‹ Les Représailles En Temps de PaixChapitre 20 sur 28 · C. — Le blocus du Mexique · texte numérisé non relu

C. — Le blocus du Mexique

Les représailles exercées par la France contre le Mexique à partir du mois de mars 1837 avaient pour cause el pour excuse de nombreuses vexations, même des crimes,commis sur la personne de Français établis à Mexico et à Orizaba.

Le gouvernement mexicain avait commencé par interdire à nos compatriotes le droit de commercer en détail, et les avait accablés d’impositions injustes et d'emprunts forcés.

Le cabinet des Tuileries avait bien réclamé, mais inuülement ; heureusement, nos intérêts au Mexique étaient confiés à un homme qui avait au plus haut point le sentiment de l'honneur national. Le baron Deffaudis demanda le concours des forces navales françaises qui étaient mouillées devant la Havane : fort de cet appui, il présenta au gouvernement de Mexico un memorandum réclamant pour nos nationaux la liberté de faire le commerce de détail, l’exemption des impôts extraordinaires, la destitution de certains magistrats, enfin une indemnité destinée à dédommager nos concitoyens.

Comme ces réclamations furent repoussées,le baron Deffaudis se retira à bord d'un vaisseau français, laissant les affaires courantes de la légation à la charge

d'un secrétaire d’ambassade. De sa retraite, M. Deffaudis envoya au président Bustamente un ultimatum contenant tous nos desiderata. Le président répondit qu'il ne prendrait la note en considération qu'après le départ des forces navales françaises ; aussitôt M. Deffaudis, qui venait de recevoir de Paris des instructions impératives, déclara le blocus des ports mexicains (14 avril 1838). |

Ce blocus devait être pratiqué avec tous les ménagements possibles vis-à-vis des neutres, comme en fait foi la notification portée à la connaissance des gouvernements étrangers. Les navires neutres avaient 15 jours pour sortir, avec ou sans chargement ; l'entrée et la sortie de la Vera-Cruz et de Tampico restaient libres pour les paquebots de correspondance, les bâtiments de guerre et les non-commerçants ; enfin, mesure dont on appréciera la portée humanitaire, l'entrée et la sortie des ports bloqués demeuraient libres pour les bateaux mexicains qui se livraient exclusivement à la pêche. Les Mexicains ne sentirent pas toute la modération de cet acte : le sentiment national surexcité poussa certains d’entre eux à des manifestations contre les Français qui purent craindre pour leur vie. Le gouvernement de Mexico prit les dispositions les plus belliqueuses : il fit hâter les travaux de défense de la Vera- Cruz ; il chercha des alliances à Londres etàa Washington ,escomptant le mécontentement de ces deux cabinets de se voir intercepter toute communication commer-

ciale avec le Mexique ; en effet, bien que le blocus ne fût pas réellement effectif, puisque l’escadre française ne comprenait que deux frégates et huit bricks, les maisons de commerce anglaises ou américaines souffraient violemment de cet état de choses ; les villes hanséatiques elles-mêmes avaient fait entendre des protestations. Or ce blocus, qui causait tant de mal aux autres puissances, n’avançait pas nos affaires. On craignit à Paris que le baron Deffaudis n'ait été trop loin et on le rappela.

A sa place fut envoyé un marin, l’amiral Baudin, avec une escadre de renfort. Les bâtiments stationnaires avaient besoin de cette aide ; les équipages étaient cruellement ravagés par le scorbut et par la fièvre jaune etils souffraient de la mauvaise qualité des approvisionnements qui se faisaient difficilement par la Havane.

Devant ces événements l’amiral Baudin adressa une nouvelle sommation à Mexico, mais il essuya un nouveau refus; car Le blocus, en privant l’industrie indigène de l’appoint de l'importation, avait favorisé son essor et l'avait miseenétat de suppléer au manque d’arrivages. L'’amiral Baudin résolut d'en finir : il renforça le blocus, le rendit hermétique, au grand désespoir des marchands anglais, dont les plaintes finirent par décider le gouvernement britannique à envoyer une escadre croiser sur les côtes du Mexique.

Le 27 novembre 1838, l’amiral Baudin attaquait le

fort de St-Juan d'Ulloa qui succombait après quelques heures de résistance : le gouverneur de la Vera-Cruz s'obligeait à évacuer la ville elle-même.ennelaissantque le nombre de soldats nécessaires pour maintenir l’ordre, à condition que le blocus fût provisoirement levé pendant le délai de 8 mois, nécessaire à la conclusion d’un traité définitif.

