‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 128 sur 225 · Armée de Sambrc-et-Meuse, aux dates · texte numérisé non relu

Armée de Sambrc-et-Meuse, aux dates

un temps d'arrêt dans une marche jusque-là triomphante. Avant d'avoir reçu les dernières nouvelles, Carnot écrivait le 10 (22 messsidor) à Guyton et à Gillet :

Nous ne savons pas précisément quelle est en ce moment la position de Pichegru ; nous croyons qu'il aura marché sur Bruxelles conformément à nos vues, et alors l'ennemi, pour éviter de se trouver entre deux feux, se sera probablement retiré sur Maëslricht, Liège et Namur. Dans cette position, s'il ne se hàle de passer la Meuse, les deux armées combinées peuvent Texterminer entièrement. Nous attendons le résultat avec impatience et nous vous recommandons jusqu'à ce moment décisif la plus grande concentration de forces possible. Nous craignons qu*on ne se soit un peu écarté de ce principe en laissant de grosses garnisons sur les derrières. Songez qu'une bataille perdue vous raméneroit au même point d'où vous êtes partis et que les opérations de détail se feront toujours bien quand vous aurez dissipé l'armée ennemie.

Carnot *.

Le 11 (23 messidor), il leur écrivait encore :

Les nouveaux avantages remportés , chers collègues, par l'armée de Sambre-et-Meuse rendent sa position toujours plus favorable. Cependant la réunion des forces ennemies est un événement qui doit vous confirmer dans la résolution d'éviter toute action décisive jusqu'à ce que vos derrières soient assurés par la reprise des places envahies. La lettre interceptée prouve que Cobourg n'espère guère secourir ces places. Il ne le peut, en effet, que dans le cas où il gagneroit une grande bataille, et il ne faut pas lui laisser cette chance. En signifiant le décret de la Convention avec grand bruit pour que la garnison et les habitants soient tous instruits, peut-être prendroient-elles le parti de se rendre de suite. Si au contraire elles font résistance, il faudra faire exécuter rigoureusement le décret sur la première que nous aurons prise, ce qui jettera la terreur dans les autres.

Ainsi toujours les habitants de Valenciennes ou de Condé,|ou de Landrecies ou du Quesnoy, passés, pour l'exemple, au fil de Tépée avec la garnison!

1. Armée de Sambrc-el-Meuse, à la date (autographe); l'expédition est signée : C.-A. Prieur, Camot, Saint-Just, Collot d'Hbrbois, B. Barérb.

En attendant, il faut rester en masse, toujours prêts au combat, mais dans une position défensive inexpugnable. Il n'en faut pas moins harceler perpétuellement l'ennemi, mais par des attaques partielles; pour une action décisive, il faut deux choses : premièremenl, l'arrivée de Pichegru ; secondement, l'entière évacuation de nos places ; autrement une bataille perdue nous ramèneroit au même point d'où nous étions partis *.

Mais des lettres, datées de la veille, lui faisaient connaitre l'entrée de nos armées à Bruxelles.

Si Tarmée de Sambre-et-Meuse avait eu la part décisive à Taction, c'était pourtant le général de l'armée du Nord qui avait le pas sur son collègue. Le 9 juillet, Jourdan, annonçant à Pichegru la jonction de Clëirfayt et deCobourg, lui disait :

Je t'invite en conséquence à me faire passer tes ordres; je désire que les circonstances puissent nous réunir promptement.

