IV
Le général Biron.
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Biron, si connu à la cour de Louis XV et de Louis XVI sous le nom de duc de Lauzun, avait, dH la création de Tarmée du Nord, exercé un commandement important sous le maréchal de Hochambeau. Le 25 décembre 1791, il écrit de Valenciennes que Ton cherche à travailler les soldats. Mais sa santé laissant à désirer, pour la soigner, le i 4 janvier 170*2, il demanda au ministre de la guerre Narbonne de renvoyer en Corse. On lui donna une tout autre mission : ce fut d'aller acheter des chevaux en Angleterre (20 janvier) ; dans une lettre du 22 février, il parle des désagréments qu'il a éprouvés durant son voyage. A celte époque, le 23, Narbonne lui offrit de prendre le commandement des troupes rassemblées sur la frontière du Piémont, lï accepta (25 février] ; mais, en attendant, il exprima au ministre le désir de reprendre son ancien poste à Valenciennes. Il était fort apprécié dans cette ville. Quand on y sut qu'il devait partir, le maire (Perdry le cadet) et les officiers municipaux firent une démarche pour le garder (9 mars 1792). Bien qu'homme de guerre, Biron désirait la paix; et quand Dumouriez devint ministre des Affaires étrangères, il lui exposa les avantages d'un rapprochement avec l'Angleterre; ce rapprochement était plus souhaitable que jamais au moment où Ton allait rompre avec les puissances continentales. En ces circonstances, le péril était au Nord. Biron, à qui on offrait le commandement de l'armée du Midi, le refusa, préférant servir sur la frontière menacée. Dans une lettre à Dumouriez (31 mars), il se montrait affligé de voir l'armée du Nord réduite à la défensive, ce qui était s'ôter le moyen d'entrer dans le Brabant. Dumouriez devait abonder dans ce sens : il partageait également avec lui les déOances que l'on avait alors à l'égard de Lafayette. (Lettres du 7 et 13 avril, Biron à Talleyrand; Du-
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mouriez à Biron.) La correspondance du général et du ministre est fort active à la veille d*unc déclaration de guerre. Nous avons dit la part de Biron à l'action militaire dès que cette guerre fut déclarée. (Dépôt de la Guerre, aux dates.)
Karmée de Lafajette après le 10 août.
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On peut suivre dans la correspondance des généraux et du ministre de la Guerre le triomphe de la révolution du 10 août au sein de cette armée qui eiU été la mieux préparée à lui faire résistance. Lafayette écrit, du camp retranché de Sedan, à Dabancourt, le dernier ministre de la Guerre de Louis \VI (12 août 1702) :
« J'apprends, monsieur, qu'il y a eu de grands mouvements à Paris, et vous sentez que j'attends avec anxiété des nouvelles plus exactes que celles qui me sont panenues. I^s désordres de la capitale sont sans doute payés par les puissances étrangères pour aider la contre-révolution. »>
Mais le ministre de la Guerre qui reçoit sa lettre, c*est Servan, le ministre de la révolution accomplie. 11 lui répond (16 août) « qu'il pense comme lui que les désordres de la capitale ont été excités par les puissances étrangères, mais la vigueur du peuple a de nouveau vaincu le despotisme ».
Le 18 août, les événements se pressent. Dumouriez est nommé au commandement de Tarmée du Nord. Le ministre, en le complimentant, lui dit que son autorité s'étend de Dunkerque à Montmédy et lui donne carte blanche pour les mouvements de ses troupes. — Le général écrit à TAssemblée qu'il va marcher sur Sedan pour délivrer les représentants arrêtés par la municipalité de cette ville I/Assemblée décrète que tout le conseil général de la commune, complice de Tattentat , sera mis en arrestation, et que tous les citoyens de Sedan répondront, sur leur tête, de la vie et de la liberté de ses commissaires. (Moniteur du 20 août, t. XIII, p. 456.)
Le ministre avait rappelé Lafayette, et des mesures allaient être prises contre lui. Il les prévint en passant la frontière. Le 19, un capitaine autrichien annonce à Clairfayt qu'il vient d'arrêter MM. de Lafayette, Latour-Maubourg, Alexandre de Lameth, etc., qui voulaient passer en Hollande; et l'on a du même jour la protestation de Lafayette et de ses compagnons contre cette arrestation contraire au droit des gens.
22 août. Le ministre de la Guerre à Dumouriez. Lafayette a émigré :
qu'il aille à l'armée de ce général pour en diriger l'esprit. Keller-
mann va prendre le commandement de l'armée de Luckner; qu'i
se concerte avec lui. ]
Le 23, Dumouriez répond qu'il préfère rester dans le département
du Nord, pour préparer les moyens d'entrer dans les Pays-Bas. Des
succès dans la Belgique balanceraient la perle de deux ou trois places dont Tennemi parviendrait à s'emparer.
A la même date, il dit qu'il a chargé Dillon de commander Tarmée de Lafayette et il apprend que TAssemblée vient de le suspendre; il appuie ce que les commissaires ont écrit à T Assemblée en faveur de ce général.
24. Le ministre à Dumouriez. Qu'il tâche de remplacer Dillon. Le Conseil a vu avec peine qu'il Tavait chargé de commander le corps d'armée de Lafayette.
