Il disait, en prenant possession de sa charge
« Citoyens, n'attendez pas de moi un long discours. Des paroles ne sauvent point la République. Des actions, une vigilance rigoureuse, un zèle infatigable, une fermeté inébranlable, peuvent seuls dompter les audacieux et jeter les ennemis de la liberté dans la poussière -, etc.
Et le 20 février 1793, dans une circulaire aux juges de paix et aux officiers de police et de silreté publique :
« Je serai toujours prêt à vous soutenir pour traîner à Téchafaud le méchant qui osera se révolter contre la loi, contre la République, contre ses représentants. 11 est temps enfin que le désordre cesse, que la justice règne; à bas l'aristocratie! à bas le fanatisme et l'avarice! à bas tous les vices engendrés par les maitres de l'ancien gouvernement! ■• (Ileitz, A'o^e* xur Schneider, p. 51 et suiv.)
3. Voy. leur leUre du 11 février 1793. {Livre bleu, t. H, n* 113, p. 22.)
4. Voy. les adresses qu'ils reçurent et qu'ils produisent dans les pièces justificatives de leur défense, Le'^, n** 6, pièces 12 et suiv.
5. Vov. la lettre du 20 février au jeune maire Monet. {Livre bleit, t. H, n"50, p". i.ïl.)
CH. XXXI. — LA RÉVOLUTION EiN ALSACE 307
grande émotion dans la ville : chacun craignait pour soi. Des citoyens ainsi expulsés vinrent se plaindre à la Convention dans la séance du 17 mars 1793. On croit entendre le paysan du Danube :
Représentants du peuple, dit l*un d'eux, vous voyez devant vous des citoyens que vos commissaires Couturier et Dentzel ont bannis par des lettres de cachet des départements du Rhin. Quelque tyranniques que nous aient paru ces ordres, sans examiner si vos commissaires avaient de pareils pouvoirs, nous avons obéi. Au lieu de nous porter la paix, ces commissaires ont mis la désolation dans le département du Rhin; ils ont banni quinze administrateurs, sans leur faire connaître leur dénonciateur et sans les entendre. La terreur a tout paralysé : chacun craint d'être arraché à sa famille, etc.
Et un autre pétitionnaire, prenant la parole à son tour :
Citoyens, j'ajouterai un mot : vos commissaires ont suspendu de leurs fonctions des administrateurs qui avaient la confiance de leurs concitoyens; ils ont mis à leur place leurs parents, leurs créatures, des gens qui n'habitent la France que depuis quinze mois; ils ont substitué à l'accusateur public du tribunal criminel de Strasbourg un prêtre allemand (Euloge Schneider) ; au maire de cette ville, un jeune homme qui n'a pas l'âge prescrit par la loi (le jeune Monet) et à ma place ils ont mis mon délateur. C'est ainsi qu'on récompense le zèle des citoyens qui, depuis le commencement de la Révolution, ont travaillé pour la liberté; c'est ainsi qu'on me récompense, moi qui, dans ce moment, ai deux enfants et deux neveux, que j'ai élevés, aux armées, combattant pour la liberté de la France '.
On n'était guère accoutumé à ce langage, et surtout, il le faut dire, on n'était pas encore habitué à ces façons d'agir, à ces procédés que rinslitulion des représentants en mission, alors à son début, devait étendre par toute la France. Un montagnard, Mallarmé, qui prit la parole, se refusait à y croire; et pourtant il avait vu au Comité des finances des
1. Séance du 11 mars 1193, Moniieur du 18, t. XV, p. 723, et Précis de la situation de Strasbourg présenté à la Convention au mois de mars f793, p. 135-137.
proclamations des deux commissaires tellement peu en accord avec la devise républicaine qu'il fallait bien se rendre à révidence. On y trouvait des considérants qui rappelaient la formule : car tel est notre bon plaisir. Sur sa proposition, Dentzel et Couturier furent destitués de leurs pouvoirs et rappelés dans la Convention*. On en sut davantage quand des députés de Strasbourg vinrent, le 1" avril, remercier la Convention de la mesure qu'elle venait <le prendre; et ces révélations provoquèrent un autre décret: la Convention destitua le fils de Couturier des fonctions d'ordonnateur des guerres dont il avait été investi, malgré son jeune âge, et elle prescrivit des règles pour le remplacement provisoire des administrateurs suspendus *.
Les Jacobins de Strasbourg se montrèrent fort inquiets du rappel de Couturier et de Dentzel. Ruhl, on Ta vu, s'était séparé de ses collègues, et, n'ayant pas eu à se louer do leur façon d'agir, ne ménageait ni eux ni les amis qui travaillaient k faire revenir la Convention sur leur affaire ^ Tcterel, qui se portait fort du patriotisme des Strasbourgeois, disant qu'à Strasbourg il n'y avait pas plus de cinquante tètes pour la guillotine*, Teterel écrivait le 31 mars aux membres du club de Strasbourg comment il avait élé reçu de Rtibl :
J'avols été le jeudi et le vendredi chez lui. Le premier jour, il m'a insulté; le second, il m'a tout promis, et hier, samedi, il a ajouté aux insultes de la veille la prière de f... le
i. Séance du 17 mars 1783, Moniteur du 18, t. XV, p. 724. •2. Séance dn 1*^ avril 1793, Moniteur du 4, t. XVI, p. 30.