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V. — Réconciliation et réordination des ariens

Au iv e siècle, l’Église d’Antioche avait, plus que toute autre, souffert de la crise arienne. Vers la fin de ce siècle, on y comptait au moins trois clergés : le clergé mélécien, le clergé eustathien et le clergé arien. Les deux premiers étaient catholiques, mais, par suite de la scission désignée sous le nom de schisme d’Antioche, ne communiquaient pas entre eux. L’évèque Alexandre d’Antioche (4i3-4ao) se préoccupa de rétablir l’unité ecclésiastique. Il reprit, avec Innocent I, les relations qui avaient été interrompues après la condamnation de saint Jean Chrysostome. Il admit dans son clergé les clercs eustathiens : mesure tardive, mais que des préjugés et des canons disciplinaires avaient seuls empêchée 1 . L’évêque d’Antioche voulait aussi ramener les ariens. Manifestement, il était porté à faire de bonnes conditions au clergé arien qui passerait à l’Église catholique; il aurait consenti à admettre les clercs ariens convertis à exercer leurs ordres, dans son diocèse. C’eût été se conformer à une pratique antérieure.

Mais l’évêque d’Antioche voulut d’abord consulter Innocent I. Celui-ci fut d’un avis opposé. A cette date, l’arianisme était constitué en Église séparée ; il était difficile de maintenir les condescendances d’autrefois. Il y a plus. Si Innocent I n’admet pas les clercs ariens à l’exercice de leur ordre, c’est qu’il ne voit pas de moyen pour guérir le défaut de leur ordination. Les laïcs de cette secte sont reçus par le rite de l’imposition des mains, c’est-à-dire par la réitération de la confirmation. Leur baptême prend ainsi toute sa force. Mais comment guérir le défaut incontestable de l’ordination des ariens?

Arrianos praeterea, caeterasque huiusmodi pestes, quia eorum Iaïcos conversos ad Dominum, sub imagine paenitentiae ac sancti Spiritus sanctificatione, per manus impositionem suscipimus, non vidctur clericos eorum cum sacerdotii aut ministerii cuiuspiam suscipi debere dignitate : quoniam quibus

i. M. F. Ca.val.lera, dons son livre Le schisme d' Antioche ( Paris, 1905), a écrit, p. 289 : « On a vu avec quelle véhémence saint Jean Chrysostome, lorsqu’il était à Antioche, proclamait la nullité des ordinations. Le problème était grave en effet; cependant une transaction s’imposait en vue de lu pacification définitive. » C est une allusion au discours de Jean Chrysostome (P. G., t. LXII, col. 85 et suiv.). D'abord il est inexact qu’à cet endroit, il soit question de la nullité des ordinations des eustathiens; en second lieu, on ne voit pas bien comment * une transaction était possible en mutière de validité des sacrements.

LES THÉOLOGIES GRECQUE ET ROMAINE

solam baptisma ratum esse permitlimus, quod utique in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti perficitur, nec Sanctum Spiritum eos habere ex illo baptismate illisque mysteriis arbitramur : quoniaro cum a catholica fide eorum auctores desciscerent, perfectionem Spiritus quam acceperant amiserunt. Nec dare eius plenitudinem possunt, quae maxime in ordinationibus operatur, quam per impietatis suae perfidiam potius quam fidem dixerim, perdiderunt. Qui fieri potest ut eorum profanas sacerdotes dignos Christi honoribus arbitremur, quorum laïcos imperfectos, utdixi, ad Sancti Spiritus percipiendam gratiam cum paenitentiae imagine recipirous. Gravitas i laque tua haec ad notitiam episcoporum, vel per synodum, si potest, vel harum recitationem faciat pervenire : ut quae ipse tam necessario percontatus es, et nos tam elimate respondimus, commuai omnium consensu studioque serventur 1 .

Le raisonnement de la lettre revient à dire : comment pourrait-on accepter l’ordination conférée par les ariens, puisqu’on reconnaît leur seul baptême et qu’on réitère leur confirmation? On voit le fort et le faible de cet exposé. Innocent I se refuse à réitérer l’ordination des ariens. Mais il la considère comme entachée d’un défaut dont la gravité est extrême. C’est ici qu’on peut remarquer les fâcheux effets exercés, dans la théologie des sacrements, par la réitération de la confirmation prescrite par le pape Étienne, dans le cas des baptêmes hérétiques. Cette réitération avait fourni à saint Cyprien un argument pour réitérer le baptême lui-même. Un siècle et demi plus tard, elle suggérait à Innocent I des paroles dures sur la valeur de l’ordination des ariens.

Il devait s’écouler bien du temps encore, avant qu’on appliquât sans hésitation les principes qui venaient d’être posés par saint Augustin. En somme, Innocent I reprenait les arguments présentés par les lucifériens contre les ordinations des ariens. Innocent I devait pourtant se souvenir que saint Ambroise avait reçu dans son clergé les clercs ordonnés par l’arien Auxence 2 .

Les invasions germaniques, dont le pape Innocent I avait vu les débuts, devaient avoir un effet durable : l’établissement, en Occident, de nombreuses peuplades venues de la frontière du Danube. Dans ces régions, peu après le milieu du iv* siècle, elles avaient pris contact avec le monde romain. C’était le temps de Constance et de Valens. Aussi ces peuples acceptèrent-ils,

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