‹ Les réordinationsChapitre 47 sur 264 · Innocentii Epist. 24, P. L., t. XX, col · texte numérisé non relu

Innocentii Epist. 24, P. L., t. XX, col

2. Le foit est attesté par une lettre de Théophile d’Alexandrie à Flavien d’Antioche, citée par le monophysite Sévère. Cf. plus haut, p. 46. La lettre de Théophile est dans l’édition ae Brooks (op. cit., p. 3o3-3o4).

DÉVELOPPEMENT DE LA THÉOLOGIE ROMAINE

pour la plupart, l'arianisme. Lorsqu’ils s'établirent en Occident, la communion catholique ne réunit d’abord que les vaincus. Seule la conversion de Clovis permit de prévoir des temps meilleurs.

Les victoires de Clovis sur les Burgondes et les Wisigoths ariens donnèrent, en Gaule, un immense avantage au clergé catholique sur le clergé arien. Dès 5 n, le concile d’Orléans prévoyait le retour des clercs hérétiques à l’Église, et le réglementait :

Deherelicisclericis,quiad fidem catholicam plena fide acvoluntate venerint, vel de basilicis, quas in perversitate sua Gothi hactenus habuerunt, id censuimus observari, ut si cïerici fideliter convertuntur et fidem catholicam intégré confitentur vel ita dignam vitam morum et actuum probitate custodiunt, offîcium quo eos épis copus dignos esse censueiit , cum impositae ma nus benediclione suscipiant; et ecclesias, simili quo nostrae inuovari soient, plaçait ordine consecrariL

De quelle imposition des mains est-il ici question? Si ce texte était isolé, l’on pourrait hésiter. Mais quand on le rapproche delà décision du concile de Saragosse de 592, qui va être transcrite, 1’ « impositae manus benedictio » dont il s’agit ici ne peut être que l’imposition des mains de l’ordination, c’est-àdire l’ordination elle-même. Tout fait croire que les évêques du concile de Saragosse ont connu la décision du concile d’Orléans de 5 1 1 et s’en sont inspirés, en la rédigeant en termes plus clairs. L’Église franque réconciliait donc les ariens laïcs par la réitération de la confirmation I. 2 (imposition des mains et consignatio) ; et réconciliait les clercs par la réitération de l’imposition des mains de l’ordination, c’est-à-dire par une réordination véritable.

Vingt-cinq ans plus tard, après la défaite des Vandales d’Afrique, on procéda autrement à l’égard du clergé arien de ce pays. Les clercs qui se convertirent furent admis seulement à la communion laïque 3 . C’est qu’on n’avait aucun ménagement à garder avec eux. Les quelques Vandales qui restèrent en Afrique n’avaient aucune importance politique ou militaire.

I. Concilium Aurelianense, c. io dans F. Maassen, Concilia aevi Mcrovingici , p. 5, Hanovre, 1893 .

a. Voir plus haut, p. 27 .

3. Ces faits sont attestés par un échange de lettres qui a eu lieû, en 5aa, entre le concile d’Afrique siégeant à Carthage, et le pape Agapet. Ces lettres se trouvent dons O. Güknther, Collectio Avcllana, p. 3a8 et suiv., Vienne,

LES THÉOLOGIES GRECQUE ET ROMAINE

La conversion du peuple arien d’Espagne se fit suivant une troisième manière. Dans ce pays, c’est Récarède, le roi arien, qui se convertit et amena son peuple et son clergé à l’Église. On devait bien quelques égards à la paix publique. On connaît mal les conditions dans lesquelles s’est effectuée la liquidation de l’Église arienne d’Espagne. Les décisions du concile de Saragosse tenu par les évêques de la Tarraconensis , en 592, n’cn méritent que plus de fixer l’attention :

I. Id placuit sanctae et venerabili synodo ut presbyteri qui ex haeresi Arriana ad sanctam catholicam Ecclesiam conversi sunt, qui sanctam et puramfidem, atque castissiman tenuerint vitam, accepta denuo benedictione près bjterii , sancte et pure roiuistrare debeant : ceteri vero, qui hanc supra scriptam vitara adimplere vel tenere neglexerint, ab officio depositi sint in ctero. Ita et de diaconibus, sicut et de presbyteris constitutum est...

