Cf. le texte intégral, plus haut, p
ment retenu le précédent immédiat, qui était l'ordination de Ceadda par un évêque assisté de deux Bretons. Quoi qu’il en soit, la réordination intégrale de Ceadda est le fait simple et facile à constater, qui a frappé Eddi, témoin oculaire. C’est le point que son témoignage met en pleine lumière, et auquel doivent être subordonnés les autres. Or cette discipline, qui n’était pas en usage à Rome, avait été longtemps en usage en Orient. C’est donc l’ex-moine grec Théodore, devenu archevêque de Cantorbéry, qui l’a introduite dans l’île de Bretagne.
Cette constatation a son prix. Elle nous montre d’abord combien le récit d’Eddi est plus précis que celui de Bède. Ce dernier, en effet, mentionne la réordination de Ceadda. Il dit l’humilité avec laquelle Ceadda accepta sa déposition et ajoute : « At ille [Theodorus] audiens humilitatem responsionis eius, dixit, non eum episcopatum dimittere debere; sed ipse ordinationem eius denuo catholica ratione consummavit C » Les expressions de Bède sont vagues. C’est que Bède dépend ici d’Eddi et déforme involontairement son auteur. Il ne parle pas de réordination « per omnes gradus », mais de la réitération de la seule consécration épiscopale. C’est ainsi qu’ont compris Bède des auteurs qui ne semblent pas avoir connu le texte d’Eddi i. 2 . Comment expliquer cette déformation dans Bède? C’est une suite de la rédaction incohérente d’Eddi, et de l’écart qui existait, chez le biographe de Wilfrid, entre les considérants de la sentence et la sentence elle-même.
En second lieu, on voit que la réordination de Ceadda ne saurait être regardée comme un fait sans précédent ni conséquent, comme un accident dû à des circonstances exceptionnelles. En réalité, c’est l’application d’un principe théologique. Et ici, on n’est pas réduit à des conjectures : on peut invoquer la doctrine de l’archevêque Théodore.
i. B ed ak Hist. eccl., IV, a.
a. Pur exemple, Duchesse, Églises séparées, p. 8 (Paris, 1896); et R. P. Brou, S. Augustin de Canterbury, p. i 3 o. On ne comprend pas comment M. Wells dans l’article Eddi's Life of Wilfrid, cité plus haut, en est venu, sur ce point, à préférer le témoignage de Bède à celui d'Éddi, et à interpréter Bède comme parlant non d’une réordination véritable, mais d’une sorte de rite de réconciliation. Si Bède ne parle pas de la collaboration de Wilfrid avec Théodore, dans cette circonstance, c’est que ce fait, intéressant pour le biographe de l’évêque d’York, l’était beaucoup moins pour l’historien de l’Eglise anglaise. Lorsque Bède fait dire à Théodore que Ceadda ne doit pas « dimittere episcopatum », il n’y a pas à en tirer la conséquence que Ceadda avait vraiment l’épiscopat, sous prétexte qu’il ne pouvait pas « dimittere » ce qu’il n’avait pas. La pensée est que Ceadda ne doit pas renoncer à être évêque.