II. — Les déclarations de Nicolas I et d'Hadrien II
En somme, le patriarche Ignace succombait, en 857, aux intrigues d’une cour corrompue, qui trouvait sa morale trop sévère. N’acceptant pas sa condamnation, il fit appel, par deux fois, au seul juge qui lui restât : il somma Nicolas I de se souvenir des grands papes ses prédécesseurs : Fabien, Jules, Innocent, Léon 1 . Cet appel d’Ignace est l’épisode principal des appels au pape dans l’Eglise grecque 2 . La manière magnifique dont il fut accepté et jugé, à Rome, place Nicolas I immédiatement à la suite des grands papes dont son protégé invoquait la mémoire. Mais le justicier ne vit pas le succès de ses efforts. Le i 3 novembre 867, les dernières pensées de Nicolas I étaient pour le juste persécuté 3 , et dix jours plus
1. C’est le Libellus de Ignatii causa du moine Théognoste, dans Hardouin, Acta Conciliorum, t. V, col. 1014. Lu pièce est de 861; c’e 9 t pur erreur qu’elle est dotée de 869 dons Hardouin.
2. P. Bkknardakis, Les appels au pape dans l'Église grecque jusqu'à Photius , dons les Échos d'Orient, t. Vl, p. 3o-42, ii8-ï35, 349-257 (Paris, 1903).
3 . Lettre du pape Hadrien II (10 juin 8<X)), dons Hardouin, Acta Conciliorum , t. V, col. 793.
LES ORDINATIONS DE PHOTIUS
tard, le contre-coup d’une intrigue de palais replaçait Ignace sur le trône pontifical, qu’il devait occuper jusqu’à sa mort, en 877/8. Le premier épiscopat de Photius avait duré dix ans 857/8-867; le second épiscopat d’Ignace eut la même durée 867-877/8.
Il y a une gradation dans les jugements de Nicolas I au sujet de Photius. Jusqu’en 863 , le pape déclare qu’il ne peut laisser Photius dans l’office épiscopal Depuis le synode romain d’avril 863, il déclare déposés Photius 2 et les clercs ordonnés par lui 3 . Au i3 novembre 866, il parle encore de la déposition, mais il ajoute des expressions beaucoup plus fortes, qui, prises isolément, pourraient faire croire à la nullité des ordinations faites par Photius. Une lettre pontificale est surtout très véhémente; mais, circonstance à signaler, elle est adressée (i3 novembre 866) à l’empereur Michel dit l’Ivrogne (842-867), un des Basileis les plus odieux qui aient occupé le trône de Byzance. Pour faire impression sur un tel personnage, il fallait forcer l’expression et même la pensée. Le pape s’y est appliqué et y a réussi. Prises à la lettre, ces expressions ne peuvent s’entendre que de la nullité absolue 4 . Elles reparaissent, mais légèrement atténuées, et corrigées par le contexte, dans une lettre du même jour adressée au clergé de Constantinople 5 . Ces lettres se placent au moment de l’action la plus énergique du pape contre Photius; elles se ressentent beau-
1. Voici ces principales décisions; les chiffres renvoient à P. t. CXIX, Nicolai papab Epistolae : a 5 sept. 860, Ad Photium, col. 780 : « Vestrae consecrationi con senti re modo non possumus... Et tune, si dignum fuerit, ut tantae sedis praesulem, ceu convenit, honorabimus et fraterna dilectione ampleciemur. » — 18 mars 86a, Ad Photium, col. 789 : « Et sicut ilium [Ignatium] in pristino honore mansurum, si ei damnationis crimina non comprobantur, sancta Romnna retinet ecclesia, sic vos, qui incaute et contra paternas traditiones promoti estis, in patriarchatus ordiüe non recipit; et neque ante iustam damnationem Ignatii patriarchae, in ordine sacerdotali vobis manere consentit. »
a. Ibid., col. 10^5, synode romain d’avril 863 : « Sit... omni sacerdotali honore et nomine alienus, et omni clericatus officio prorsus exutus. »
3 . Ibid., col. 1076 : « Eos vero quos Photius... provexit... omni clericali officio privamus, et... eos penitus sequestramus. »
4. Ibid., col. 1027 : « Gregorius (le consécrateur de Photius) qui canonice ac synodice depositus et anathematizatus crut, quemadmodum posset quemqunm provehere et benedicere, ratio nulla docet. Igitur nihil Pnotius a Gregorio percepit, nisi quantum Greçorius habuit; nihil autem habuit, nihil dédit... Si exsecrabilis TGregorius], utique et non audibilis; si non audibilis, ergo inefficax; si ineificax, profecto Photio nihil praestans : ni mi ru 111 qui vulnerntum caput per illam manus impositionem potius habere dignoscitur. » Nicolas I s’inspire ici delà fameuse décrétale d’innocent I. Cf. plus haut, p. 70, n. 1.