Armée du Nord, à la date
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Au milieu de ces faits militaires, un incident fit voir que, si les représentants usaient parfois avec excès de leurs pouvoirs illimités, ils savaient aussi tempérer dans la pratique ce que les décrets do la (convention et les arrêtés du Comité de salut public avaient d'exagéré : il s'agit du siège de Nieuport. La garnison était composée en grande partie de Hanovriens, sujets du roi d'Angleterre et compris dans le décret qui interdisait de les prendre à merci. Proscrits de la sorte, ils ne pouvaient que résister jusqu'à la mort et paralyser une partie de l'armée en prolongeant la résistance. S'ils demandaient à capituler, que faire? C'est la question que Moreau, commandant le siège, posait aux représentants. Il attendait la réponse pour sommer la place, et il y avait urgence, disait-il, à <»mployer l'armée de siège ailleurs (24 messidor, 12 juillel). Laurent et Guyton lui firent, dès le lendemain, une réponse <lésespérante :
La loi t'est connue. 11 ne nous est pas permis de nous en iM-arter. Il s'agit moins de considérer ici l'avantage d'amener une garnison à livrer quelques jours plus tôt la place pour s'assurer une capitulation favorable, ni même de rendre plus tôt disponibles les troupes qui l'assiègent, mais de donner un exemple terrible de l'inflexibilité d'une nation outragée et de la mesure de ses vengeances.
Richard et Lacombe-Saint-Michel ne partagèrent point cet avis, et ils expliquèrent au Comité comment ils avaient résolu d'accorder une capitulation à la garnison de Nieuport. L'intérêt de la campagne engagée le commandait. Lacombe-Saint-Michel avait besoin de Moreau et de sa petite armée pour l'expédition projetée dans l'île de Walcheren (25 messidor, 13 juillet); mais le Comité fut inflexible, et Pichegru, en parlant à Moreau du refus qu'il venait de recevoir, lui disait :
Je vois d'avance tout \e plaisir qu'il te fait! Cela va traîner en longueur une opération qui, je pense, eût été terminée en peu de jours et qui nous coûtera peut-être quatre fois plus qu'elle ne nous auroit coûté dans l'autre supposition.
Heureusement Tarrêté arriva trop tard, et Lacombe-Saint- Michel en fut quitte pour une humble protestation, adressée au Comité de salut public (19 juillet). Les intentions du Comité, disait-il, eussent été suivies à la lettre et la garnison n'eût obtenu aucune capitulation, s'il les avait connues plus tôt; mais la capitulation était signée de la veille (18 juillet, 30 messidor) *.
Le décret du 16 messidor, prescrivant de passer au fil de répée les garnisons des places occupées par Tennemi qui ne se seraient pas rendues vingt-quatre heures après la sommation, pouvait recevoir aussi des applications révoltantes. Jourdan écrivait au Comité le 25 messidor (13 juillet) :
Le général Pichegru m'ayant chargé de la reprise des places de Landrecies et du Quesnoy, j'ai donné les ordres les plus précis au général Scherer... Je lui ai ordonné de faire connoître à Landrecies le décret de la Convention nationale relatif à cette opération ; et si la garnison de cette ville ne se rend pas, je Tai chargé de faire exécuter ce décret et de marcher ensuite sur le Quesnoy où il fera la même opération.
Pour Landrecies, le décret obtint Teffet que Ton attendait surtout de celle menace. La place capitula (15 juillet) et Tofficier du génie Marescot, chargé, comme à Charleroi, du travail de son arme, écrivit à Carnot que, sans cela, la résistance eût été plus longue (28 messidor, 16 juillet)*. Carnot en reçut la nouvelle en même temps que celle de Toccupation de Louvain et de Malines où Tennemi avait une grande partie de ses approvisionnements. Il écrivit, au nom du Comité, aux représentants en mission, ses lieutenants dans ces parages (29 messidor, 17 juillet) :
Nous vous invitons à faire arriver promplement à l'intérieur les magasins considérables que doivent renfermer ces deux
1. Armée du Nord, aux dales. — Voy. sur le siège le journal qui en fui dressé, ibid.j 18 juillet.
2. Le représentant Gillel, à cette occasion, présenta Marescot pour I«î grade de chef de brigade (colonel). (Armée de Sambre-el-Meuse, 16 juillet» 28 messidor.)