Mais le président de la République mexicaine refusa de ratifier la capitulation de son gouverneur ; il adressa à la nation un violent manifeste, et le 30 novembre déclara la guerre à la France : tous les Français furent expulsés du Mexique, et ce n’est qu'après de longs ennuis qu’on leur permit de s’embarquer à bord des vaisseaux français.

Mais ce supplément de bouches à nourrir n’était pas entré dans les prévisions de l'amiral français : le gouvernement mexicain avait interdit à ses nalionaux de fournir des vivres, mettant ainsi l’escadre en danger de mourir de faim ; aussi l'amiral Baudin, désireux de traiter, même au prix des plus grands sacrifices, entrat-il de nouveau en pourparlers avec le gouvernement mexicain. Il trouva le terrain mieux préparé qu'il ne l'avait cru, car la guerre civile menacçait Mexico, où le parti fédéraliste avait fait entendre aux Français que son avènement au pouvoir serait le signal du rétablissement des bonnes relations entre les deux États.

Pris entre ses ennemis du dedans et ses ennemis du dehors, le président Bustamente fut trop heureux

BL

de faire la paix ; un armistice fut conclu le 9 mars 1839 etun traité définitif fut ratifié à Paris le 6 août de la même année. |

La France réduisait ses réclamations au chiffre de 3 millions ; encore se trouva-t-il que ce chiffre excédait du tiers la somme des dégâts réellement causés : il resta un million qu’on employa plus tard à soulager d’autres souffrances. Celte constatation prouve combien l'usage des représailles peut entraîner d'abus, puisque la puissance qui s’est constituée de tout temps la protectrice des faibles a cependant en cette occasion abusé de son pouvoir.

Des difticultés s'élevèrent sur le sort des prises qui avaient été faites au cours de ces événements. Les opérations avaient été de deux sortes : d’abord de simples représailles ; puis, à la suite de l'expédition de St-Juan d'Ulloa, la guerre avait été déclarée etle blocus maintenu ; cette seconde partie du blocus ne rentrait plus dans la catégorie des représailles. Dès lors, il convenait de traiter différemment les prises faites pendant la première période et celles faites pendant la seconde. De plus il fallait distinguer entre les navires de commerce et les navires de guerre.

Cependant l’amiral Baudin revendiqua le droit de confisquer en bloc tous les navires mexicains séquestrés pendant le blocus, bien que ce ne fût pas la manière de voir du gouvernement fraaçais.

Le Mexique protesta, réclama les prises faites anté-

rieurement à la déclaration de guerre ; pas de difficultés pour les navires de commerce ; mais des pourparlers s’engagèrent au sujet des navires de guerre et les deux parties convinrent de soumettre à le décision d’une tierce puissance choisie d’un commun accord, la question de savoir si le Mexique était en droit de réclamer de la France, soit la restitution des navires de guerre mexicains capturés par les forces françaises subséquemment à la reddition de la forteresse d’Ulloa, soit une compensation de la valeur des dits navires,dans le cas où le gouvernement français en aurait déjà disposé. L'arbitre choisi fut l'Angleterre, dont la manière de voir élait analogue à celle de l'amiral français.

Par contre, les navires mexicains arrêtés pendant la première partie du blocus, avant la déclaration de guerre, au nombre de 4, furent restitués ; tandis que, conformément à la doctrine française, les bâtiments étrangers coupables d’avoir violé le blocus, au nombre de 46, furent confisqués, quelle que fût la date de leur capture et sans distinguer entre les deux périodes qui précédèrent ou suivirent la déclaration de guerre.

D. — Le blocus du Rio-de-la-Plata (1).

$ 4. — L'intervention française.

Depuis que la domination espagnole avait disparu de l'Amérique du Sud, les républiques qui s'étaient établies des deux côtés des rives du Rio-de-la-Plata n’avaient pas connu un instant de tranquillité intérieure ; des factions opposées se disputaient incessamment le pouvoir, entravant dans son essor l’industrie naissante. Plus peut-être que les nationaux, les étrangers qui avaient espéré trouver dans l’émigration vers les rives américaines une amélioration à leur sort, avaient eu à souffrir de ces démêlés ; comme leur connaissance des métiers et leur habitude du travail avaient su leur attirer une fortune rapide, dans ces pays neufs et inex-

périmentés, cette prospérité avait excité l'envie des

indigènes, et c'était là, la cause réelle de l’antipathie qu'étrangers et indigènes ressentaient les uns pour les autres.

