Heitz, Sodé lés politiques de Strasbourg, p
Robespierre, Coullion, Sainl-Just et Le Bas (14 thermidor, 1" avril 1794) \
Il y avait pourtant des situations officielles qui faisaient un trop choquant contraste avec le nouvel ordre de choses. Les hommes qui ont le plus épuré dans leur temps sont» assez naturellement, ceux qui, ayant pris la place des autres pour eux et leurs amis, réclament, à un moment donné, sur eux-mômes, le plus énergique coup de balai. Foussedoirc fut envoyé dans le Bas-Rhin pour donner satisfaction aux plaintes qui s'élevaient de toutes parts. 11 exposa, dès son arrivée, Tobjet de sa mission, dans la Société populaire. Ce fut Massé qui lui répondit : Massé un des i)atriolcs arrêtés et envoyés dans les prisons de Dijon, à la suite de la disgrâce de Schneider; Massé qui, soit par l'énergie de son attitude', soit par quelque démarche plus conciliante faite ultérieurement', avait réussi à ne pas être envoyé, comme les autres, au tribunal révolutionnaire de Paris et à revenir à Strasbourg. Il n'avait pourtant abjuré rien de son ressentiment contre Monet et contre la Propagande, et il se trouvait fort à Taise pour démasquer tous les amis de Saint-Just, devenus les détracteurs du Cfililina renversé :
Citoyens, dit-il, si les autorités constituées, si les Républicains de Strasbourg eussent constamment fait leur devoir, si
1. lîeilz, Sociétés poliiiffues de Sfrasbourg, p. 363. — Cf. les autres adresses du directoire du déparlenienl, du directoire du district, etc. (/6iV/., p. 306 et suiv.)
Ph. Riilil écrit de Strasbourg (20 thermidor, 7 août 1794) : • J'ai le 1res sensible plaisir de vous marquer que j'ai trouvé la route de Paris à Slrasbour;; couverte de députations à la Convention nationale pour la féliciter sur le bonheur (|u'elle a eu d'échapper au danger imminent au((iiel elle a clé exposée à la fameuse journée du 9, et que partout l'infâme nom de R»)bespicrrc et de ses complices est en exécration et en horreur. • (Arch. nat., AFll, 164, thermi<ior, pièce 80.) Hentz, dans ses Observations ou Happort sur sa mission près les armées du Rhin et de la Moselle et dans les dépnrtemnds qui en dépendent, rapport où il s*est fait honneur de ses actes despoti(iues, applaudit aussi h la chute de Robespierre. (Bibl. nat., Le^o 78.)
2. Voy. sa lettre à Dièche et celle que lui écrivit sa femme.
3. Voy. Tallusion (pi'y fait Monet dans son discours du 21 floréal. [Livre hleuj Pièces à l'appui de l'Appel, n" 71, p. 126.)
Robespierre n'eût pas envoyé et trouvé des agents de son abominable système, nous n'aurions pas aujourd'hui à gémir sur la mort de plusieurs de nos frères que nous avons lâchement abandonnés *, nous ne serions pas obligés de retracer ici les crimes d'un tas de scélérats encore impunis.
Et après avoir fait sa profession de foi contre tous les partis : — contre le feuillant qui demande un roi, contre rarislocrato qui regrette l'ancien régime, contre Tultrarévolulionnairc qui veut tout égorger, contre Tindulgcnt qui veut tout j)ardonner, contre les Hébertistes qui assassinaient la morale publique, contre les Robespierre qui poussaient les patriotes à la guillotine, — il fait le tableau de ce que Strasbourg a souffert depuis Tarrivée de Saint- Just et de Le Bas, depuis rétablissement du bataillon de la Propagande : la tyrannie organisée; les Jacobins de 1789 traités de feuillants, de contre -révolutionnaires, arrêtés, déportés; la patience et la douceur du peuple do Strasbourg mises aux plus rudes éju'euves; l'Alsacien qualifié de Prussien, d'Autrichien, et menacé de déportation à l'intérieur; se résignant à tout, à Tabolition des séances allemandes dans le club, à la suppression des modes allemandes pour les femmes, acceptant même, ou paraissant accepter, les fêles décadaires substituées aux dimanches, rétablissement du culte de la Raison :
Saint-Just et Lebas firent une proclamation qui ordonna de déchausser les aristocrates de cette commune pour fournir aux besoins de Tarmée; on déchaussa sans distinction tous les citoyens. Cn leur demande leurs bottes, leurs bas, leurs chemises, leurs draps de lits, etc. Ils s'empressent d'obéir, et une partie de ces effets sont encore la pâture des souris et des vers!
On demanda toutes les couvertures de laine pour l'armée, quoiqu'il y en eût 20000 dans les magasins. Tous les citoyens firent ce nouveau don; les pauvres même donnèrent les leurs et celles de leurs enfants. On ignore en ce moment l'usage qu'on cn a fait.
