‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 180 sur 225 · IV · texte numérisé non relu

IV

Fin de la mission de Saint-Just et Le Bas.

La disgrâce de Schneider fut loin de mettre un terme au rèpne de la Terreur dans Strasbourg. Dès le lendemain, Saint-Just demanda à la Société populaire de lui désigner un candidat pour le remplacer comme accusateur public, et le tribunal révolutionnaire, composé d'hommes à lui, fut renouvelé. Mais Tinstitution resta; elle répondait trop bien à la pensée de Saint-Just. C'est à lui que Ton faisait surtout honneur de l'intensité ffu'avait prise ce régime par ses actes. Témoin cette lettre de Gatteau à Daubigny, quelque temps après son arrivée :

Il était temps que Saint-Just vînt auprès de cette malheureuse armée et qu'il portât de vigoureux coups de hache au fanatisme des Alsaciens, à leur indolence, à leur stupidité allemande, à l'égoïsme, à la cupidité des riches : autrement c'en était fait de ces beaux départements. Il a tout vivifié, ranimé, régénéré, et pour achever cet ouvrage, il nous arrive de tous les coins une colonie d'apôtres révolutionnaires et de solides sans culottes. Sainte Guillotine est dans la plus brillante activité et la bienfaisante Terreur produit ici, d'une manière miraculeuse, ce qu'on ne devait espérer, d'un siècle au moins, par la raison et la philosophie. Quel maître b...que ce garçon-là. La collection de ses arrêtés sera, sans contredit, un des plus beaux monuments historiques de la Révolution *.

Saint-Just ne démentit point l'idée qu'on s'était faite de lui. Neuf ou dix jours après la destitution de Schneider, il prenait des mesures plus rigoureuses contre les marchands. Il ordonnait au tribunal du Bas-Rhin de faire raser la maison de quiconque serait convaincu d'agiotage et d'avoir vendu au-dessus du maximum (3 nivôse, 23 décembre), et cette ordonnance, digne d'un despote asiatique, fut appliquée *.

1. LeUre de (lattoau à Dautjîgny, 27 brumaire an \\ (17 novembre 1793). Courtois, Papiers trouvés chez Robespierre, n^» XXXIX, XL et XLI, p. 174.

2. Arch. nal., AF H, 135, dossier 21, pièce 9, el livre bleu, n» 49, t. I,

Heureusement pour l'Alsace, raltention du jeune proconsul était alors absorbée par le péril du dehors et il y avait rivalité entre les deux grou|)es de représentants délégués par la Convention. Il fallait réunir pour une action commune les deux armées de la Moselle et du Rhin commandées, Tune par Hoche, l'autre par Pichegru. On a vu comment la question fi^t tranchée par la décision de Baudot et de Lacoste qui, sans prendre l'avis de leurs deux jeunes collègues, donnèrent à Hoche le commandement supérieur: ce qui assura la victoire à nos armées, la délivrance de Landau et le salut de l'Alsace *. Ce résultat obtenu, Saint- Just et Le Bas voyaient leur mission terminée. Leur situation en Alsace était fausse désormais, avec leurs pouvoirs extraordinaires en présence de collègues qui n'avaient que des pouvoirs illimités, mais qui avaient su s'en servir. Baudot et Lacoste avaient signalé les conflits qui en pouvaient naître et demandaient à être rappelés *. Ils étaient particulièrement froissés de la façon dont leurs jeunes collègues venaient de leur enlever le concours de la Pro-

p. 47; application au citoyen Schauer qui avait refusé de réduire le loyer d'une maison au prix du mcurimum (7 nivôse, ibid,^ n* 51). — Ce ne fut pas, comme on l'a dit, une mesure exceptionnelle prise sous l'empire d'une « inexorable nécessité w. Saint-Just et Le Bas la trouvèrent si bonne qu'ils en firent un article de leur arrêté sur les mesures de si'ireté générale au cours de leur mission près l'armée du Nord, le mois suivant. Voy. ci-dessus, p. 211.

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