Il montra la même déférence envers Pichegru dans Toccupalion de Bruxelles, et le représentant Gillct rend témoignage de sa réserve en même temps que de sa prudence à cet égard. C'est l'avant-garde de Jourdan, sous la conduite de Levai, qui avait occupé Bruxelles, le 8 juillet. Jourdan aurait pu la suivre, dit Gillet, mais il aima mieux prendre une position qui imposât a l'ennemi et attendre l'année du Nord. Pichegru n'en avait point usé ainsi. Arrivé à Hall, il écrivit à Jourdan qu'il se rendait à Bruxelles et l'invita à l'y rejoindre. Mais Jourdan ne voulut pas quitter son armée en présence de l'ennemi, et les deux représentants Guyton et Gillet écrivirent à Pichegru de revenir à Hall

1. Le 10 juillet (22 messidor), Pichegru annonce au Comité la réunion des armées du Nord et de Sambre-et-Meuse à Ath, leur entrée à Bruxelles et la retraite de l'ennemi à grandes journées. L'ennemi parait se retirer sur Macstricht et le Rhin. — Le 12 (24 messidor), le Comité lui écrit : « Ne laisse reposer les troupes que le temps nécessaire, lâche de prendre les magasins de l'ennemi. » Il faut avoir Anvers et Namur pour points d'appui, être maître de toute la West-Flandre, de la Flandre hollandaise, de tout Entre-Sambre-et-Meuse; — extraire du Brabant tout ce qu'on en peut tirer, surtout aux dépens des riches ; — se hâter de mettre le siège devant Namur. (Ce n'est pas une minute, mais une lettre officielle de la main d'un copiste, signée Collot d'Herbois, Carnot, Saint-Just.)

OÙ se tint la conférence des deux chefs. Bruxelles, ce grand prix de la bataille de Fleurus, n'avait pas encore vu le général qui Tavait gagnée.

Jourdan, faisant connaître au Comité qu'il avait fait à Hall sa jonction avec Pichegru, lui disait qu'il avait sa gauche à Bruxelles, où il avait envoyé un corps considérable sous la conduite du général Montaigu, et sa droite à Gennape sur la Sambre. Pichegru lui avait dit de rester dans cette position jusqu'à nouvel ordre :

Je vais me rendre demain près de Namur, ajoutait-il, et j'espère vous annoncer demain soir que nous occupons la ville.

Relevons un trait de cette lettre : le prince d'Orange, lui demandant des nouvelles du prince de Ilesse-Philipstadt, tué le 18 messidor (6 juillet), avait signé : Votre très humble serviteur :

Je ne crois pas qu'il soit avec considération mon très humble serviteur, mais je pense que je ne dois pas lui répondre et que la malheureuse facilité avec laquelle nos ennemis se procurent nos papiers publics l'instruira suffîsamment du sort du prince de Hesse-Philipsthat.

Ce n'était peut-être pas poli, mais c'était prudent. — Correspondre avec un prince et un prince ennemi!

C'est alors seulement que le Comité avait compris toute la portée de la bataille de Fleurus. Carnot écrit, en son nom, aux représentants près l'armée de Sambre-et-Meuse (23 messidor, 13 juillet) :

Il est très vrai, chers collègues, que nous n'avons pas connu tout d'abord toute l'importance des combats livrés par Tarmée de Sambre-et-Meuse... Quoi qu'il en soit, puisque la terreur est si fort à l'ordre du jour chez Tennemi qu'on peut oser tout entreprendre, il faut continuer à le pousser vivement avec les deux armées combinées, afin de le déterminer, s'il est possible, h passer la Meuse ; et alors, en observant bien ses mouvements, il sera possible, lorsque la retraite sera à moitié faite, de tomber sur son arrière-garde et de la culbuter tout entière.

â66 LES REPRÉSENTANTS EN MISSION

Rien désormais ne Tarrête. Il faut prendre Huy, marcher sur Liège et y déterminer Tinsurrection, et si la fortune est favorable, faire le siège de Maëstricht, désarmer le pays ; se souvenir que Dumouriez nous y a fait laisser un milliard de notre numéraire; dans les places, raser la partie des fortifications opposée k la France, et ne faire que des têtes de pont de Charleroi, Namur et Dinant; employer au travail les habitants; faire de nouveaux ouvrages à Philippeville ; fortifier le camp Saint-Gérard et Beaumont. Il leur faisait encore cette recommandation :

Ne négligez pas les produits des beaux-arts qui peuvent embellir cette ville de Paris qu*à Bruxelles on voulait réduire en cendres; faites passer ici les superbes collections de tableaux dont le pays abonde; ils se trouveront sans doute heureux d'en être quittes pour des images. Le peuple seul, qui partout est le même, partout ami de la liberté, doit être respecté dans ses mœurs, ses usages et mêmes ses bizarreries, effets de ses préjugés et de son ignorance *.

