I. — État de la question
D’après Hefele, l’historien des conciles, le huitième concile œcuménique, de 869, siégeant sous la présidence des légats du pape Hadrien, a déclaré absolument nulles les ordinations
LES ORDINATIONS DE PHOTIÜS
faites par Photius Puis, dix ans plus tard, en 879, le pape Jean VIII aurait regardé ces ordinations comme réelles ou valides 2 . Enfin, troisième variation, le pape Formose serait revenu à l’opinion des papes Nicolas I et Hadrien, et aurait regardé ces ordinations comme nulles 3 . Un pareil état de choses n’a rien d’impossible en soi, mais il est tellement étrange qu’il ne doit être admis que sur de bonnes preuves.
Enfin, un des auteurs qui ont étudié avec le plus de sangfroid cette question, dom Chardon, a écrit, en parlant des fortes expressions de Nicolas I et de Formose sur les ordinations de Photius : « Je sais que l’on peut interpréter favorablement ces expressions; mais encore une fois, elles n’étaient pas propres à éclaircir une question qui commençait à s’obscurcir *. »
Il y a donc intérêt à examiner de près cette question. Et tout d’abord, notons un indice précieux, qui a été jusqu’ici négligé. Au cours de ces longues controverses, lorsqu’on se préoccupait avant tout de frapper fort, jamais les papes ni leurs amis n’ont invoqué le précédent de l’intrus Constantin. C’était cependant le coup le plus droit que l’on pût porter contre Pho-
1. Hefele, Conciliengeschichte, IV, p. 437 : « D’après le droit canon en vigueur à notre époque, les ordinations faites par Photius, ainsi que sa propre ordination par Grégoire de Syracuse, seraient regardées comme illicitae, mais non pas comme invalida*, tandis que, dans le huitième synode œcuménique, on se contenta de regarder comme de simples laïcs, ceux qui avaient été ainsi ordonnés par Photius, et le pape Nicolas I prononça leur déposition formelle et irrévocable. Les partisans de Photius durent être d’autant plus irrités de cette sévérité, qu’ils se souvinrent certainement que le septième concile œcuménique avait expliqué le 8 * canon de Nicéc dans ce sens que les clercs revenant d’une secte n’avaient pas besoin d’une nouvelle ordination pour pouvoir reprendre leurs fonctions. »
a. Ibid., p. 458 : « Ce fait que Photius avait reçu les ordres illicite n’était pas de nature ù rendre à jamais impossible sa réintégration. Le concile de Nicée avait également cédé dans des circonstances analogues, et le pape Jean avait pleinement raison, en ne demandant aucune nouvelle ordination des évêques et des clercs ordonnés par Photius. Le pape Jean pouvait réintégrer légitimement Photius, ê la condition qu’il fît pénitence pour sa conduite passée; or ce qu’il pouvait faire lui parut très opportun et très sage t\ réaliser. »
3 . Ibid., p. 488, Hefele admet que le pape Formose regardait comme nulles les ordinations conférées par Photius. Il écrit, à propos de la lettre de Formose à Stylianus et à ses amis (Hakdouin, Acta Conciliorum, t. V, col. ii3i) : « Le pape regrette qu’ils s’emploient en faveur de certaines gens, sans même indiquer si ce sont des prêtres ou bien des laïcs. On pouvait pardonner à des laïcs, mais non t\ des prêtres, car Photius n’avait pu donner à personne une dignité (la dignité sacerdotale) qu’il ne possédait pas lui-même. Il n’avait pu donner à ceux qu’il avait ordonnés que la malédiction qu’il avait lui-même reçue, lorsque, par un sacrilège, onlui avait imposé les muins. » Ces trois passages d’Heielc sont cités ici dans la traduction de l’abbé Delarc, Histoire des Conciles, t. VI, p. a, 26 et 59.