S. àugustini Ep. XC1II
DÉVELOPPEMENT DE LA THÉOLOGIE ROMAINE
lisable, puisque les deux partis reconnaissaient posséder un commun baptême.
A l’époque où Optât de Milève écrivait son traité De schismate Donatistarum , c’est-à-dire vers 368, la théorie donatiste était encore celle des 270 évêques. Ainsi s’explique qu’Optat mentionne deux pratiques très différentes par lesquelles les donatistes agrégeaient à leur parti les transfuges des catholiques. La première méthode consistait à réitérer le baptême de ces convertis 1 ; la seconde était de leur imposer les mains in paeni tendant 2 . II va sans dire, d’ailleurs, que ces deux procédés ne pouvaient pas être appliqués à un même individu : le baptême rendait inutile la pénitence. De plus cette interprétation est vérifiée par des formules d’Optat 3 . Mais les donatistes abandonnèrent bientôt cette pratique mitigée; à l’époque de saint Augustin ils paraissent considérer, de nouveau, la rebaptisation comme nécessaire. En ces matières, la pratique des donatistes a donc varié.
Quant au sacrement de l’ordre, il semble bien qu’au début les donatistes ne l’ont pas réitéré. La décision du concile romain tenu sous Miltiade, en 3i3, reproche à Donat de Carthage « quod confessus sit rebaptizasse et episcopis lapsis manum imposasse 4 ». De quelle imposition des mains s’agit-il? C’est de celle de la pénitence. Donat rebaptisait ceux qui avaient reçu le baptême des catholiques depuis le schisme. Il soumettait à la pénitence les prêtres catholiques qu’il accusait d’être traditores. C’était là une innovation. L’Église ancienne n’admettait pas les prêtres à la pénitence. Et même, un chrétien qui avait été sou-
1. La pratique donatiste de la rebaptisation est mentionnée par Optât ù maints endroits, et réfutée spécialement dans le livre II, De schismate Donatistarum, dans P. L ., t. XI, col. 1040 et suiv.
2. Ibid., col. 984 : « Matronae, pueri simul et virgines a vobis conctae, nullo interveniente peccato, salva innocentia et pudicitia, vobis docentibus, paenitentiam gerere didicerunt... Indixistis paenitentiam plebibus; nec enim acta est ab aliquo, sed a vobis exacta; nec aequalibus temporum spatiis, sed egistis omnia pro personis, alter anno toto, alter mense, alter vix tota die, imperantibus vobis, paenitentiam gessit! Si unitati consentire (ut vultis) peccatum est, si est similis culpa, quare non est aecpialis pro eodem reatu paenitentia ? » Cf. Ibid., col. 888, 889, 979; à ce dernier endroit, Optât écrit : « Invenistis pueros, de paenitentia sauciastis, ne aliqui ordinari potuissent. Agnoscite vos animas eversisse. Invenistis fideles antiques fecistis paenitentes ».
3 . Ibid., col. 1048 : « De sacramento [naptismi] non leve certamen innatum est, et dubitatar an post Trinitatem in eadem Trinitate boc iterum liceat facere. Vos dicitis : licet; nos dicimus, non licet. Inter licet vestrum et non licct nostrum, notant et remigant animae populorum. » Cf. col. 8 q 5 .
4. De schismate Donatistarum, I, 24, P. L ., t. XI, col. 932.
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mis à la pénitence ne pouvait pas être élevé aux ordres. Et c’est précisément cette règle qui motivait la pratique des donatistes. Un clerc qui avait fait pénitence publiquement était, par le fait même, déposé in perpetunm . Dès le début, les donatistes avaient pensé à appliquer cette élégante solution à Cécilien. Optât raconte la scène suivante. A peine l’ordination de Cécilien avaitelle eu lieu, qu’elle fut contestée par le parti opposé. On la déclarait nulle, comme ayant été faite par Félix d’Abtughi qui était traditor , disaient les opposants.
A Caeciliano mandatum est ut si Félix in se, sicut illi arbitra bantur, nihil contulisset, ipsi tanquam adhuc diacoaum ordinarent Caecilianum. Tune Purpurius [donalista]... sic ait : Exeat [Caeciiianus] hue quasi imponatur illi manus in épis copat uni, etquasseiur illi caput de paenitentia l * .
Cécilien répond qu’il est prêt à se faire réordonner, si ses adversaires prouvent que Félix, son consécrateur, a été traditor . Prise à la lettre, cette réponse ferait croire que Cécilien admet le principe du parti adverse, à savoir que l’ordination faite par un traditor est nulle. Mais saint Augustin n’a vu dans cette repartie qu’ un argument adhomimni 1 . En revanche, la parole de Purpurius est tout à fait claire. Il veut qu’on laisse venir Cécilien et qu’au lieu de l’imposition des mains de l’ordination, on lui donne celle de la pénitence, « et quassetur illi caput de paenitentia ». Il était difficile d’expliquer plus clairement les effets de la pénitence faite par un clerc.
