LA RÉORDINATION DE L’ÉVÊQUE DE VERCEIL
A cette fin, le pape avait donné rendez-vous en France, aux principaux personnages d’Italie et, parmi eux, au métropolitain de Milan, Ansbert. Il s’agissait de faire l’union dans le monde politique, et le titulaire du siège de Milan avait une influence qu’il était impossible de négliger. De là une convocation adressée à lui et à ses suffragants *. C’est cet appel qui allait amener un conflit d’une nature très spéciale entre l’évêque de Milan et le pape.
Dans les négociations entreprises pour donner à l’empire un titulaire à son gré, l’échec de Jean VIII fut complet. Les réunions de Troyes (août-septembre 878) ne donnèrent aucun résultat. Le pape imagina alors une combinaison, celle de donner l’empire à Boson, le nouveau maître d’Arles et de la Provence. De là des convocations lancées de tous côtés, pour une nouvelle réunion à Pavie, en décembre de la même année. Mais les abstentions furent si nombreuses qu’aucune décision ne fut possible. A partir de ce moment, Jean VIII, ne pouvant diriger les événements, dut les subir, et accepter comme roi d’Italie (880) et empereur (881) Charles le Gros, en qui il n’avait pas grande confiance. Les événements justifièrent ces craintes. Le nouveau protecteur ne fut d’aucun secours au Saint-Siège. Jean VIII mourut entouré d’ennemis et victime d’une conspiration : il semble bien qu’il a été assassiné.
La succession de Charles le Chauve a donc constitué la crise la plus grave du pontificat si agité de Jean VIII. Au cours de cette crise, la politique pontificale a rencontré bien des oppositions; mais aucune, semble-t-il, ne fut aussi sensible au pape que celle de l’évêque de Milan, Ansbert. Celui-ci adopta une attitude d’inertie et de désobéissance absolue. Dans les termes les plus pressants, Jean VIII l’avait convoqué au concile de Troyes; puis, lors de son retour de France, il lui avait donné rendez-vous à la frontière d’Italie 1 2 , au concile de Pavie 3 , au synode romain 4 de mai 879. Toutes ces sommations, formulées dans les termes les plus émouvants et les plus énergiques, restaient sans résultat. Au plus fort d’une crise redoutable, l’évêque de Milan refusait de collaborer à la politique pontificale.
1. Jouaxx 18 papae Epistolae et décréta, dans P. L., t. CXXVI, Ep. n8, col. 771 (avril-mai 778).