Die Kirchcngeschichte des Johannes, etc., p
LES THÉOLOGIES GRECQUE ET ROMAINE
être déposés et réordonnés. La mesure fut exécutée, mais non sans soulever des protestations de la part de ces pauvres clercs et même des catholiques 1 .
La réordination fut imposée non seulement aux clercs et aux prêtres, mais encore aux évêques. L’histoire de Jean d’Éphèse nous parle de six d’entre eux : Paul ancien évêque monophysite d’Aphrodisias de Carie, Elisée et Étienne dont le siège épiscopal n’est pas indiqué, puis le patriarche monophysite Paul d’Antioche, et enfin Jean d’Asie lui-même. Ces personnages se sont trouvés simultanément dans la capitale, et se sont concertés de leur mieux, pour tenir tête au patriarche de Constantinople. Celui-ci se proposait de faire abjurer les évêques hérétiques, et de leur donner ensuite une place dans la hiérarchie catholique ; mais il ne semble pas avoir été, tout d’abord, bien fixé sur les moyens k prendre pour arriver k son but.
Jean d’Éphèse affirme que Paul d’Aphrodisias, Élisée et Étienne furent invités k se laisser réordonner. Cette injonction se* place sans doute à la même époque que les réordinations de clercs mentionnées plus haut. Quoi qu’il en soit, un fait est attesté par Jean d’Éphèse : la réordination de Paul d’Aphrodisias. Ce personnage était un homme de caractère excellent mais d’esprit faible; de plus, il était très âgé. Sur l’ordre du patriarche de Constantinople, il avait été enlevé de son diocèse, expédié k la capitale, et enfermé dans un des nombreux cachots du palais épiscopal. Après quelque résistance, il céda et accepta la communion des catholiques. Il reçut aussitôt sa grâce et repartit pour la Carie avec une lettre de recommandation a l’adresse de l’évêque catholique d’Aphrodisias. Que contenait cette lettre? Paul le sut en arrivant dans son ancienne ville épiscopale. II était destiné k servir d’exemple. A cet effet, il devait être déposé solennellement et réordonné, puis envoyé, cqmme évêque, k la ville d’Antioche de Phrygie. Quelle leçon pour ses anciens diocésains d’Aphrodisias et pour tous les monophysites d’Asie Mineure! Le pauvre vieillard eut beau se défendre, en disant que si on contestait son ordination, il fallait aussi contester son baptême et le rebaptiser, rien n’y fit. Finalement il céda encore. Il signa un acte de rétractation et
i. Ibid., p. 9 . -io.
se laissa réordonner. Ce fut la honte de sa vie. Son clergé ne l’appelait que le « rebaptisé a 1 .
L’évêque monophysite Elisée, titulaire d’un siège inconnu, et interné dans le couvent de Dios, était .destiné par le patriarche Jean a être évêque de Sardes, métropole de la Lydie. Mais, auparavant, Élisée devait être déposé et réordonné.
Refus énergique d’Elisée. Nouvelle proposition du patriarche. Qu’Élisée consente seulement à être investi du pallium. Nou-* veau refus. Le récalcitrant est envoyé dans le couvent d’ Abraham 2 . Pareille tentative, accompagnée cette fois de châtiments corporels, fut faite auprès de l’évêque Étienne. Il devait se laisser réordonner et partir ensuite, pour être évêque de l’île de Chypre. Mais Étienne résista, et, dans l'église même, provoqua un rassemblement suivi de tumulte 3 . Le scandale parvint jusqu’à l’empereur, qui promulgua un édit interdisant de formuler des exigences pareilles.
A quelque temps de là, Jean le Scholastique consentit à une conférence avec les évêques qu’il tenait prisonniers dans son palais : Élisée et Étienne, Paul d’Antioche et Jean d’Asie. Entre autres questions, on discuta sur la réordination. Le patriarche fut réfuté à fond. Il se borna alors à exiger, pour la réconciliation, une imposition des mains cérémonielle; mais cette demande même fut écartée 4 .
Tel est le témoignage de Jean d’Asie; il est aussi explicite que possible. Y a-t-il quelque raison de l’écarter? On n’en voit pas. Sans doute, tous les détails ne sont pas à accepter; quelques-uns d’entre eux, par exemple le compte rendu de la conférence contradictoire tenue dans le palais épiscopal, attestent un parti pris naïf. Mais on ne voit aucun motif de rejeter le fond du récit. Les attitudes successives de Jean le Scholastique, ses premiers succès et son échec final, dans la pratique des réordinations, sont parfaitement, vraisemblables. Dans tous ces traits, rien ne suggère l’idée d’un agencement artificiel. De plus cette affaire des réordinations tient une grande place dans l 'Histoire de Jean d’Asie.; pour la mettre en doute, il faudrait classer notre historien parmi les faussaires : c’est une extrémité à laquelle on se résignera difficilement.
i. Ibid., p. ii, 83 , 84.
a. Ibid., p. 11-12.