Dans la République Argentine, les Européens, Français pour la plupart, avaient eu à subir mille vexations de la part d’un homme qui, à la tête du pouvoir depuis 1829, avait su fanatiser les populations à un point.

(1) Nous nous sommes abondamment servi de l'ouvrage si remarquable de M. Calvo pour ce chapitre.

a NS DEUXIÈME PARTIE. -— CHAPITRE ll

inimaginable ; c'était le dictateur Rosas, qui sut, pendant plus de dix ans, tenir en échec les deux plus grandes puissances navales du monde,et qui finit par en triompher.

Cependant, même dans sa patrie, Rosas voyait son pouvoir contesté ; il s'appuyait surtout sur le parti des campagnes, sur les gauchos dont il savait au besoin prendre le langage et la tournure ; ce parti, américain, nationalhste, si l'on peut dire, voyait avec défiance les étrangers s'installer à Buenos-Avyres : il s'efforçait par tous les moyens d’entraver leur prospérité: aussi ces étrangers étaient-ils sujets à maintes vexations ; ils avaient souffert sans se plaindre contributions extraordinaires, patentes doublées, tracas de toutes sortes.

Or, en 1838, le dictateur Rosas promulguait une loi soumettant au service militaire les étrangers qui résidaient depuis 3 années dans la province de la Plata et qui y exerçaient une industrie ou un commerce.

Cette loi qui atteignait les Français dans leur caractère national en les obligeant à servir un drapeau qui n'était pas le leur, acheva d’exaspérer la colonie étrangère.M. Roger, notre vice-consul à Buenos-Ayres,se fit l’avocat de leurs plaintes et adressa au gouvernement argentin une série de réclamations qui n’aboutirent à rien. Rosas répondit que les personnes qui s'expatriaient devaient se soumettre aux lois en vigueur dans le pays où elles se fixaient,et, devenant en quelque sorte les sujets temporaires de cel État, ne pouvaient pas s'exempler d'en observer les lois.

M. Roger ne voulut pas céder: il rompit toute relation avec le gouvernement argentin et,en attendant les instructions de son ministre, se retira à Montevideo, sur l’autre rive du Rio-de-la-Plata.

À ce propos, jetons un coup d'œil sur les relations des deux républiques riveraines, afin de démêler l’enchevêtrement plus apparent que réel de tous les faits qui vont suivre. La République de l'Uruguay souffrait des mêmes luttes intestines que la République Argentine. Là aussi, deux partis, personnifiés par deux hommes, Rivera et Oribe, se disputaient le pouvoir. Chacun des deux partis s’'appuyait sur le parti identique dans l’autre République ; si Oribe et les fédéralistes s’alliaient à Rosas, Rivera et les unitaires se rapprochaient du général Lavalle ; si bien que, sur les deux guerres civiles, était venue se greffer une guerre étrangère, entre la Confédération Argentine et l’'Uruguay. Les agents de la France avaient à se mouvoir au milieu de ces luttes.

Dès que le cabinet des Tuileries eut connaissance des réclamations de notre consul, M. Roger, il s’empressa d'exploiter la situation et de prendre en main l'affaire des résidents français, non pas tant pour rétablir la situation compromise de nos nationaux que pour donner à l'opinion en France un aliment qui lui fit oublier les luttes électorales.

Le contre-amiral Leblanc reçut l’ordre de s’entendre avec M. Roger et d'appuyer ses réclamations. Fort de

cet appui, notre consul retourna à Buenos-Avyres et ‘ DAS

114 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE Il

chercha à se mettre en rapport avec le général Rosas.

Le général Rosas refusa de traiter avec lui, sous prétexte qu'un agent consulaire n’avait pas mandal pour négocier de questions diplomatiques, mais assura qu'il élait prêt à entrer en rapport avec un mandataire du gouvernement français autre que le consul.

C'était de la part du dictateur une façon d’éluder les réclamations de la France et de gagner du temps : la suite montre combien cette tactique devait lui réussir.

