Livre bleu, t. I (!«' morceau), p. vm-xi
sion fit son rapport le 17 : parmi les dénoncés se trouve André Ulrich, Téditeur du recueil auquel nous avons emprunté tant de documents curieux sur la Révolution à Strasbourg dans cette période si courte et si pleine. Il fallut pourtant revenir sur la rigueur des principes à l'égard des émigrés : trop de malheureux, comme dans le Doubs, avaient profité du voisinage de la frontière, pour se soustraire à la persécution *.
Quant aux prêtres, on était bien moins porté à rien rabattre de la sévérité des lois à leur égard; la haine de la religion n'épargnait même pas les nîonuments de son culte. Le 7 thermidor, le directoire du département du Bas- Rhin avait demandé Tadhésion de la Société populaire à une adresse qui sollicitait des représentants Hentz et Goujon la démolition de tous les clochers :
Plus de clochers, plus d'insultes à Tégalité, plus d'aliments à la faiblesse et au crime ^,
Les églises n'avaient été conservées que comme temples de la Raison. La liberté des cultes allait être proclamée par la Constitution de Tan III, mais il y avait les lois existantes qui restaient en lutte contre les lois nouvelles. Le décret du 3 ventôse (21 février 1795) portait : « Texercice d'aucun culte ne peut être troublé », et nonobstant on disputait les églises aux catholiques au nom de l'égalité, attendu, disait le conseil général du district de Belfort, « que la liberté des
1. Par un décrel du 28 frimaire an III (18 décembre 1791), le représentant Bar fut envoyé en Alsace pour faire enquête sur les émigrés des deux départements, victimes des vexations de Saint-Just, qui sollicitaient leur rentrée dans leurs foyers (séance du 28 frimaire, A/oiii7eur du 30 frimaire, 20 décembre 1194, t. XXII, p. "83) : décret qui provoqua le retour d'un grand nombre d'émigrés sous prétexte de réclamations et qui, à cause de cela, fui rapporté dans la séance du 18 niv<^se (7 janvier 1795). Ce fut à grand'peine (|uc ceux qui étaient rentrés sur la foi de ce décret du 28 frimaire obtinrent un délai pour repartir. (Séance du 18 nivôse, Moniteur du 20, 9 janvier 1793, t. XXlll, p. 168.) Quelque temps devait s'écouler encore avant qu'on leur rouvrît les portes de la patrie. (Voy. le rapport déjà cité d'Harmand de la Meuse, 7 fructidor an V, 24 août 1797,1. XXVHI, p. 784.)
2. Livre bleu, t. I, n^» 93 et 9i, p. 172. — On voulait bien excepter, cette lois, la flèche de Strasbourg.
eu. XXXll. — JUSTICE RÉVOLUT. EN ALSACE 401
cultes serait détruite si aucun avait un local plus remarquable \ » La Convention avait pourtant fait un pas de plus : un décret du 11 prairial an III rendait les églises au culte, à la charge de les reprendre dans Tétat où elles se trouveraient; et une circulaire du 29 du même mois disait que le but de la loi était « d'assurer et de faciliter de plus en plus Texercice du culte ». On exigeait des ministres la soumission aux lois de la République; mais on ne leur assurait pas le bénéfice de celles dont quelques-uns auraient pu tirer avantage :
Il serait inutile de vous faire observer, ajoutait la circulaire, que la constitution civile du clergé n'est plus une loi de la république, s'il ne s'était élevé à cet égard des prétentions qui ne peuvent désormais être autorisées.
Plus de prêtres constitutionnels, plus de prêtres réfractaircs, voilà la conclusion que Ton en tirait, et beaucoup de prêtres, exilés volontairement ou déportés en raison du serment, se crurent en droit de rentrer en France. On ne l'entendit pas ainsi, et Ton appliquait aux prêtres rentrés, sinon la peine de mort, au moins colle d'une déportation nouvelle, en vertu d'un décret du 12 floréal an III (1" mai 1795) qui avait adouci la législation à leur égard. Les persécutions recommencèrent donc ou, pour mieux dire, continuèrent jusqu'au delà du règne de la Convention *.
1. Véron-Rcville, la Révolution française dans le Haut-Rhin, p. 2 il*.