VI. — Réordinations de monophy sites
Cette pratique constituait un précédent auquel pouvaient se référer les partisans des diverses théologies en conflit dans le monde byzantin. Il était si usuel de traiter ses adversaires d'hérétiques, que, par une application des vieilles règles, on pouvait facilement leur dénier le pouvoir d'ordre. Pareille tentative fut faite, à Constantinople, à l’égard des monophysites, par le patriarche Jean le Scholastique ( 565 - 577 ) •
Les monophysites ont eu d'autant plus le droit de se plaindre de cet abus de pouvoir, qu’un de leurs principaux chefs, Sévère d’Antioche, avait, un demi-siècle plus tôt, défendu les bons principes, en ces matières. Sur ce point, nous sommes renseignés par deux lettres de Sévère 4 .
Au début du schisme monophysite, Timothée, patriarche d'Alexandrie 2 , avait admis à l’exercice de leurs ordres, moyennant une légère pénitence, les clercs ordonnés par le patriarche catholique Proterius (452-437). Ace sujet, il avait été désavoué par quelques monophysites violents qui se séparèrent de lui 3 . A Antioche, les mêmes idées avaient des défenseurs. On demandait que ceux qui abandonnaient la doctrine des deux natures, pour se rallier au monophysisme, fussent soumis à la réitération de la confirmation. Cette mesure, appliquée aux laïcs, devait
i. Ces documents sc trouvent dans E. W. Brooks, The sisth book of the select letters of Severus patriarch of Antioch, vol. II (translation), p. 180 et suiv.,
L 294 (ioo 3 ). Le premier est une lettre à Photius et André, archimandrites.
second, un traité contre ceux qui prétendaient que les convertis passant du dyophysisme (catholiques et nestoriens) au monophysisme devaient recevoir la réitération de la chrisraation ou confirmation.
2. C’est Timothée II, qui a été patriarche monophysite de 457 à 460 et de 476 A 477 -
3 . Ibid., p. 181, 182, 3 o 5 . Ces renseignements fournis par Sévère sur l’Alexandrie monophysite montrent l’exactitude des renseignements traduits par Anastase le Bibliothécaire dans son Historia ecclesiastica. Il y est dit, à propos du patriarche Dioscore II (517-519), qui avait été nommé par l’empereur Anastase : « Cum idem Dioscorus manus impositionem accepisset, recesserunt multitudines rusticorum dicentes, quia nisi secundum quod sanctorum apostolorum canones continent fiat episcopus, non recipietur. Principes enim inthronizaverunt eum. Dioscorus autem venit ad S. Marcum et venientes clerici induerunt eum secundo et iterum consecraverunt. Et ita veniens ad S. Iohannem, perfecit collectant. » Dans A. Fabrot, Anastasii Bibliothecarii historia ecclesiastica, p. 55 , Paris, 164p. Ces paysans, dont il est question dans le texte, devaient être des monophysites exaltés et non des catholiques. Deusdedit a transcrit ce renseignement dans Libellus contra invasores et simoniacos (Zibelli etc., t. II, p. 302).
entraîner la réordination des clercs. Le patriarche Sévère combat ces prétentions. D’après lui, si on réordonne, il faut rebaptiser 1 . Les dyophysites ne doivent pas recevoir une nouvelle confirmation 2 : ils doivent seulement condamner par écrit leur hérésie.
A ce propos, Sévère expose la pratique de l’Église sur la réconciliation des hérétiques. Il distingue trois catégories d’hérétiques, comme devait le faire, après lui, saint Grégoire 3 . Il témoigne d’une connaissance exacte de la controverse baptismale au in* siècle. A son avis, le tort de saint Cyprien a été de méconnaître la condition très diverse des hérétiques 4 . Il remarque que le concile d’Éphèse de 43 1 n’a rien décidé au sujet de la réconciliation des nestoriens. Enfin, il a le sentiment très exact que les hérétiques de date récente sont traités plus favorablement que les anciens, à leur entrée dans l’Église.
Le règne de l’empereur Justin II (i4 nov. 565-5 oct. 578 ) fut rempli par une politique suivie pour enrayer l’organisation des églises monophysites. Cette organisation avait été commencée en 54 i- 43, par Jacques Raradaï. A cette date de 543, la grande difficulté, pour les monophysites, était d’assurer à leur secte la possession du pouvoir d’ordre; car Justinien tenait enfermés les évêques suspects, pour les empêcher de procéder à l’ordination de dissidents. Mais l’impératrice Théodora, dévouée à la secte, obtint que Théodose 5 , évêque monophysite tenu en surveillance dans la banlieue de Constantinople, consacrât évêques deux moines, Théodore et Jacques.
Ce dernier est le fondateur de l’église monophysite. Pendant plus de trente-cinq ans, il parcourut l’Orient, échappant aux poursuites de la police, et procédant à de nombreuses ordinations d’évêques, de prêtres et de diacres. L’opposition faite par Justinien au monophysisme resta sans résultat. Elle fut reprise