Sur cette mission, voy. !a note XX, aux Appendices
2. Livre bleu, t. II, p. 30i, et Heitz, Sociétés politiques de Strasbourg, p. 2"9.
3. La proclamation des représentants du peuple à Tarmêe du Rhin, le lOc jour de la 3' décade du T' mois (21 octobre 1793), est signée de J.-B. Milhauil, Guyardin, Lacoste, Mallarmé, Iluamp^;, Borie et Niou. (Heitz. Sodt/lés polititpies de Strasbourg, p. 282-285.)
Les deux jeunes proconsuls arrivaient avec Tidée fixe que Strasbourg- était rempli de traîtres. Leur premier soin fut d'ordonner l'arrestation des suspects; et pour les frapper par les procédés les plus prompts, ils résolurent d'établir une commission militaire. Saint-Just fit connaître au club ses intentions à cet égard et il lui demanda « six hommes révolutionnaires et incorruptibles » (4 du 2" mois, 25 octobre), ajoutant que le club était seul capable de lui indiquer, à lui qui ne connaissait pas encore la ville et ses ressources, oii se trouvaient le patriotisme et la vigueur *. »
Le club se réunit le lendemain et désigna, à l'unanimité, six de ses membres pour composer la commission de Tarmée. Il choisit en outre, comme membres du tribunal qui devait suivre Tarmée révolutionnaire, selon l'arrêté pris quelques jours auparavant, Nestlin, Wolff, Taffin, celui-ci (qui fut le président), ancien prêtre comme Euloge Schneider, et Clavel suppléant; et pour former le conseil demandé par les représentants du peuple, douze citoyens parmi lesquels Teterel, le j)eintre Edelmann, Schneider, le maire Alonet et Jung.
Saint-Just et Le Bas voulurent, sans plus attendre, frapper les esprits dans l'armée par de sanglantes exécutions. Le colonel, un capitaine et l'adjudant-major du 12° de ligne, accusés d'avoir mal parlé de la République, furent fusillés devant les troupes; le général Eisenberg, qui, battu, ne s'était pas fait tuer, eut le même sort, et il y eut plusieurs dégradations.
Mais il fallait qu'on leur fournît de la matière, que Ton arrêtât les suspects. Saint-Just et Le Bas avaient demandé, on l'a vu, dès leur arrivée, qu'on leur en dressât la liste, et ils ne voyaient rien venir! Le 9 brumaire (30 octobre), ils s'étonnent de n'être pas encore obéis ' :
1. Livre bleu, t. Il, n** 100, p. 204. — Cf. Heilz {l. l., p. 285), qui rapporte le fait au 22 octobre.
2. Le même jour, ils demandaient à la Société populaire son « opinion sur le patriotisme et les vertus républicaines des membres qui composaient
Depuis plusieurs jours, citoyens, écrivent-ils aux autorités compétentes, nous vous avons recommandé de rechercher et de faire arrêter les gens suspects dans le district de Strasbourg. Nous savons que dans cette seule ville il en existe des milliers, et cependant vous êtes encore à nous trouver le premier de cette liste. Il devient plus instant de jour en jour de les arrêter. H<\tez-vous de les reconnaître. Nous désirons savoir, dans le jour, les noms de tous les gens suspects dans Strasbourg '.
Et le 10 on fit de nombreuses arrestations de suspects. Mais des aulorités si peu empressées jusque-là étaient suspectes ; (»t une circonstance donna lieu de les suspecter encore à un titre plus grave. On avait remis au représentant (juyardin une lettre d'un marquis de Saint-Hilairc» lettre inlercoptéc à son arrivée à Strasbourg et qui témoignait d'intelligences avec plusieurs des habitants, entre autres, avec l'artiste Edelmann, un des purs. Nul doute, une grande conspiration était ourdie pour livrer Strasbourg, et Ton ne pouvait mieux faire que de commencer par frapper toutes les administrations du pays. En conséquence, par un arrêté de ce jour, 13 brumaire (3 novembre 1793), l'administration départementale fut cassée, et ses membres, excepté cinq, arrêtés et envoyés à Metz pour y être détenus. Trois des cinq, Neumann, Mougeat et Teterel, durent former une commission provisoire pour l'expédition des aflfaires. La municipalité fut cassée, excepté le maire Monel, et les autres membres envoyés en arrestation à Châlons; l'administration du district, cassée aussi, et les membres conduits en arrestation à Besançon. Le commandant de Strasbourg et le comité de surveillance de la ville, chargés d'exécuter l'arrêté, devaient faire en sorte que tous les membres des autorités cassées fussent hors de la ville le lendemain, à huit heures du matin*.
l'administralion du rléparlemcnt du Ras-Rhin. » (fJvre bleu, t. Il, n** 98, p. 203.)
1. Bûchez cl }\ou\, liisf. parlemeulaire (le la Hc'volution française, t. XXXI, p. 34 (collection d'arrclês communiquée par M. Ph. Le Bas, fils du conventionnel).
2. Livre bleu, 1. 1, n" 14, p. 14; Bûchez et Roux, /. /., p. 35. — Cf. Véron-
C'était le club de Strasbourg que les représentants avaient cliargé de remplacer la municipalité par une commission provisoire de douze membres, sous le maire Monet, conservé comme on Ta vu *. Cette proscription de tous les autres n'avait pas laissé d'émouvoir le club. Les deux jeunes proconsuls n'avaient vu que le grand effet que devait produire la révocation en masse des trois conseils administratifs ; or dans le nombre il pouvait y avoir d*autres patriotes encore que les cinq ou six épargnés. Le club réclama donc; et Ton lit encore quelques exceptions*, mais Tarrêté demeura. Il fallait qu'il fut bien constant qu'une grande conspiration avait été ourdie pour livrer Strasbourg; qu'elle avait été découverte par les représentants ; qu'ils avaient sauvé la ville par cette exécution sommaire. C'est le thème d'une longue lettre qu'ils écrivirent au club, en réponse à ses réclamations (4 novembre) ; c'est aussi le fond de la dépèche que les deux autres représentants, Guyardin et Milhaud, sur leur déclin, adressaient la veille à la Convention ^ A la fin de cette pièce, et par manière de post-scrijHum^ ils parlaient du tribunal révolutionnaire qu'ils avaient établi avec Mallarmé, quelques jours avant l'arrivée de Saint-Just et de Le Bas :
Le tribunal révolutionnaire que nous avons établi pour juger les accapareurs, les agioteurs, les marchands qui ne veulent pas se conformer à la taxe des denrées, a déjà fait des exemples utiles. Plusieurs ont été condamnés à des amendes de cinquante et cent mille livres, et à quelques années de fers. Il faudra encore quelques exemples pour détruire la cupidité qui est pire dans celte ville que dans toute autre de la République; mais le tribunal n'épargne personne, et ça ira.
Ça ne devait pas allei* longtemps pour eux : car le jour même oii ils signaient cette lettre, ils étaient rappelés, ainsi
Reville, la Révolution dans le Haut-Rhin, p. 143 cl 140; et Ueitz, Sociétés politiques de Strasbourg, p. 290.
1. Livre bleu, t. H, n" 99, p. 203 (14 du 2« mois, 4 novembre 1193).