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VII. — Abandon de la réordination

Au début du vii* siècle, le prêtre Timothée de Constantinople a écrit un traité De receptione haereticorum 3 . C’est une sorte de rituel contenant la pratique officielle de la capitale byzantine. Il fournit un précieux élément de comparaison avec la lettre

i. Chr. Justel, Bibliotheca juris canonici veteris, t. II, p. 55 1 . a. Die Kirchengeschichte des Johannes von Ephesus, p. io et i4- 3. Dans P . G., t. LXXXVI, p. i, col. n et suiv.

envoyée de Constantinople à Martyrius d’Antioche, cent vingt ans auparavant. Timothée distingue trois catégories d’hérétiques : i° ceux dont on n’accepte aucun sacrement : les montanistes, les eunomiens, les sabelliens, etc.; 2 0 ceux dont on accepte le seul baptême : les quartodécimans, les novatiens et sabbatiens, les ariens, les macédoniens et les apollinaristes ; 3° ceux dont on accepte le baptême et la confirmation : les messaliens, les nestoriens, les diverses sectes monophysites, etc. L’ordination de ces derniers hérétiques était acceptée aussi, bien que Timothée n’en parle pas.

Et d’abord, ce traité enregistre l’abandon définitif, par l’Église grecque, des théories du patriarche Jean le Scholastique. On se refuse à assimiler le cas des monophysites, nestoriens, messaliens, etc., à celui des hérétiques dont l’ordination était rejetée, dans la lettre à Martyrius d’Antioche. On faisait aux monophysites et aux nestoriens une condition bien meilleure que celle faite, au v' siècle, aux ariens, macédoniens, novatiens et apollinaristes. On acceptait tous leurs sacrements. L’opinion ne permettait plus de traiter des chrétiens comme des païens, ou des clercs comme des laïcs, pour le seul motif que les uns et les autres professaient une doctrine hétérodoxe. C’était donc un grand progrès que l’acceptation des sacrements des monophysites et des nestoriens.

Mais ce progrès devait nécessairement conduire à réparer une vieille injustice. Si les sacrements des nestoriens et des monophysites étaient bons, pour quel motif pouvait-on bien condamner ceux des ariens, des macédoniens, des novatiens et des apollinaristes? Quelle raison donner de cette différence d’appréciation? Au point de vue théologique on n’en voit pas. Par exemple, les apollinaristes ne compromettaient pas plus l'efficacité des sacrements que ne faisaient les monophysites et les nestoriens. Dans les trois cas, il s’agit d’une hérésie christologique. On pouvait donc prévoir une révision du rituel enregistré dans la lettre à Martyrius d’Antioche.

Entre le traité de Timothée et la lettre à Martyrius, il y a une étroite dépendance. Tous les hérétiques mentionnés dans la lettre reparaissent dans le traité. Leur baptême et leur confirmation sont appréciés de façon identique. Il n’y a qu’une différence. Timothée ne dit rien des ordinations des ariens, des macédoniens, etc. Il ne prescrit aucune réordination.

LES THÉOLOGIES GRECQUE ET ROMAINE

Voici un document plus explicite. Une centaine d’années après Timothée, le concile Quinisexte ou In Trullo , tenu à Constantinople en 692, a promulgué comme canon 95 e , la lettre àMartyrius d’Antioche \ mais en y pratiquant une suppression. Dans ce canon 95 e , la phrase relative à la réordination des ariens, macédoniens, novatiens, sabbatiens et apollinaristes a été supprimée. Cette modification est intentionnelle, et beaucoup plus expressive que le silence de Timothée. Évidemment, le concile n’admet pas la réordination de ces hérétiques. Pour quel motif? Il semble bien que ce soit pour une question de principe. On ne pensait plus que l’ordination pût être réitérée. Dès lors deux hypothèses sont possibles : ou bien on admettait ces hérétiques à l’exercice de leurs ordres, après leur conversion ; ou bien on ne les admettait qu’à la communion laïque.

En résumé, la suppression faite par le concile Quinisexte dans le canon 95* montre quç l’Église grecque n’admettait plus des réordinations d’hérétiques. Cette conclusion est justifiée par la théologie grecque de l’époque suivante.

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