Mais la France n’en était pas encore réduite aux concessions. Le 28 mars 1838, l'amiral Leblanc déclara le blocus de tous les ports de la République Argentine, un blocus sévère, puisqu'il devait empêcher l'entrée et la sortie de Buenos-Ayres à tout navire, quel que fût son pavillon et quelle que fût la nationalité de son propriétaire. Montevideo devint le centre d'opérations de l’escadre française ; même les soldats de l'Uruguay coopérèrent aux travaux de nos troupes, car les représailles dirigées contre Rosas nous rendaient les alliés de ses ennemis. C’est ainsi, tant par les marins de l’'Uruguay que par les marins français, que fut effectuée la prise de la petite île argentine de Martin Garcia, située à l'embouchure du Rio-de-la-Plata etcommandant de ce fait une situation indispensable au maintien du blocus. L'affaire eut un retentissement énorme. L’Angleterre,toujours jalouse du prestige de la France,affecta d'y voir une immixtion dans les affaires intérieures de la République de l'Uruguay. Le cabinet des Tuileries,

pris de crainte, fit savoir que s'il ne désapprouvait pas en soi la prise de Martin Garcia, dont l'occupation était un complément indispensable au blocus, il regretlait vivement qu'un détachement de troupes du général Rivera eût coopéré à cette expédition, circonstance propre à aggraver notre position à l'égard du dictateur Rosas, et de nature à transformer en guerre de simples mesures coercitives (1) ; M. Roger fut d’ailleurs rappelé en Europe.

À vrai dire, le gouvernement de Montevideo avait autant d'intérêt à se maintenir en bonnes relations avec nous que nous en avions nous-mêmes ; avant le blocus de Buenos-Avyres, la valeur annuelle du commerce à Montevideo s'élevait, d'après l’évaluation des douanes, de 13 à 20 millions par an, et pendant Le blocus, la valeur mensuelle du même commerce s’élail élevée de 15 à 16 millions. On comprend FPintérêt qu'avait l'Uruguay au maintien du blocus. Une convention, signée le 23 avril 1839, mettait Les ports de l’Uruguay à la disposition de l’escadre française pour s'y ravitailler et y vendre ses prises. Force nous était, à nous aussi, de prendre parti dans cette guerre civile ; car si Oribe, l’âme damnée de Rosas, était arrivé au pouvoir, nul doute qu'il n’eût épousé la querelle de ce dernier, et forcé la flotte française à remonter jusqu’à Ste-Catherine, à 240 lieues du Rio-de-la-Plata, ou même jusqu’à Rio-Janeiro, pour

(4) Instructions adressées à M. Buchet-Martigny, 6 mars 1839,

chercher un point de ravitaillement que le gouvernement brésilien nous eût peut-être marchandé.

La même convention reconnaissait à l'Uruguay le droit à la libre navigation du fleuve, moyennant le visa du consul de France ou des stalionnaires français : 27 navires battant pavillon oriental furent pris, et la prise déclarée valable, pour s'être soustraits à cette formalité (1). C’est une preuve que nous ne montrions pas

(4) La convention de 23 avril faite entre le gouvernement français et les autorités de Montevideo, réglait la navigation des uavires portant pavillon oriental. Dans cette convention, il était dit qu’il ne serait pas nécessaire de faire une notification particulière du blocus aux navires montévidéens, et que ces navires devraient faire viser leurs papiers par les stations de surveillance française ou par le consul français. Cette convention devait-elle être exécutée ?

Conseil d'Etat, 14 mars 1845. Le Monte-Alègre et la Candelaria.

Louis-Painppe, erc. ; — Vu la lettre de M. le ministre de la marine et des colonies à notre garde des sceaux,en date du 3 septembre 1844 par laquelle il conclut à ce qu'il nous plaise statuer, en notre conseil d'Etat, sur la validité des prises des deux navires ci-après désignés, les dites prises faites par nos bâtiments dans la Plata, reconnues valides par des décisions de la commission établie à Montevideo ; vu le règlement intervenu le 23 avril 1849 entre le ministre des relations extérieures de l'Etat Oriental, d'une part, et notre consul à Montevideo agissant au nom et en vertu de l'autorisation du contre-amiral Leblane, commandant nos forces navales dans la Plata, d'autre part ; lequel règlement concernant la navigation des bâtiments de PEtat Oriental dans la Plata; Vu les arrêtés du gouvernement des 6 germinal an VIII et 2 prairial an XI ; les ordonnances royales des 23 août 1815 et 18 septembre 1839 ;

Considérant que les prises à nous déférées n’ont pas été faites sous pavillon ennemi; qu'en conséquence, aux termes des articles 12 et 13 de l’arrêté ci-dessus visé du 6 germinal an VIII et de l'ordonnance du 23 avril 1815, il nous appartient de statuer, en notre conseil d'Etat, sur leur validité ;

Considérant que les deux navires capturés portaient le pavillon de la République Orientale ;

Considérant que le règlement ci-dessus visé du 22 avril 1839 déter-

en faveur de Montevideo le parti-pris que l'Angleterre ne cessait de nous reprocher.

