V. — Influence de cette littérature apocryphe
On sait le succès qu’ont eu les Fausses décrétales. Elles ont trouvé une publicité immédiate. Dès 852 , Hincmar les utilisait dans les Capitula d’un synode tenu le i er novembre 852 4 . Les textes si formels relatifs aux chorévêques n’allaient pas manquer d’attirer l’attention. Ainsi en fut-il, comme on peut en juger par des faits bien attestés.
Entre 85o et 856, un clerc de l’Église du Mans publiait les Actus pontijicum Cenomannis in urbe degentium 5 . C’est une sorte de Liber pontificalis de l’Église du Mans. A cette date, l’évêque Aldric (832-857) était fortement atteint par les infirmités de la
dans les falsifications de Pseudo-Isidore par des circonstances fortuites (cf.
P lus haut, p. 118, l’origine du nom de Mercator adjoint à celui d’Isidorus); a® importance exceptionnelle qu’avait pour le faussaire le traité de Raban Maur sur les chorévéques. Le meilleur moyen de contredire sur ce point le L iber Pontifical is était de faire endosser les Fausses décrétales par les mêmes autorités : saint Jérôme et Damase.
i. Rabàni Mauki De chorepiscopis, P. L., t. GX, col. 1197.
2. Ici Pseudo-Isidore se rapproche de la donnée de Raban. Dans la même mesure, il contredit ce qu il a ait d’nbord.
3 . P. Hinschius, Décrétales pseudo-isidorianae, p. 716-717; P . L., t. GXXX, col. io 83 .
4. P . L., t. GXXV, col. 775. Gf. à ce sujet : E. Lesne, La hiérarchie épiscopale.., en Gaule et en Germanie (745-882), p. 299, Paris, iqo 5 .
5 . G. Busson et Ledru, Actus pontificum Cenomannis in urbe degentium , Le Mans, 1902. Je ne cite cet ouvrage que pour le texte des Actus. L’introduction critique en est mauvaise. Sur cette question il faut lire : J. Havet, Questions mérovingiennes, p. 271 et suiv., Paris, 1896; L. Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, t. II, p. 3 a 3 ; et Bulletin critique (1896), p. 221.
RÉITÉRATION DES ORDINATIONS DES CHORÉVÊQUESv 12i
vieillesse. Il ne pouvait pas s’occuper activement de sa charge. L’administration de l’évêché échut a l’entourage de l’évèque. C’est de ce cercle qu’allaient sortir les Actus pontificum . Au Mans, comme dans tous les évêchés de cette époque, la grande affaire était la défense de la propriété ecclésiastique. On y constatait aussi, comme ailleurs, le conflit de l’évêque et des monastères voisins. Les évêques du Mans, Aldric, Robert et d’autres avant eux, se préoccupaient spécialement de s’annexer l’abbaye voisine de Saint-Calais. A cet effet, ils ont composé une série de fausses pièces qui ont été critiquées à merveille par Julien Havet. L’auteur des Actus pontificum avait toutes ces préoccupations d’un clerc séculier du Mans.
Il ne s’est pas gêné pour faire de l’histoire tendancieuse et, au besoin, falsifiée. Il s’intéressait aussi aux chorévêques. Pour quel motif? Julien Havet a conjecturé que l’auteur des Actus était chorévêque d’ Aldric L M gr Duchesne pense qu’il n’était pas chorévêque, mais voulait seulement montrer que le chorépiscopat du Mans était légitime L En tout cas, l’auteur des Actus s’intéressait aux chorévêques. Voici l’histoire qu’il nous raconte.
On était dans la seconde moitié du vm° siècle. L’Église du Mans assista à un conflit entre deux candidats au siège épiscopal. Gauziolen, le plus ancien en date, réussit à se débarrasser d’Herlemund, son compétiteur, en lui crevant les yeux. Mais à ce moment, intervint Pépin. En qualité de protecteur d’Herlemund, il infligea à Gauziolen la peine du talion et lui creva les yeux. Toutefois, il laissa Gauziolen en possession de sa charge. Celuici, ne pouvant s’acquitter de sa fonction, s’adjoignit des chorévêques, et, comme son épiscopat dura cinquante ans, il eut à en changer quatre fois. Pour les trois premiers, l’institution se fit sans difficulté. Il n’en fut pas de même pour le quatrième, Mérolus. Lorsque Gauziolen sollicita de Charlemagne la permission de prendre Mérolus pour chorévêque, il y eut des formalités a remplir. Sous le gouvernement de Charlemagne, « ceperat canonica auctoritas... enucleatinr perscrutari ». Aussi l’empereur et son conseil décident-ils :
Ut nullus chorepiscopus crisma conficeret, virgines sacraret, Spiritual paraclitum traderet, neque ecclesias dedicaret vel altaria erigeret, seu aut sacraret, etiam oleum ad inbrmos ungendos benediceret, nisi a tribus etiam