Livre bleu, t. I {Copie exacte, elc), p
2. Il n'avait que le titre de commissaire civil, mais c*est lui qui menait tout.
Quanta moi, j'ai toujours connu Schneider, jusqu'au moment de ma détention, comme un patriote, comme un ami de la liberté, comme un homme qui a toujours professé les principes révolutionnaires. Voilà mon sentiment.
Il fut inierrompu par les murmures des tribunes.
Un nouvel orateur réclame le respect de toutes les opinions. Schneider était-il payé par les puissances étrangères? Il ne le croit pas. Mais était-il révolutionnaire ot républicain? Non, car la vertu est le but du répubhcanisme, etc. Qu*était Schneider? un prêtre et un prêtre étranger, un ambitieux, qui a pressenti le succès de la Révolution et s'est jeté dans le parti dont il prévoyait le triomphe. Mais un homme qui aime la Révolution aime les révolutionnaires. Or Schneider les a persécutés; et l'orateur incrimine sa dureté, sa partialité, son inhumanité :
Je sais, ajoute-t-il, qu'il y a un parti pour Schneider, qu'un ancien membre de cette Société, mais qui est rayé, est à Paris pour y prendre sa défense; mais ces intrigants seront dévoilés; il est impossible que ce parti triomphe, car si le crime venoil à triompher, la République seroit perdue, car sa base est la vertu, etc.
D(î vifs applaudissements accueillirent ce discours. Un autre invoque pour juger Schneider ce critérium :
Qui est-ce qui s'est réjoui de sa disgrâce? Ce ne sont pas les aristocrates, ce sont les patriotes. Qui est-ce qui désire son retour? Ce sont encore les aristocrates, et non les sans-culottes.
Un autre dit qu'il a vu Schneider marcher dans le sentier de la Révolution, mais, ajoute-t-il :
Si les crimes dont on l'accuse sont vrais, c'étoit un masque emprunté pour assassiner plus facilement la liberté, et dans ce cas il mérite la mort.
Le courant était décidément contre Schneider. Un nouvel orateur insiste sur son immoralité et sa fausseté, et dit que le tribunal révolutionnaire doit faire tomber sa
tête ; en attendant, il demande que les opinions exprimées soient inscrites au procès-verbal, que le procès-verbal, après une nouvelle discussion, soit envoyé au Comité de sûreté générale à Paris et que Schneider soit, dès à présent, rayé de la Société : ce qui fut voté à Tunanimité.
Mais la conspiration à la tète de laquelle était Schneider a peut-être été la cause de la perte des lignes de Wissembourg. Un membre en fait la remarque et demande qu'une commission soit nommée pour suivre cette affaire. Un autre propose qu'on fasse une adresse aux campagnes pour provoquer des dénonciations sur Schneider ; et il demande que les dénonciations soient anonymes : tant est grande encore la Terreur qu'il a répandue dans les populations.
Toutes ces propositions furent adoptées *.
Le surlendemain, 23 ventôse, Saint -Just faisait à la Convention ce fameux rapport des conjurations contre le peuple français et la liberté, qui devait envelopper les « enragés » et les indulgents dans la même ruine, à commencer par les enragés. Dans les premiers jours de germinal (1-4), c'était Hébert, Ronsin, etc. ; le i2, ce fut Euloge Schneider. L'instruction avait été faite en Alsace. On procéda à Paris dans les formes qui prévalaient déjà au tribunal '. Sur son mariage on aurait pu entendre sa femme elle-même : elle avait déposé en sa faveur dans l'instruction; son témoignage fut supprimé'.
Les amis de Saint-Just dominaient dès lors sans conteste en Alsace. Le 21 floréal, le maire Monet faisait à la Société populaire un discours sur la conjuration de l'étranger dans le Haut-Rhin, où, s'associant à la politique qui venait de sacrifier, les uns après les autres, les enragés et les indulgents à Paris, Hébert et ses acolytes, Danton et ses amis, il formulait un nouvel acte d'accusation contre