Les représentants en mission n'avaient pas besoin d'être encouragés dans cette voie. Ils étaient là comme à la curée. Laurent annonçait, le 22 messidor (10 juillet), au Comité qu'il partait pour Bruxelles dont il venait d'aj)prendre l'occupation et il lui envoyait 600 000 livres en numéraire, à compte sur les 2 millions qu*il avait imposés aux riches et aux moines. Les abbayes et prieurés étaient taxés pour un million; les émigrés faits prisonniers devaient être envoyés au tribunal révolutionnaire de

1. Armée de Sambre-et-Meuse, à la date. — Notons, à propos des beauxarls, cet arrêté mis à l'ordre du 28 au 29 messidor (16-il juillet) : « Les représentants du peuple près l'armée de Sambre-et-Meuse, informés qu'il se trouve dans cette armée des citoyens qui, avant de s'armer pour la défense de la patrie, cultivaient les arts de la peinture et de la sculpture, quelques-uns môme se formaient dans ces arls sous la direction des plus grands maîtres de Paris; voulant momentanément appliquer leurs talents à un autre genre de services de la République,

« Arrêtent :

• Les chefs de corps les enverront à Bruxelles. » Fait h Bruxelles, le 26 messidor (14 juillet).

LAi;RE!fT, GUYTON.

Cambrai pour y être jugés. — Leur sort n'était pas douteux. Il ajoutait sur le ton jovial qui lui était familier en ces matières :

Les moines baissent pavillon, ainsi que les aristocrates. Les cloches des couvents sonnenl pour la troisième fois pour nos victoires et les fenêtres à grands pans s'illuminent. Je crois que ce sont des grimaces hipocrites; mais enfin ils marchent jusqu'à ce que les ayant abattus par les espèces [ruinés] je les mette dans le cas de se reposer plus qu'ils ne voudroient.

Malgré toutes ces mesures vigoureuses, je crois que Mons restera tranquille. Les cocardes noires [les amis des Autrichiens] sont connues et, petit à petit, elles seront saisies. La justice ira son train sans récrimination *. Je veux Tordre et la paix et j'ai soin d*écarter toutes les haines personnelles. On dira la messe en tremblant et en nous donnant les tabernacles d'argent; on priera le chapelet en évacuant les J[)ourses. Point de tracasserie pour les opinions religieuses, pourvu qu'on respecte les opinions politiques et qu'on paye. Tout paraît se ranger à ce but. Donnez-moi vos décisions, je les suivrai ; je vais à Bruxelles où je ferai respecter la République et payer les arrérages de Dumouriez.

Et le 25 (13 juillet), arrivant à Bruxelles, tout ébloui des ressources immenses qu'il y trouvait, il écrit qu il va frapper la ville d'un impôt de 3 millions, réquisitionner 50 000 quintaux de grains *, etc. Gillet pourtant sentait que le pays n'était pas livré à discrétion. Dans sa lettre du 23 (li juillet) au Comité, il lui disait qu'il était d'accord avec Richard, son collègue, sur la conduite à suivre envers les Belges. On était, disait-il, en présence d'un peuple qui a constamment refusé à l'Autriche de prendre les armes contre nous. Il faut le traiter avec ménagement, sans renoncer à tirer de ses magasins les ressources dont nous avons besoin '. Et c'est dans le même esprit qu'il écrivait, le même jour, à Saint-Just :

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