athanase? C’est une autre question. Pour y répondre, nous avons le témoignage de l’évèque d’Alexandrie. Plus tard, dans la première Lettre à Sérapion , il a eu l’occasion de combattre les macédoniens, hérétiques qui niaient la divinité du Saint-Esprit. Contre eux, il renouvelle l’argumentation de la II O ratio contra arrianos, à propos du baptême. Comme, au point de vue théologique, la condition des macédoniens et celle des ariens est absolument la même, on s’attend à trouver une argumentation identique dans la Lettre à Sérapion . Il n’en est rien.
Ce second exposé n’a plus rien de répréhensible. Les sacrements des macédoniens et ceux des ariens y sont traités de même; il n’est aucunement parlé de nullité. Des deux arguments de la II Oratio contra arrianos 9 on ne retrouve que le premier, celui qui, de la négation du Dieu-Verbe, déduit l’impossibilité théorique de la Rédemption et des sacrements : Où$èv Xoirov Op.ù>v àa<paXèç ou$è àXtjOéç. L’initiation chrétienne devient à6e6a (a 2 . C’est tout le contraire des résultats obtenus par l’afiirmation de la divinité du Verbe.
Saint Athanase a donc changé d’avis sur ces questions. Une vingtaine d’années séparent la composition de la II Oratio contra arrianos et celle de la première Lettre à Sérapion 3 . Dans
i. Ibid., 4a, 43, col. a38, a3g.
a. Spist. I ad Serapionem, ag, 3o, P. G . , t. XXVI, col. 5g5, 5g8.
3. Bf. Loofs a donné d’excellentes raisons pour placer les quatre Orationes contra Arrianos vers 338, 33g. La première Lettre à Sérapion est d’environ 358, 359 . Cf. article Athanasius de la Realencyklopàdie.
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cet intervalle se place le séjour prolongé de saint Àthanase à Rome. Il est permis de conjecturer que la doctrine romaine , qui était très explicite sur ce point, a amené l’évêque d’Âlexandrie à apprécier plus favorablement les sacrements des ariens. Il a été ainsi amené à l’état d’esprit d’où devaient sortir les décisions si conciliantes du concile d’Alexandrie de 362 : acceptation non seulement des baptêmes, mais encore des ordinations administrées par les ariens 1 .
Au début du v* siècle, en Orient, on avait un sentiment très exact des vues qui avaient inspiré cette indulgence. Vers 4 oo, Théophile d’Alexandrie écrivit à Flavien d’Antioche, pour l’engager à recevoir dans son clergé les clercs du parti eustathien ou paulinien. Après avoir remarqué qu’il n’y a aucun motif jmur ne pas entrer en communion avec des clercs que l’évêque de Rome, Anastase, admet dans la sienne, il ajoute :
A votre âge avancé, vous savez parfaitement que nos saints Pères ont résolu des difficultés bien plus considérables que celles-ci et que, par l’adoption de mesures intelligentes, ils agirent envers ceux qui n’étaient pas sous la loi, comme si eux-mêmes ne lui étaient point soumis; ils aplanirent les difficultés et ne troublèrent point le corps entier de L'Église. Ainsi Ambroise, d’heureuse mémoire, admit les clercs ordonnés par Auxence, son prédécesseur à Milan, et beaucoup d’autres en Orient ont été reconnus que les orthodoxes n’avaient point ordonnés. Si on les avait laissés dehors, l’hérésie arienne aurait pris racine; c’était la perte des fidèles et d’une grande partie des peuples. L*on agit ainsi pour les clercs de Palestine et de Phénicie et beaucoup d’autres, en se relâchant à propos de la rigueur des lois concernant l’ordination, en vue du salut des peuples 2 .
La lettre adressée par l’Église de Constantinople au patriarche Martyrius d’Antioche prouve que l’Église grecque ne s’en est
i. Tomus ad Antiochenos, P. G., t. XXVI, col. 795. Cette indulgence s’appliquait uniquement au passé. Dans la suite, on déclara hautement qu’on n’accepterait pas les ordinations faites par les ariens. Ainsi procéda S. Basile, lorsque les ariens nommèrent Fronto évêque de Nicopolis, à la place de Théodote décédé. Plusieurs lettres de S. Basile sont relatives à cette ordination. Epist. jt'iq : « Quis autem posait, ut par est, res Nicopolitarum lugere ? Nimirum miser ille Fronto prius quidem defensionem simulaverat veritatis, sed tandem turpiter prodiait et ndem et seipsum, ac mercedem proditionis accepit nomen îgnommiae. Accepit enim ab illis episcopatus dignitatem, ut existimat, sed Dei gratia factus est exsecratio totius Armeniae. » Epist. 340 : « Non agnosco episcopum nec numerarim inter Christi sacerdotes qui a profanis manibus ad eversionem fidei principatum accepit. » P. G., t. XXXII, col. 891 et 898.