M. Buchet-Martigny, nommé chargé d’affaires après le départ de M. Roger, n'avait su que reprendre la politique de son prédécesseur : il forma une coalition entre les troupes françaises, le général Rivera commandant l'Uruguay et les émigrés argentins sous les ordres du général Lavalle.

La coalition échoua devant l'habileté du dictateur Rosas. Ce célèbre homme d'Etat avait affirmé son pouvoir par les mesures les plus sanguinaires ou les plus fantasques : il faisait mettre à mort les Français qui osaient se plaindre ; il rendait obligatoire l'usage de la moustache comme symbole de querre éternelle et d’ex-

mine les règles spécialement applicables aux navires de ladite République, expédiés de ses ports pendant le blocus des côtes de la République Argentine; qu'il appartient au gouvernement de ladite République de stipuler lesdites règles avec le commandant de nos forces navales ;

Considérant que les navires ci-après dénommés ont contrevenu aux dispositions dudit règlement, savoir : le Monte-Alègre, en ce que son patron n’a point présenté au visa de notre” consul le manifeste de ses marchandises ef n'a point déposé entre les mains dudit consul la caution exigée par l’art. 4; la Candelaria, en suivant dans sa navigation la ligne du canal du sud de la Plata qui lui était expressément interdite ; que ces faits emportaient la capture desdits navires et de leurs cargai- SONS ;

Art. 1er. — Sont déclarées valables les prises des navires ci-après et de leurs cargaisons : 1e Monte-Alègre ; 2° Candelaria.

— Une décision identique du 20 juin 1844 valide par les mêmes motifs la prise de 14 navires de l'Etat Oriental.

— Deux décisions identiques du 17 septembre 1844 valident la prise de 10 navires portant pavillon oriental ; elles sont motivées comme celle que nous rapportons.

termination engagée avec les tyrans, les pirates, les immondes Français (1) !

Les puissances étrangères, dont les sujets souffraient de cette situation, commençaient à assaillir le cabinet des Tuileries de réclamations et de plaintes. Mais notre ministre, de son côté, sollicitait et obtenait l'envoi de bâtiments destinés à rendre effectif un blocus jusque là illusoire.

Cette nouvelle situation n'amenant d’aûtre résultat que la capture de quelques navires marchands argentins, M. Buchet-Martigny fut rappelé et remplacé par l'amiral de Mackau, pourvu, pour la circonstance, d’un double caractère, à la fois diplomatique et militaire. Arrivé à Montevideo le 23 septembre 1840: il gagna bientôt Buenos-Avyres et entra en négociations avec Rosas par l'entremise du ministre anglais. L’amiral de Mackau avait vu juste ; le tort — presque inévitable — des agents précédents avait été de prendre part dans les luttes qui agitaient Les républiques sud-américaines, au lieu de traiter avec le gouvernement argentin, quel qu'il fût, et sans tenir compte de nos sympathies.

Or Rosas avait l'avantage ; pour le combattre, le général Lavalle aurait eu besoin de l’appui de nos troupes.

M. de Mackau, conformément à ses instructions, proposa donc à Rosas des conférences, qui cette fois

(1) Brossard, Considérations sur les Républiques de la Plata.

aboutirent à un traité signé le 29 octobre 1840: ce traité, s'il reconnaissait certaines de nos réclamations, ne nous laissait aucune garantie et nous obligeait à évacuer dans les huit jours l’île de Martin Garcia ; le matériel d'armement de la dite île devait être rétabli. Le blocus des ports argentins élait levé et les vaisseaux capturés pendant le blocus devaient être remis à la disposition du gouvernement argentin.

Nos anciens alliés, les Argentins qui avaient été proscrils pour avoir pris les armes en notre faveur, devaient bénéficier d'une amnistie complète : le jour même de la signature du traité, 670 personnes enfermées dans les prisons pour délit politique furent rendues à la liberté.

$ 2. — L'intervention franco-anglaise,

Le traité du 29 octobre 1840, loin de clore les démèêlés avec les républiques Sud-Américaines, n'avait fait qu’envenimer les choses ; s’il avait mis fin aux mesures coercitives employées par la France, il avait laissé subsister l’état insurrectionnel, tant à Buenos-Avyres qu’à Montevideo.

