I. — Les deux traditions jusqu'au pape Étienne
Quant à la validité des baptêmes administrés en dehors de l’Église, on constate, dans l’antiquité chrétienne, deux traditions différentes 2 . D'après la première, celle de Rome, les baptêmes administrés en dehors de l’Église, mais suivant le rite prescrit, sont réels ou valides et ne peuvent pas être réitérés. L’existence de cette tradition est attestée par le pape Étienne, dont le témoignage sur ce point ne saurait être écarté. D’après la seconde tradition, celle des Églises d’Asie Mineure, les baptêmes administrés, dans ces mêmes conditions, sont nuis et doivent être réitérés.
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1. Ceci se déduit de l'histoire racontée dans cette même lettre par Corneille. Kusèbe, loc. cit., col. 6a5.
2. Voir sur cette question J. Erxst, Die Stellung der romischen Kirc/te sur KetzerlaufjTrasc vor und unmittelbar nac/t Papst Stephan 1 , dans la Zeitschrift fur katholisene Théologie d’innsbruck (1905), p. 258-205.
LES THÉOLOGIES GRECQUE ET ROMAINE
Quelle origine attribuer à chacune de ces traditions? L’une et l’autre se réclament d’une origine apostolique. Est-ce légitimement? Pour répondre à cette question, l’histoire ne nous fournit aucun moyen de contrôle. Comme ces traditions ont chacune de bons garants, le mieux est d’admettre que leur antiquité est approximativement la même. Par suite, sur un point très important de théologie, nous constatons un désaccord entre les deux groupes les plus importants de l’ancienne Église : Rome et les chrétientés d’Asie Mineure.
L’Église d’Afrique suivit d’abord l’usage romain. Toutefois, dans son De baptismo 1 composé entre 200 et 206, Tertullien, qui était encore catholique, rejette comme nul le baptême administré en dehors de l’Église. Est-ce à dire qu’a cette date, le changement de discipline de l’Église d’Afrique fût déjà chose faite? Il est assez difficile de se prononcer, car la doctrine de Tertullien peut avoir été aussi bien la cause que l’effet du changement de discipline des églises d’Afrique, sur ce point. On sait seulement, par le témoignage de saint Cyprien, qu’en Afrique, la pratique de la rebaptisation a été prescrite, pour la première fois, dans un concile tenu sous l’épiscopat d’Agrippinus de Carthage 2 . Malheureusement on ne sait rien d’Agrippinus. Toutefois on a des raisons de penser que son épiscopat date des dernières années du second siècle. Tertullien n’aurait donc qu’enregistré la nouvelle doctrine des Africains.
Pendant la première moitié du 111 e siècle, on constate, dans le monde latin, d’autres tendances à substituer, en ces matières, l’usage oriental à l’usage romain : c’est le cas d’Hippolyte et de Novatien. Hippolyte, prêtre romain, est entré en conflit avec le pape Calliste (217-222). Les causes d’opposition étaient d’ordre dogmatique et disciplinaire. Il semble bien que la question du baptême administré par les hérétiques a été un sujet de division de plus. Hippolyte a reproché à Calliste d’admettre un second baptême, c’est-à-dire celui des hérétiques 3 . Cette critique étonne, car l’usage romain, maintenu par Calliste, était déjà très ancien. Il est probable que le pape, suivant sa manière ad-