III. — Mêmes théories négatives dans les Faux capitulaires
Ces trois fausses lettres de Y His pana Augustodunensis sont importantes, parce qu’elles constituent les premiers produits d’une officine qui allait se montrer particulièrement féconde en faux documents. La suite arriva bien vite. C’était peu de mettre de son côté l’autorité des papes, si on avait contre soi celle des empereurs. Aussi ces gens conçurent-ils une œuvre grandiose. Il s’agissait de créer, de toutes pièces, une législation impériale s’inspirant des principes qui paraissaient les meilleurs pour assurer la réforme ecclésiastique. On y pourvut en forgeant la Capitularium collectif) de Benoît le Diacre.
Ce faux est présenté avec quelque adresse. Il est donné comme la continuation de la collection de Capitulaires 2 publiée en 827, par Ansegise, abbé du monastère de Fontenelle, au diocèse de Rouen. L’archevêque Otgar de Mayence (826-847) au ' rait chargé Benoit le Diacre de continuer la collection d’Ansegise. De là la publication de l’œuvre de l’imaginaire Benoît. Elle fut faite entre 847 et 85 o. Quant à la forme, elle reproduit la manière d’ Ansegise. Elle comprend trois livres suivis de quatre appendices 1 * 3 . Elle compte 1721 chapitres ou articles dont un quart environ est authentique : tout le reste est apocryphe. Quant au fond, cette œuvre considérable n’est qu’un développement des trois fausses lettres de l’ Hispana Augustodunensis , dont il a été question.
1. Ce titre fiçure dans la table de V Hispana Augustodunensis. Le titre de la décrétale est différent : De vana superstitione chorcpiscoporum vitanda.
a. Cette collection d’Anseirise se trouve dans /'. L t. XCVII, col. 489 et soir. Elle comprend quatre livres et deux appendices.
3 . Les faux capitulaires se trouvent dans P. L t. XCVII, col. 697 et suiv.
Il s’agit de garanties judiciaires en faveur de l’épiscopat, d’indépendance vis-à-vis du pouvoir civil, et enfin de la suppression des chorévêques. On retrouve, dans les Capitulaires de Benoît le Diacre, la doctrine intégrale de la fausse lettre de Damase. L’identité d’origine de V Hispana Augustodunensis et des Capitularia est nettement établie. Elle se vérifie fort bien par l’identité de doctrine de ces deux œuvres, quant aux conditions de transmission du pouvoir d’ordre.
Sept articles, dont quelques-uns sont assez longs, sont relatifs à la question. L’un d’eux est un prétendu capitulaire de Charlemagne. L’empereur déclare que la question des chorévêques lui vaut de grandes perplexités : elle constitue un problème qui revient sans cesse*. Les clercs ordonnés par les évêques déclarent que ceux qui ont été ordonnés par les chorévêques ne peuvent pas remplir validement les fonctions ecclésiastiques. Quant aux laïcs, ils ne veulent avoir, en matière de sacrements, aucun rapport avec les chorévêques et les clercs ordonnés par eux. Pour régler ces difficultés, l’empereur a envoyé en consultation à Rome, auprès de Léon III (795-816), l’archevêque de Salzbourg, Arno (785-821). Le pape s’étonna de voir discuter, de nouveau, une question réglée depuis longtemps :
Dixit [papa] nullum fore presbiterum vel diaconum aut subdiaconum ab eis ordinatum, nec ecclesiam ab eis dedicatam, nec virginem consecratam, nec quemquam confirmation, neque quicquam quod de episcopali ministerio prae sumpsere esse peractum , sed quicquid ex his ab eis inlicite erat praesumptum, omnia a canonice ordinatis episcopis 'debere rite peragi et in meliorem statum refor ma ri, quia quod non ostenditur gestum , ratio non sinit ut videatur itéra tum ... Nam episcopi non erant, quia nec ad quamdam civitatis episcopalem sedem titulati erant, nec canonice a tribus episcopis ordinati. Ideo de episcopali ministerio nihil agere potuerunt. Et iacirco non ostenditur gestum, quod praefixi agere putaverunt. Quia quod non habuerunt nullatenusdare potuerunt L
Ainsi d’après Benoît le Diacre, il faut bien se garder, dans ces cas-là, de parler de réitération d’un sacrement. Comme l’acte accompli par le chorévêque est nul, celui qui est effectué ensuite par un évêque dans le même but, ne doit pas être qualifié de second, mais de premier. On reconnaît l’argument de saint Cyprien; il reparaîtra dans le cardinal Humbert et
1. III, 360, dans P, L, t t. XCVII, col. 83 o. Les derniers mots sont une allusion à la lettre d’innocent I aux évêques de Macédoine (cf. plus haut, p. 69) r laquelle reproduisait un principe de saint Cyprien (cf. p. 18).
chez tous les théoriciens des réordinations. Enfin, dit le capitulaire : « Scimus enim, sicut et in antiquis patrum legimus decretis, posse veram ac iustam legitimi episcopi benedictionem auferre omne vitium quod a vitioso fuerat iniectum 4 . » La réordination a pour résultat de guérir le cc vulnus infixum in capite » de celui qui a été ordonné par le chorévêque. Le pape Léon III était, nous dit-on, si mécontent contre les chorévêques qu’il les condamna à l'exil. Mais l’empereur et les évêques francs réunis en synode furent plus indulgents : ils maintinrent les chorévêques dans les fonctions sacerdotales 2 . Six faux capitulaires répètent ces prescriptions 3 .
Une production plus extraordinaire encore allait sortir des Fausses décrétales de pseudo-Isidore.