Les Français, domiciliés sur les deux rives du Rio-dela-Plata, avaient considéré le traité du 29 octobre comme un abandon de la part de la mère-patrie ; comme leur nombre augmentait d'année en année (1),

(1j Ea 1838, 5.000 Français étaient immatriculés au consulat à Montevideo ; en 1842, leur nombre était de 9.000.

ils avaient acquis une force morale suffisante pour forcer la main aux pouvoirs publics en France et déterminer un mouvement d'opinion en leur faveur. Au sein même du cabinet des Tuileries, M. Thiers s'était constitué l'avocat de leur cause ;certains dissentiments qu’il éprouva avec ses collègues l'obligèrent à donner sa démission ; mais loin de se rebuter,il continua dans l’opposition ce qu’il avait commencé dans le gouvernement. Le théâtre de la guerre avait été porté dans l'UÜruguay ; c'est dire quelle situation était faite aux Français de Montevideo, surtout depuis que le sort des armées avait favorisé le général Oribe ; celui-ci leur fit subir mille vexations : il doubla leur patente, leur soulira de l’argent, déroba leurs esclaves et leur bétail, saccagea leurs propriétés. De plus le fougueux général annonça qu'il punirait de mort les étrangers qui prendraient les armes contre lui : le résultat fut qu'aussitôt tous les étrangers s’organisèrent en légion, prêts à le combat- (re : cela ne laissa pas que d’embarrasser le gouvernement de Louis-Philippe. M. Thiers ne cessait de réclamer la médiation commune de la France et de l'Angleterre ; mais elle avait été déjà refusée par Buenos-Avyres. Fallait-il que la médiation devint une médiation forcée? Devait-on faire la guerre à Rosas pour qu'il fit la paix avec Montevideo ? (1).

Un autre État suivait d’un œil inquiet les péripéties

(1) Guizot, Histoire de France, IV.

de la lutte. C'était le Brésil, car le voisinage turbulent de l’Uruguay menaçait de rompre sa tranquillité, Aussi le gouvernement brésilien envoya-t-il en France et en Angleterre un diplomate, le vicomte d’'Abrantès, pour chercher à susciter une intervention de ces deux puissances, et réclamer d'elles la reconnaissance solennelle de l'indépendance de l'État Oriental que les succès de Rosas menaçaient d’une façon non équivoque.

La France fit à l’envoyé brésilien un accueil favorable ; elle espérait, par cette intervention collective, ramener avec l'Angleterre la bonne harmonie que des événements récents venaient de troubler. L'accord se fil rapidement entre les deux grandes puissances. À vrai dire ,au Rio-de-la-Plata,la France et l'Angleterre avaient le même intérêt à maintenir un élat de choses durable ; si la France exportlait ses éloffes, ses vins, ses produits de luxe, l'Angleterre exportait ses couteaux, son charbon, ses tissus ; les émigrés français élaient plus nombreux, mais les capitaux anglais élaient plus considérables.

Ces deux grands États convinrent d'éliminer de leur alliance le gouvernement brésilien, bien qu’il fût le promoteur de cette entreprise, et de n’intervenir que pour demander au gouvernement argentin, quel qu'il fût, les garanties propres à assurer la vie et les biens des étrangers ; le blocus devait suivre le refus de ces revendications. |

. Mais Rosas ne voulut pas entrer en négociations

avant d'obtenir que les puissances n’eussent reconnu le blocus que sa propre flotte venait de mettre devant Montevideo. Or la France et l'Angleterre prétendaient dicter des conditions, non en recevoir ; de plus, le point capital, et sur lequel aucune transaction n’était admissible, était la reconnaissance de l'indépendance de l'Uruguay, indépendance que le blocus mis par Rosas menaçait de compromettre.

M. Ouseley, le plénipotentiaire anglais et le baron Deffaudis, le plénipotentiaire français, quittèrent Buenos-Ayres en notifiant au gouvernement argentin un délai au bout duquel on auraitrecours aux mesures coercilives. Rosas laissa partir les deux diplomates le 31 juillet 1845 ; c'était l’époque où il croyait encore avoir raison de la médiation avec une rame de papier.

Or le 18 septembre 1845, Buenos-Ayres était déclarée en état de blocus : la médiation collective prenait le caractère d’une médiation armée ; l'escadrille argentine qui bloquait Montevideo fut capturée, le port de la Colonia envahi, les côtes de l'État Oriental occupées par le général Oribe cernées, et les arrivages commerciaux pour Buenos-Avyres saisis.