III. Statuit sancta synodus, ut episcopi de Arriana haeresi venientes, s» quas Ecclesias sub nomme catholicae fidei consecraverint, necdum benedictione percepta , a catholico sacerdote consecrentur denuo L

La benedictio presbyterii denuo percepta , dont il est ici question, ne peut être que la réordination 1 2 . Le concile suppose que la réordination des évêques ariens a déjà été prescrite. Comment expliquer cette décision? En plus du précédent du concile d’Orléans de 5 n, une influence de la théologie orientale est possible dans l’Espagne wisigothique, dans le midi de laquelle les byzantins avaient une enclave, depuis le milieu du vi® siècle. Peut être aussi aura-t-on interprété dans le sens de la réordination, le 8 e canon de Nicée relatif aux novatiens.

Surtout il faut reconnaître que la culture théologique n’était pas en progrès, en Occident, à la fin du vi® siècle. A Rome, les désastres de la guerre gothique ont fait disparaître sans retour la prospérité et la splendeur de la capitale du monde antique. La ville et la campagne romaine étalent des ruines irréparables; la population est très diminuée; le Sénat a définitivement disparu; le niveau de la culture, très abaissé par rinterruption des études, ne se relèvera plus. Saint Grégoire apparaît pour

1. Hardouin, Acta conciliorum, t. III, col. 533 . Le canon II* est relatif aux reliques des ariens.

a. Le mot benedictio désigne ici la formule de la consécration des prêtres. Cf. le Sacramcntaire dit gilasien , livre de liturgie gallicane dont l’original romain date des années 628-731. Dans P. L., t. L\XIV, col. ii 45 , De sacris ordinibus benedicendis ; col. 1139 benedictio altaris sive consecratio ; col. 1147 benedictio diaconi; cf. le Sacramcntaire léonien recueil de liturgie romaine peu antérieur à saint Grégoire, dans P. L., t. LV, col. 1 1 5 la formule de la benedictio des prêtres; col. 114 Benedictio super diaconos.

DÉVELOPPEMENT DE LA THÉOLOGIE ROMAINE

donner les dernières consolations à un monde qui se croit près de la catastrophe finale. La décadence littéraire s’affirme même dans ses œuvres. Combien, toutefois, il est supérieur a son milieu! Saint Grégoire a dû maintenir, contre l’évêque Jean de Ravenne, la doctrine de saint Augustin sur la non-réitération de l’ordre. L’évêque de Ravenne voulait réordonner un prêtre ou un diacre qui, avant son ordination, avait commis quelque faute qu’il avait dévoilée tardivement. Saint Grégoire répond :

IUud autem quod dicitis, ut is qui ordinatus est iterum ordinetur, valde ridiculum est et ab itigenii vestri consideratione extraneum, nisi forte quod exemplutn ad medium deducitur, de quo et ille iudicandus est, qui taie aliquid fecisse perhibetur. Absit enim a fraternitate vestra sic sapere. Sicut enim baptizatu* semel baptizari iterum non debet, ita qui consecratus est semel in eodem ordine iterum non valet consecrari. Sed si quis cum levi forsitan culpa ad sacerdotium venit, pro culpa paenitentia indici debet et tamen ordo servari L

Cette lettre est du mois de juillet 5g2. C’est l’année même où le concile de Saragosse prescrit la réordination des prêtres ariens. Donc cette dernière décision ne saurait surprendre. Les évêques d’Espagne étaient bien plus excusables que l’évêque de Ravenne ramené à la vraie doctrine par celui de Rome.

Tout fait croire que le clergé arien de Lombardie aura été réconcilié a l’Eglise suivant les principes de la théologie de saint Grégoire 2 .

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