Voy. ci-dessus, t. 111, p
3. Bonnal, Carnot, p. 192, et registre des séances du Comité de salut public, AF+II, 48, à la date.
Campagne da printemps 1794.
Ce n'était pas trop cependant de Hoche, de Jourdan et de Pichegru pour faire face aux ennemis qui nous menaçaient sur toute la frontière. Eux aussi avaient leur plan de campagne et des forces considérables à mettre en mouvement. L'Angleterre et la Hollande ajoutaient leurs contingents aux troupes que tiraient de l'Allemagne l'Autriche et la Prusse. De notre côté, il y avait du mécompte. Le 4 mars, le Comité de salut public transmettait à Bouchotte une lettre où l'on disait que la désertion était effrayante parmi les hommes incorporés dans les anciens cadres *. On sentait qu'il fallait redoubler d'efforts. Les représentants en mission étaient à leur poste. Le Conseil exécutif qui tenait à garder près d'eux ses commissaires en fit une nouvelle revue et leur donna, en vertu du décret du 11 septembre et de la loi du 14 frimaire, un supplément d'instructions '. Les rapports de ces derniers n'étaient pas tous rassurants. L'un d'eux, Celliez, que nous connaissons d'ancienne date à l'armée du Nord, exprime le dO mars (20 ventôse) au Ministre la crainte que Tennemi ne oommence bientôt l'attaque, si le beau temps continue. Il invoque la pluie, il en voudrait quelques bons jours
i. Le fléau des réfractaires était toujours le souci des représentants. Le ^ février (18 pluviôse), Laurent prenait cet arrêté :
« Considérant que l'article 11 de la loi du 2 frimaire est insuffisant : «Arrètonrs que les pères, mères et parents des citoyens compris dans l& loi du 2 frimaire, q/ai n'auraient pas fait leur déclaration, à la municipalité, des citoyens de la réquisition qui seraient revenus chez eux, seront incontinent mis en état d'arrestation, leurs biens confisqués au profit de la République, conformément à l'article 17 de la loi du 2 frimaire. » (Armée du Nord, aux dates.) Et les représentants Gillet et Duquesnoy, *^ 26 floréal (15 avril) : a Tous citoyens qui auront ou recevront chez ^uxdes soldats de la l'« réquisition seront arrêtés comme suspects, mis *ur-le-champ en arrestation pour être ensuite déportés à la Guyane française. » (Arch. nat., AF U, 242, pièce 443, affiche.) 2. Voy. la note XVIII, aux Appendices.
pour rendre les chemins difficiles. Notre armée n'est pas prête; la cavalerie n*a pas ses chevaux, les troupes manquent d'armes, etc. Le il, le Comité ordonne à Pichegru de faire passer 12000 à 13 000 hommes à Tannée des Ardennes; mais, le même jour, Pichegru écrivait à Carnet qu'il n'avait que li500 hommes de cavalerie et qu'il lui en faudrait 30 000*. Le 11 encore, le ministre Boucholle écrit à Jourdan qu'au 1" mars (H ventôse) l'armée de la Moselle avait un effectif de 100 000 hommes, dont 66000 présents sous les armes; et le 19 mars, Jourdan répondait au Ministre que Hoche lui avait remis son état de situation, qu'il n'y trouvait que 48164 hommes présents, y compris les garnisons, au lieu des 66 000 que le Ministre lui avait annoncés *. Il lui dit encore le 28 mars :
L'armée de la Moselle est bien de 48 164 hommes dont plusieurs ne sont pas armés.
C'est dans ces circonstances que * Carnot écrivait le 18 mars, aux représentants Richard et Choudieu :
Pressez donc Pichegru de commencer la campagne; qu'il ne se laisse pas prévenir par Tennemi. Il paroît que les coalisés veulent décidément cerner Maubeuge, Landrecies et s'emparer de tout le pays d'Entre-Sarabre-et-Meuse. Il faut jeter dans ces villes de bonnes garnisons et force subsistances, les laisser s'enfourner, tomber pendant ce temps-là sur leurs derrières, enlever leurs magasins, porter Teffroi jusque dans leur capitale. Pichegru a dû recevoir par vous une longue lettre de moi où je lui explique les vues du Comité qui sont de livrer de grandes batailles à l'ennemi dans son propre pays et défendre pied à pied, au contraire, notre propre terrain ; c'est de l'enfermer dans la trouée qu'il a faite, de le cerner, de lui couper ses communications. ^
Nous sommes dans l'attente des grands événements; frappez de grands coups. Nous péririons par des succès médiocres. Salut et fraternité,
Caunot '.