Louis-Philippe accepta sans trop de craintes la situation nouvelle. Mais à aucun prix il ne voulait d'un débarquement en faveur de nos alliés de Montevideo. « Des notes souvent, des blocus quelquefois, des pantalons rouges à terre jamais, avait-il dit. Que Rosas-se tienne

tranquille sur sa rive droite, nous le laisserons en repos (1). »

Mais Rosas ne se montrait pas pressé d'obéir. Fort du sentiment national, il se montrait de plus en plus tyrannique ; les établissements français élaient-saccagés par ses gauchos ; par son ordre, en un seul jour, 33 Basques français occupés à des travaux agricoles furent égorgés.

Au contraire la République Orientale, qui profitait la première de la médiation des puissances, témoignail d'une vive sympathie pour la France ; elle lui savait gré de l’avoir soustraite à l’action ruineuse du blocus ; la flotte argentine avait fait tomber à 12.000 piastres le revenu mensuel de ses douanes, qui monta à plus de 170.000 piastres, lorsque les ports argentins à leur tour subirent le même sort.

Les agents européens cependant avaient été amenés à prendre le parti du général Rivera : il leur eût été si agréable d’avoir enfin raison de l’obstination de Rosas.

De leur côté, les amiraux avaient tenté une action décisive ; avec 11 vaisseaux, ils pénétrèrent dans le Parana et dans l’Uruguay, après avoir détruit par une vive canonnade les navires argentins qui en gardaient l'entrée ; au mois de janvier 1846, un navire à vapeur français, le Fullon, remonta jusqu’à la ville de lAssomption, et à sa suite un convoi de 110 navires se pré-

(4) Brossard, op. cit., p. 329.

cipita dans le fleuve, amenant toutes sortes de denrées (1).

Le blocus se continuait strictement : aucun navire, même de nationalité étrangère, même de la nationalité des puissances bloquantes,ne pouvait en forcer la ligne. À ce propos, il se passa un fait propre à jeter une vive lumière sur certain point délicat concernant Les prises effectuées pendant le cours d’un blocus pacifique.

Vers le milieu de l'année 1848, un navire brésilien, le Comte de Thomar, avait tenté de violer le blocus de Buenos-Ayres et avait été saisi par un bâtiment français. La commission des prises qui siégeait à Montevideo relàcha le navire, prétextant qu'il n'avait pas été fait à son bord déclaration spéciale du blocus ; mais la cargaison, composée de poudre et de plomb, fut déclarée de bonne prise, comme constituant de la contrebande de guerre ; le propriétaire de la cargaison se pourvut en appel devant le Conseil d'État contre cette seconde partie du jugement et soutint sa demande par les raisons suivantes : il y a deux façons de rompre les relations amicales : par l'état de représailles, ou par l’état de guerre. La guerre a ses règles spéciales ; elle interdit, — et c'est justice — aux neutres de porter un secours quelconque à l’un des belligérants ; aussi leur est-il interdit de porter des munitions aux nations en ‘guerre, sous peine d’épouser leur querelle et d'entrer

(1) Brossard, op. cit., p. 337.

dans la lutte ; c’est ce qui a motivé Ja maxime: le pa- Villon couvre la marchandise, sauf la contrebande de guerre.

En cas de blocus pacifique, on ne peut parler de contrebande de guerre ; mais pour conserver au blocus toute son efficacité, il est nécessaire que les autres puissances en liennent compte et s’abstiennent de toute tentative contraire ; pour cela, tout navire qui se présente en vue d’un port bloqué doit recevoir un avertissement du blocus inscrit sur les papiers de bord : l'absence de cette inscription implique ignorance du blocus ; cette ignorance protège le chargement du navire aussi bien que le navire lui-même, quelle que soit la nature de ce chargement.

En l'espèce, le conseil d'État jugea que le comte de Thomar, qui n'avait pas reçu cette notification, devait être libre, et invalida la prise de la cargaison (1).

La France, — ce jugement vint plus tard confirmer notre affirmation — ne désirait pas pousser les choses à l'extrême ; craignant que la politique outrancière de MM. Ouseley et Deffaudis ne fût un obstacle au rétablissement des relations pacifiques, les cabinets de Londres et de Paris rappelèrent ces diplomates en Europe ; mais leurs successeurs n’eurent pas meilleure chance. Rosas réclamait des choses impossibles, humiliantes pour notre amour-propre national. Oribe, son

(4) V. l'affaire dans Pistoye et Duverdy, op. cit., I, tit. VI, chap. 2, sect, 2.

allié, ne montrait pas plus de modération ; ses exactions, ses cruautés ne se comptaient plus.