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villes opulentes et qu'on dit être les plus aristocrates de la Belgique. Il faut que les armées combinées fassent un dernier effort pour chasser l'ennemi au delà de la Meuse. Après quoi, vous prendrez tout à votre aise Liège, Anvers, Namur et Lécluse et vous balayerez sans difficulté tout le pays.
Les événements alors devançaient même ses vœux. Le même jour, 29 messidor, Jourdan lui faisait connaître la capitulation de Namur; le 1" thermidor, Kléber annonçait à Jourdan que Tirlemont avait été tourné, et Richard au Comité que Tarmée du Nord marchait sur Anvers. Le 2 thermidor (20 juillet), Carnot, qui a reçu la nouvelle de la prise de Namur, ne sait rien^ encore de Nieuporl : « Si la ville esl prise, qu'on en répare les fortifications et qu'on la mette en état de défense. » Mais il v avait sur ce
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rivage une ville bien plus considérable déjà occupée, c'était Ostende. Or voici Tétrange délibération du Comité à son sujet :
Quant à Ostende, après avoir pesé ce qui peut militer pour ou contre sa conservation, nous avons pensé que, sous les rapports politiques et militaires, il étoit de l'intérêt national que cette ville fût entièrement effacée du nombre des ports de mer et des places fortes. En conséquence vous voudrez bien prendre les mesures les plus promptes et les plus actives pour que le port dOstende soit totalement comblé, de manière à ce que jamais il no puisse être réparé, et tous ses établissements maritimes entièrement anéantis; tous les moyens de commerce, de marine et de force seront transportés à Dunkerque, à laquelle il est temps de rendre son ancienne splendeur.
Carnot, qui a écrit cette dépêche, renouvelle l'ordre donné sur les fortifications de Namur, de Charles-sur- Sambre (Charleroi) et de Dinant; il prescrit de fortifier Vedette-Républicaine (Philippeville) et Beaumont. Pour la Belgique, on ne songeait pas alors à la garder tout entière. Carnot le dit et le prouve :
Hàtez-vous, chers collègues, de faire rentrer en France toutes les richesses de la Belgique dont nous ne voulons garder
que ce qui peut assurer notre propre frontière, c'est-à-dire à gauche toute la West-Flandre et la Flandre hollandaiset à droite le pays d'Entre-Sambre-et-Meuse, et au milieu seulement tout ce qui est en deçà de l'Kscaut et de la Haisne, de manière qu'Anvers et Namur soient les deux points d'appui et que la frontière fasse un cercle rentrant, bien couvert par des rivières, cl dans lequel Tcnnemi ne pourra pénétrer sans se trouver cerné par le fait même K
Il prescrit de lever des contributions dans cette partie rentrante et au delà, autant qu'il sera possible de pénétrer sans disséminer nos forces, et les représentants ne négligèrent point cet avis. C'était la besogne toute particulière d(» Laurent et de Guyton-Morvcau, de Laurent surtout. Il tombe sur les villes à mesure qu'elles sont occupées avec scni tarif de contributions : 1 300,000 livres h Malines (21) messidor, 17 juillet); l million à Louvain (30 messidor); 300000 livres à Lierre (3 thermidor, 21 juillet); 10 millions à Anvers (8 thermidor) *. — L'ennemi, ajoute Carnot dans sa lettre du 2 thermidor (20 juillet), l'ennemi, à ce qu'on assure, se retire par Liège : il faut bien l'épier; tomber en masse sur la dernière partie quand la première aura passé la Meuse. Le Comité aurait désiré qu'on sommât Valenciennes avant le Quesnoy : continuer puisqu'on a commencé, mais il ne faut pas tant d'appareil pour les somm allons :
Qu'un simple trompette aille donc leur signifier à toutes, le même jour et à la même heure, le décret de la Convention, et s'il y en a une qui soit récalcitrante, on en fera un exemple.
Ainsi le décret d'extermination subsistait toujours. Mais ici encore les représentants surent en tempérer Fexécu- Uon : le renom de la France n'y perdit rien et la libération du territoire n'en souffrit pas. Le 3 thermidor (21 juillet) :
Considérant que le décret de la Convention nationale du 16 messidor dernier, concernant la reddition des quatre places