‹ Les réordinationsChapitre 42 sur 264 · Advenus Luciferianos, P. L. t t. XXIII, col · texte numérisé non relu

Advenus Luciferianos, P. L. t t. XXIII, col

DÉVELOPPEMENT DE LA THÉOLOGIE ROMAINE

c'était non dans une vue de libéralisme ou d'apaisement, mais pour afficher une division qui lui paraissait irrémédiable, qu'il avait rappelé les exilés.

Son attente fut trompée; non pas que l’unité théologique ait été immédiatement rétablie, car des divisions et des malentendus subsistèrent jusqu’à la fin du quatrième siècle ; mais un pardon général, bientôt approuvé par le pape Libère, fut accordé par le concile d’Alexandrie de 362, présidé par saint Athanase. A propos de l’Église d’Antioche, il fut décidé que tous les laïcs et clercs ayant pactisé avec l’hérésie seraient reçus, à la condition de condamner l’arianisme et de professer la foi de Nicée. A ces conditions, les clercs et les évêques seraient maintenus dans leur charge \ à l’exception des chefs de parti.

On sait que l’idée de ce pardon ne fut pas acceptée par tous. Quelques rigoristes l’ont rejetée. Intransigeants ils s’étaient montrés au plus fort du danger, restant fidèles, malgré tout, à la foi catholique; intransigeants ils sont restés après la crise, refusant de laisser en possession de leur charge les évêques qui avaient faibli pendant la persécution, et ne les admettant qu’à la communion laïque. Le plus en vue de ces rigoristes est l’évêque Lucifer de Calaris; de là le nom de lucifériens qu’ils ont reçu de leurs contemporains, après qu’ils ont rompu avec l’Église et organisé un parti schismatique.

Il y a donc une analogie véritable, bien que partielle, entre les principes lucifériens et ceux de rigoristes de diverses nuances, tels que les novatiens, saint Cyprien et les donatistes. La tendance essentielle de ces théologiens est la même : sauvegarder la sainteté de l’Église; mais cette préoccupation commune n’est pas chez tous également tyrannique. Elle domine tout chez les novatiens, qui n’admettent pas, après le baptême, de pénitence capable de réintégrer, dans l’Église, le pécheur repentant. Elle est encore très forte chez saint Cyprien et chez les donatistes, qui réservent à la seule Église et aux seuls ministres fidèles de l’Église le pouvoir sacramentel. Elle est très atténuée chez les lucifériens, puisque, sans nier le pouvoir d’ordre des évêques qui ont fléchi pendant la persécution, ils déclarent ceux-ci indignes d’exercer leur charge, et les ramènent à la communion laïque.

C’est précisément cette atténuation des principes de saint

i. Tomus ad Antiochenos , dans P. G., t. XXVI, col. 795.

LES RÉORDIXATIOXS. 5

LES THÉOLOGIES GRECQUE ET ROMAINE

Cyprien et des donatistes qui fait l’intérêt du schisme luciférien, au point de vue de l’histoire du dogme. La doctrine luciférienne est la résultante de deux forces : et de la tendance rigoriste toujours existante, et de la doctrine ecclésiastique commune. Si cette résultante ne coïncide pas avec la ligne dogmatique de saint Cyprien et des donatistes, ce n’est pas que la tendance rigoriste ail été affaiblie, c’est que la doctrine commune de l’Église s’est singulièrement fortifiée sur un point essentiel : l’indépendance absolue du pouvoir d’ordre de la valeur religieuse et morale de chaque ministre. C’était là une vérité acquise, contre laquelle, dans la seconde moitié du iv° siècle, on ne pouvait réclamer de révision .

Les lucifériens se bornaient à invectiver les catholiques et à colporter, au sujet des prélats les plus compromis, des histoires désagréables. En 36a, Lucifer de Calaris 1 , revenant d’Orient, s’arrêta à Naples. Il profita de l’occasion pour lancer un anathème énergique sur l’évêque Zosime, qui avait pris la place de Maxime, évêque orthodoxe, mort dans l’exil où l’avait envoyé Constance. Peu après le passage de Lucifer :

Idem Zosimus cum in coetu plebis vult exsequi sacerdotis officia, inter ipsa verba sacerdotàlia eius lingua protenditur nec valet eam revocare intra oris capacitatem, eo quod, contra modum naturae, extra os penderet ul bovi anhelo. Sed ut vidit se linguae officium perdidisse, egreditur basilica et (res mira) foris iterum in officium lingua revocata est. Et primum quidem non intelligitur compleri in eum sententiam martyris et confessons, sed cum hue totiens patitur, quotiens et basilicam diversis diebus temptavit intrare, ipse postremo recognovit ob hoc sibi linguam inter pontificii solemnia verba aenegari, ut sanctorum episcoporuin in eum rite prolata sententia probaretur. Denique cessit episcopatum, ut ei lingua, quae cesserai, redderetur.

Non res antiquas referimus, quae soient quadam ratione in dubiqm venire; vivunt adhuc praesentia ista documenta, nam et Zosimus hodieque in corpore est, usum iam linguae non amittens, posteaquam roaluit cum amissione episcopatus vivere dolens suis impietatihus.

Cette historiette s’est conservée dans un document officiel 2 .

i. Lucifer, évêque de Caluris en Sardaigne, appareil dans l’histoire, en 354, lorsqu’il fut chargé par le pape Libère d'une ambassade auprès de Constance à Arles. L’année suivante, au concile de Milan, il oppose la résistance la plus décidée aux exigences hérétiques de l'empereur, et est envoyé en exil. Il y resta jusqu’à l'édit de Julien (36a). Pendant ces années, il oomposa cinq traités, pamphlets virulents contre Constance, et des lettres. 11 n'assista pas au concile d’Alexandrie de 36a, dont il rejeta bientôt les mesures indulgentes. Un parti schismatique peu nombreux mais assez actif l’a considéré comme son chef.

a. C'est la pétition adressée à Théodose par Faustinus et Marcellinus, prêtres lucifériens. Cf. O. Guenther, Epistulae imperatorum pontificum... AvcUana quae dicitur collectio , t. I, p. a4, Vienne, i8q5.

DÉVELOPPEMENT DE LA THÉOLOGIE ROMAINE

On devine les inventions que devaient se permettre ces rigoristes, lorsqu'ils ne se piquaient pas d'exactitude. Du moins la théologie était sauve.

Page 1