1. Jung, les deux Edelmann, condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris le 29 messidor (17 juillet 1791). Voy. Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris, t. V, p. 37.
Les manteaux des citoyens furent mis en réquisition, il y a près d'un an, et ces manteaux sont encore dans les dépôts où ils ont été apportés, etc.
Étrange accusation ! Ainsi tous ces actes de despotisme n'avaient pas même servi aux armées. On dépouillait les citoyens pour les soldats et on laissait les soldats dans leur misère. On n'avait pas même usé des couvertures que Ton avait en magasin, et tous ces arrêtés n'avaient d'autre objet que de frapper les esprits et de faire sentir la main des représentants ! C'est vraiment à n'y pas croire.
Eh bien, ce fut dans ce temps même où ce peuple donnait les preuves du plus touchant patriotisme que des orateurs de la Société le traitaient de contre-révolutionnaire et qu'un fonctionnaire public * disait que les Strasbourgeois ne valaient rien à Texception des habitants du faubourg de Pierre. Il y avait sans doute un projet de faire passer cette commune pour être en conlre-révolution !
Il terminait en disant :
Je me résume et je demande que les incarcérés, portés sur la liste de la Commission et reconnus suspects et dangereux, restent enfermés, et qu'une Commission soit nommée pour rechercher les auteurs de tous les actes arbitraires et de tous les abus d'autorité qui ont eu lieu à Strasbourg sous la dictature de Tinfame Robespierre, et que ce travail soit présenté au représentant du peuple.
El la Commission fut nommée.
C'était la perte du maire Monet, visé si directement par Massé dans son discours. 11 fut un des premiers mis de côté et après lui les membres du corps municipal attachés à sa fortune *. Le représentant Bailly, qui succéda à Fous-
1. « A ces mots, dit Massé dans une noie de son discours imprimé, le maire s'est reconnu. »
2. On fil une perquisition chez Monet (17 vendémiaire an UI, 8 octobre 1"U4). On y trouva deux caisses contenant des ornements d'église, neufs ou ayant servi ; une troisième caisse, service complet en verrerie fine; deux malles renfermant les habits et linge du citoyen Monet, une superbe carabine, une «» épée d'ordonnance » ; les deux dernières caisses étaient rem-
sedoirc, continua dans le même esprit les épurations. Mais les prisons ne s'ouvrirent pas. On a vu que Massé, dans ses conclusions, demandait qu'on retînt les suspects, et il y eut toujours deux sortes de proscrits, les émigrés et les prêtres. Le tribunal criminel du Haut-Rhin compta de ces deux catégories trois nouvelles victimes *.
J'ai dit que la Terreur n'avait pas cessé en Alsace, même après ce soulèvement contre le nom de Robespierre, même après les épurations pratiquées, parmi les autorités constituées, par les représentants Foussedoire et Bailly. On avait même réclamé tout d'abord le maintien des mesures de Lacoste et Baudot, qui pouvaient être emportées par la réaction (1" fructidor); on avait combattu les mises en liberté réclamées par plusieurs des anciens administrateurs, Noisette et Burger par exemple (7 fructidor) * : Burger qui, le 23 thermidor, avait adressé, de sa prison, au Comité de sûreté générale une nouvelle lettre sur l'oppression dont la ville avait souffert et se ressentait encore '. On pressait le rapport de la Commission chargée de rechercher les crimes de la faction de Dielrich (14 fructidor). La Commis-
plies d'imprimés, de livres reliés. — Procès-verbal dressé sur des effets trouvés dans les appartements de l'ex-maire Monet, {Livre bleu, l. 11, n** 1, p. 1.)
Voy. un autre invenlaire délaillé (ibid.t p. 3).
« Monel père a déclaré qu'il réclame comme à lui appartenant et à son commerce tous les ornements d'église, étolTes de soie et de laine, comme aussi les pièces d'argenterie, comme les ayant réfugiés chez son lils, dans le courant de juin 1792, à cause des voyages qu'il était obligé de faire et de crainte de malheur, ce dont il a requis acte à lui accordé. *»
1. Le 15 brumaire an lll (5 novembre 1"94), Jean-Nicolas-Amand Bernard, ancien curé de Saint-Pierre (district de Benfeld), prêtre déporté : poussé pnr la misère à rentrer en France; « rentré, comme il le dit dans son jugement, pour avoir voulu manger les miettes de pain que l'on ne refuse pas aux chiens, ni aux chats, aux rats et aux souris ».
Le lendemain et le surlendemain, 16 et 17 brumaire (6 et 7 novembre), Jean-Claude Naas, ancien procureur de la préfecture de Haguenau, et Urs Stimpplin, laboureur à Folgensbourg, pour crime d'émigration compliqué de port de faux assignats : ce qui porte à onze en onze mois le nombre des condamnés à mort pour le département. (Véron-Reville, Histoire de la Révolution française dans le Uaut-Rhin^ p. 189.)
2. Extrait des minutes de la Société des Jacobins de Strasbourg. {Livre bleu, t. H, p. 325.)