Mais les deux puissances européennes ne cherchaïent plus qu'un moyen d'abandonner la partie. Les deux nouveaux diplomates furent remplacés eux-mêmes par denouveaux plénipotentiaires, M. Walewskiet lord Howden, qui avaient pour instructions d’eñ finir à tout prix, et, en cas d’insuccès à Buenos-Ayres, de conclure un armistice entre le général Oribe et le gouvernement de Montevideo.

La France et l'Angleterre étaient lasses de dépenser chacune 3 millions par an et d’immobiliser Le dixième de leur flotte pour un résultat négatif; le commerce des deux nations perdait des sommes énormes du fait de l’état de siège à Montevideo.

Devant les dispositions conciliantes des puissances alliées, le général Oribe augmenta ses prétentions : les plénipotentiaires lui proposaient un armistice, s’engageant à lever ensuite le blocus des côtes orientales ; Oribe voulut faire de la levée du blocus la condition préalable de la cessation des hostilités. Sur ce point, les deux puissances se séparèrent. Lord Howden ordonna pour le compte de l'Angleterre la levée du blocus des deux rives et l'évacuation du Parana.

Au contraire, M. Walewski invita notre amiral à maintenir le blocus des deux rives.

Sur ce dissentiment, les deux négociateurs rentrèrent en Europe ; ils furent remplacés par le baron Gros

et M. Gore. Dès leur arrivée en Amérique, ceux-ci se mirent en rapport avec le général Oribe ; mais l'étoile de ce dernier commençait à pâlir.

Le gouvernement de Montevideo cherchait à assurer sa domination, et s’efforçait à faire maintenir le blocus de Buenos-Ayres, qui lui assurait une prépondérance dont il était jaloux ; il assura les plénipotentiaires que, pour peu qu'on lui vint en aide, il aurait vite raison du général Oribe et qu'alors, sous sa protection, un âge d'or s’ouvrirait pour les étrangers.Le baron Gros écouta des propositions si séduisantes, et desa propre autorité, le 12 juin 1848, conclut avec le gouvernement oriental une convention de subsides, bientôt ratifiée par Le gouvernement français.

L’Angleterre fut plus sceptique: d’autre part il lui tardait de se retirer de l'alliance avec la France ; aussi, le 24 novembre, signait-elle avec Rosas un traité de paix qui mettait fin aux mesures coercilives, restituait Les navires saisis pendant Le blocus, et déclarait reconnaître l'indépendance de la Confédération argentine.

La France resta seule à continuer la lutte, et Rosas, convaincu qu’elle ne tarderait pas à imiter son ancienne alliée, augmentait encore ses exigences. Sur ces entrefaites survint la révolution de Février; les événements se précipitèrent ; et l'amiral Leprédour fut réduit à signer vers la fin de 1849 un traité ad referendum, qui reconnaissait que la navigation du Parana serait désormais exclusivement réservée aux navires battant pavil-

lon oriental ; cet article, qui annulait les efforts de tant d'années, fut repoussé par le gouvernement de la République Française comme contraire aux principes du traité de Vienne. ;

Un autre traité, considéré comme définitif bien qu'il lui manqut la ratification de la France, fut signé /e 31 août 1850: nous reconnaissions l'indépendance absolue de la République de l'Uruguay et la légitimité du gouvernement du général Oribe. Les navires de guerre argentins devaient être restitués à la Confédération, et Les navires de commerce avec leurs cargaisons, saisis pendant le blocus, devaient être reslitués à leurs propriétaires respectifs.

À peine l'intervention française avait-elle pris fin que le général Rosas était renversé du pouvoir.

Il est permis de se demander maintenant quels avantages la France et l'Angleterre avaient retirés de ces représailles? Ces deux États avaient risqué de nombreuses complications diplomatiques ; ils avaient perdu du temps, de l'argent, des hommes, du prestige. Pourquoi n'avoir pas ouvertement déclaré la guerre, puisqu'il était de toute nécessité que la France et que l’Angleterre intervinssent pour sauvegarder la vie et les biens de leurs nationaux? Il est permis de présumer que les deux grandes puissances maritimes du globe auraient eu raison d’une république Sud-Américaine. De tels exemples ne sauraient trop servir de leçon aux hommes d’États séduit par l’apparente facilité des représailles.

Page 1