3. J’emprunte cette traduction i\ M. F. Cavàllera, Le Schisme d'Antioche , p. 390, Paris, 1905. Cette lettre de Théophile est citée dans une lettre du patriarche Sévère d’Antioche. Elle se trouve p. 3 o 3 de l’édition des lettres de Sévère par E. W. Brooks, dont la référence est donnée plus loin, p. 5 o. C’est au livre de M. Cavallera que je dois d’avoir connu les lettres de Sévère relatives aux ordinations.
pas tenue à la pratique indulgente du concile d'Alexandrie. A une époque qu’on ne saurait préciser, l'ordination conférée par les ariens fut considérée comme nulle, et, dans certains cas, réitérée. Cest que, dans l’intervalle, les ariens s’étaient organisés en groupes séparés, rejetaient et réitéraient tous les sacrements administrés par les catholiques. Cette situation a motivé une nouvelle sévérité.
Les ariens avaient même commencé de réitérer les sacrements des catholiques, avant le concile d’Alexandrie. Par exemple, l’évêque arien d'Alexandrie, Georges (356-363), prescrivait la réordination des clercs et des évêques catholiques qui passaient à l’arianisme *. Des réordinations ont eu lieu en Egypte, après que Théodose eut rendu la paix a l’Eglise ( 379 ). A Oxyrinchus, il y avait trois évêques : Héraclidas, évêque rigoriste comme Lucifer de Calaris ; Apollonius, évêque mélécien ; et Théodore. Ce dernier, tout d'abord catholique, avait été réordonné par Georges d'Alexandrie. Il avait ensuite vécu en bonnes relations avec l’évêque mélécien Apollonius. Redevenu catholique, depuis 379 , et seul reconnu par le pouvoir impérial, à Oxyrinchus, Théodore, voulant montrer du zèle, s'appliqua à réordonner le clergé mélécien de son diocèse 1 2 . De tels faits ont dû se renouveler ailleurs, et déterminer peu à peu une pratique pareille chez les catholiques.
Il y a donc intérêt à connaître les raisons qui ont amené les ariens à rejeter les sacrements des catholiques. Un texte récemment publié nous donne, à ce sujet, les confidences de Maximinus, évêque arien du début du v® siècle. L’auteur se plaint des lois de Théodose qui ont enlevé aux ariens la jouissance de leurs églises. Le perfide Aman dut monter sur le gibet qu’il avait préparé pour Mardochée; de même les catholiques sont frappés par l'anathème qu’ils ont lancé contre les ariens :
1 . Le fait est attesté dans le Libellus precum de Marcellinus et Faustinus. O. Guenther, Epistulae imper atorum... Avellana quae dicitur collectif), t. 1, p. 19 : « Execrabiles enim Arriani in partibus Orientis et maxime in Aegypto non fuerunt hoc solo contenti, ut episcopi, damnata fide integra, in eorum împiam sententiam declinarent, sed hos ipsos qui primum fuerant per catholicos episcopos ordinati, ubi pro eorum desideriis subscripserunt, in laicorum numerum exigebant, et postea iterum eos idem haeretici episcopos ordinabant, ut non solum fidem catholicam damnare viderentur, sed etiam ordinationem factam per catholicos episcopos. » Ibid., p. 33, l’évêque arien Georges est nommé comme l’auteur de cette pratique.
a. Ibid. , p. 33 et 36.
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Iuste [catholici] nunc per omnia exteri christianis iudicabuntur, qui basilicas christianis violenter diripuerunt et eis denegaverunt. Audient utique secundum magisterium Christi ab ipsis : Ecce relinquetur vobis domus vestra déserta, in qua nec baptismum verum celebratur, nec mysteria sancta conficiuntur, nec sacerdotium stare potest pulsis sacerdotibus veris.
Nam denique nisi sic a nobis geratur, invenimur firmare eorum sententiam, qui vacuis verbis sacerdotalem officium, quantum ad ipsos sanctis denegaverunt. Quomodo? Non valebit eorum sententia aut auctoritas sacerdotalis. Si eis baptizandi licentiam de mus, si habent licentiam baptizandi , habent et saceraotes ordinandi. Opus opificem probat. Si habent licentiam ordinandi, habent et deiciendi et inveniinur ab ipsa conscientia redarguti nostra, quia religionis concedimus in quibus religio non consistit. Nam cum Dominus Petro et non Iudae proditori dixerit : Tibi dabo elaves regni caelorum, quodcumque li g ave ris, etc., constat utique hos habere elaves regni caelorum, qui fidem Pétri sequuntur, qui Christuin Fi li ura Dei fatentur et non ipsum Patrem 1 .
On retrouve ici l’argumentation de tous les hérétiques qui rejettent les sacrements de l’Église. Saint Augustin atteste l’usage de la rebaptisation chez les ariens 2 . Ils l’ont conservé jusqu’à la fin 3.