‹ Les Représailles En Temps de PaixChapitre 3 sur 28 · L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

L'EMPIRE ROMAIN

L'Empire romain a aboli les représailles : cette prohibition suffit à prouver que l’ancienne Rome avait connu cet usage.

Le peuple romain a été surtout un peuple guerrier. La société libre se partageait en deux classes parfailement tranchées : les riches et les pauvres, mais les surprenantes conquêtes faites par ce petit peuple augmentèrent de telle sorte son patrimoine que la plèbe eut aussi sa part dans la distribution des territoires : la richesse qui suivit la prise de la Macédoine par Paul Emile fut telle que, pendant plusieurs années, les impôts furent supprimés. Ce fut la cause de la splendeur romaine el l’origine de sa décadence : toutes les choses précieuses que rapportaient de toutes les parties du monde, surtout de l'Orient, les centurions romains, donnèrent à Rome, maîtresse du monde, les goûts de ce monde qu'elle avait conquis. L'usage des parfums devint une nécessité, le goût des pierreries une passion ; les issus dont la transparence permettait aux dames romaines de paraître habillées sans cesser d’être nues parurent indispensables ; les profusions de la table et

surtout l'acquisition d'un peuple d'esclaves exigèrent des ressources énormes (1).

Rome, qui ne faisait pas de commerce et qui ne pouvait plus se passer du commerce, payait ses achats en argent soutiré à toutes les provinces par des impôts terribles.

La.navigation de tout l'Empire fut occupée à entretenir l'abondance nécessaire à la Ville. Dans une telle elvilisation, l’usage des représailles aurait eu un effet désastreux, paralysant par la crainte l'initiative des marchands, amenant des crises, des retards dans les arrivages de blé à Ostie: l'Empire romain, discipliné. - comme une caserne avec ses collèges d’artisans et ses manufactures d'État, n'eût pas permis cet usage; si Rome détruisit l'indépendance des nations, elle leur assura en échange une certaine sécurité. Telle est la raison primordiale qui fit interdire Les représailles.

De plus, Rome était forte ; Les actes d’hostilité commis contre un Romain pouvaient entrainer la responsabilité de l’État, c’est-à-dire la guerre, car la rudesse des temps ne permettait pas d’avoir recours à ce moyen ‘atténué, dans ses procédés et dans ses conséquences, que certains grands États de l’Europe ont mis en pratique de nos jours, et qui constitue ce que nous appellerons les représailles actuelles.

Enfin l'esprit même du peuple romain, du peuple lé-

(4) Pardessus, Lois maritimes anciennes. Introduction.

gislateur par excellence, le détournait de cet usage : les revendications se faisaient par l'intermédiaire des féliales. Le pater patratus se rendait à la frontière, exposait ses réclamations et donnait un délai: si la réclamation était contestée, l'affaire était soumise à des arbitres, les recuperatores, qui formaient probablement un tribunal mi-parlie : les recuperalores devaient statuer dans les dix jours et ne pouvaient entendre plus de dix témoins (1).

Entre celle sorte d'arbitrage et la guerre, iln’y avait pas de place pour les représailles : l'établissement de l'Empire avait fait cesser partout les violences privées : partout régna la par romana, tant que l'Empire eut la force de l’imposer.

Son démembrement fit revivre l’usage des repré-

salles.

(1) Tite Live, [, 32, dans Dareste, opusc. cité.

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