Jusqu’à l’époque d’Optat (368), l’attitude des donatistes à l’égard des clercs de tout ordre a été la même. Quelle excellente manière d’humilier et de démoraliser les catholiques que de soumettre leurs prêtres à la pénitence ! Optât s’écrie : « Sic cuncta malignitate quadam ordinasse vos constat, ut in una specie operis yestri, species alias impleretis : ut dum presbyter aut episcopus deicitur, sic populus caperetur. Quomodo posset turba hominum stare, quae rectorem suum a vobis elisum esse conspiceret 3 ? » Avant de soumettre ainsi l’évêque catholique à la pénitence, les donatistes avaient soin de jeter ou de fouler aux
pieds l’Eucharistie et le chrême consacrés par lui : c’est dire
i. Ibid., I, 19, col. 920.
a. Breuiculus collationi t cum Donatistis, col. III, 29.
3 . De tchitmaie Donatistarum, II, ai, P. L t. XI, col. 976. Toute la fin du livre II d’Optat est consacrée à décrire et ù réfuter la pratique suivant laquelle les donatistes soumettaient les clercs à la pénitence.
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que si, à la rigueur, ils admettaient le baptême des catholiques, ils rejetaient leurs autres sacrements.
Ainsi s’explique que, vers la fin du iv® siècle, à l’époque où les donatistes sont revenus à leur thèse primitive de la nécessité de la rebaptisa tion, ils aient pris l'habitude non seulement de rebaptiser, mais encore de réordonner les clercs catholiques de tout ordre qui venaient a eux. Ces faits sont attestés par saint Augustin. Des clercs catholiques qui avaient des difficultés avec leur évêque passaient aux donatistes, qui les rebaptisaient, les réordonnaient et leur accordaient de l’avancement. Mais, d’ordinaire, les donatistes n’étaient pas longtemps à se repentir d’avoir accepté de telles recrues 1 .
La doctrine donatiste n’est donc pas restée uniforme. Elle a subi des variations que saint Augustin n’a pas manqué de faire valoir. Pour expliquer le fait, il faut se souvenir que l’origine du schisme est une question personnelle : l’opposition faite à Cécilien par un groupe de mécontents. Les arguments doctrinaux ont été invoqués ensuite; et, au cours du temps, ils ont été modifiés, suivant les besoins du moment. Tant au début que dans la suite, il s’en faut de beaucoup que le donatisme ait compté seulement des ministres de réputation intacte, c’est-àdire tels que l’exigeaient les principes de la secte. Plus le schisme a duré, plus cet imbroglio de questions personnelles et théologiques s’est compliqué. Aussi les donatistes n’ont-ils pas pu
i. A titre d exemple de réordination, cf. S. Augustini Ep. CVIII, 19 et Contra litteras Petiliani, III, 44* Dans les lettres XXIII et C.VI-CVIII, il est question de la rebaptisation d’un sous-diacre et d’un diacre par les donatistes : cet acte était le prélude de la réordination.
Il j a, dans les éditions de saint Augustin, un sermon De Musticiano subdiacono a Donatistis rebaptizato et in diaconum ordinato, qui serait d’un haut intérêt pour cette étude. Mais... il n’est pas authentique ; les bénédictins l’ont démontré péremptoirement. Ce texte apparaît d’abord dans J. Vignier, Supplementum operum sancti Augustini, t. II, Paris, i655. Depuis le travail Les découvertes de Jérôme Vignier, dans J. Havet, Questions mérovingiennes, p. 19- 90, Paris, 1896, on sait que le P. J. Vignier, de la maison de saint Magloire à Paris, est un ingénieux fabricant de textes anciens. Évidemment il était jaloux des lauriers des faussaires espagnols qui ont si fort indigné le cardinal d’Aguirre. Ce prétendu sermon de saint Augustin est une des nombreuses pièces fausses sorties de la plume de «Vignier. Les Bénédictins ont fait tort à Vignier en écrivant : Vignenus nihil dubitans quin vere dictus [hic sermo] ab Augustino fuerit ».
L’origine de ce faux est facile à retracer. Vignier a voulu faire croire qu’il avait trouvé le premier sermon publié par saint Augustin évéque à Hippone. De là un éloge de son prédécesseur Valère. Mais comme cette matière était insuffisante, Vignier suppose que saint Augustin rend compte aux fidèles de la défection, puis de la rebaptisation et de la réordination du sous-diucre Rusticianus, chez les donatistes. Ici le faussaire emprunte ses renseignements aux lettres XXIII et CVI-CVIII de saint Augustin.
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soutenir la discussion, lorsque saint Augustin la leur a proposée. Un de leurs évêques, poussé à bout par l'argumentation irrésistible de l’évêque d’Hippone, ne trouvait rien à répondre sinon « se in id quod a prioribus acceperit permanere 1 ».
La doctrine donatiste a l’avantage de montrer comment, au iv° siècle, la théologie sacramentelle a été faussée par des préoccupations de politique ecclésiastique. Si la théorie sur les conditions de transmission du pouvoir d’ordre a été alors modifiée et déformée, ce n’est pas tant pour des raisons théologiques que dans un intérêt de parti.