25. Dillon rend compte de ses opérations. Ce compte rendu lui at-il ramené le ministre? l\ est plus probable que le ministre a été surtout frappé du péril de rappeler, en ce moment, un général placé à la tête du corps d'armée qui fait face à l'ennemi. L'ennemi vient d'occuper Longwy. Le ministre prescrit à Dillon, le 26 août, de prendre les mesures réclamées par les circonstances. Dans une lettre du 29, Dillon se plaint à Servan d'avoir été calomnié.
A cette même date, Dumouriez écrit au même ministre qu'il a visité l'armée des Ardennes, et il expose l'état pitoyable où elle se trouve par la faute de Lafayette, dit-on, ou, plus vraisemblablement, par la faute de ceux qui Tout mis dans le cas de quitter son armée. L'armée n'est point de force à défendre la Meuse.
L'ennemi a pénétré avec 50 000 hommes par Longwy et avec 15000 à 20 000 par les trouées de Bouillon, Maure, Sainte-Cécile et Pin, et rien ne peut l'empêcher de pénétrer dans l'intérieur de la Marne.
Le seul moyen d'arrêter sa marche sur Paris serait de rassembler à Chdlons tous les fédérés et le camp de Soissons pour disputer le passage de la Marne. Une diversion puissante en Belgique serait peutêtre l'unique moyen de sauver la France.
Le 31 août, il confirme au ministre que les ennemis ont pris Longwy. Ses communications du côté de Thionville et avec Kellermann sont coupées. Il est campé à Bazeille, ayant son avant-garde à Mouzon. Stenay est occupé par Miaczinski pour défendre Montmédy. Faute de troupes et de moyens de subsister, il ne peut empêcher l'investissement de Verdun, et il sera obligé d'abandonner le cours de la Meuse, pour se porter par Chémery, Brieulles et Grand-Pré, sur la rivière d'Aire et pour défendre la trouée d'Autry, en portant des corps détachés sur les gorges de Saint-Menehould (armée du Nord, aux dates). Ce sont les préliminaires de la campagne de TArgonne.
Campagne de l'Argoniie.
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Il est intéressant de suivre, jour par jour, les dispositions prises dans cette campagne. Voici l'analyse de quelques pièces de la correspondance de Dumouriez, soit avec le ministre, soit avec les généraux. Les représentants en mission n'apparaissent qu'à la fin.
!*''■ septembre. Dumouriez, en annonçant à Servan que Verdun est assiégé, lui mande qu'il marchera le lendemain sur le Chêne-Populeux, Vouziers, Autry, où il sera le 4; et le même jour, Servan, de son oûté, lui dit de réunir et de concentrer ses troupes vers l'Argonne et le ciermontois; en cas de revers, défendre la Marne et menacer l'ennemi sur SCS derrières; gagner du temps. On adopte son plan sur la Belgique.
2. Dumouriez au ministre. Il regrette que la désorganisation de l'armée du Centre ne lui permette pas de suivre son grand plan de défense. Il n'a pas attendu les ordres pour se placer dans les trouées de l'Argonne.
5. Le ministre à Dumouriez. Luckner est arrivé à Chàlons; il va tâcher de grossir le corps qu^il rassemble.
Même date. Dumouriez à Luckner. Il lui dit ce qui s'est passé depuis qu'il a remplacé Lafayette; ses tentatives inutiles pour secourir Verdun; la position qu'il a prise à Yoncq, Beaumont et Mouzon. L'ennemi suppose qu'il sera attaqué et se concentre à Brouenne ; il prolitc de son erreur pour se rapprocher des gorges de l'Argonne; il occupe la trouée de Grand-Pré, et il indique les dispositions de défense prises sur ce point. Verdun s'est rendu le 2. Les troupes de Poiit-sur-Sambre ont été postées au débouché du Chént' Populeux; la Champagne se trouve ainsi entièrement garantie; il fait venir les troupes des camps de Maulde et de Maubeuge et réunira par là 85 000 hommes. — Il cherche à établir ses communications avec Kellerniann.
6. Moreton, qui commande l'armée du Nord, à Servan. ï^s ordres de Dumouriez seront suivis. Il restera oOOO hommes au camp de Maulde après le départ de Beuruonville avec les troupes demandées par Dumouriez.
7. Dumouriez à Servan. Il croit, avec Kellerniann, que les Prussiens veulent passer l'hiver dans les Évêchés et en Lorraine; du 24 au io il aura réuni des forces suffisantes pour se joindre à Kellerniann et donner bataille.
Même date. A Kellermann. H partage son o[)inion sur l'intention des ennemis qui ne paraissent pas en vouloir à Paris, mais plutôt à Metz; détails sur les positions en Argonne; oo qu'il compte faire des Il 000 hommes de Heurnonville; qu'on le renforce au besoin, si l'ennemi marche sur Paris.
Même date. Le ministre à Luckner, yénéralisisme des trois armées du Nord, du Centre et du Rhin. Il compte sur «on activité; ne pas laisser d'approvisionnements à l'ennemi.
8. Luckner à Dumouriez. Il approuve le moyen dont il a usé pour se procurer des subsistances; il partagera les troupes qui lui arrivent entre lui et Kellermann .
Même date. Dumouriez à Luckner. Il commence à savoir que les Prussiens veulent marcher sur Paris.
Dumouriez à Biron. 11 lui fait connaître sa position dans les défilés de l'Argonne.
APPENDICES i07
Uumouriez à Servan. Sécurité.
10. Le ministre à Dumouriez.il le prie d'envoyer Beurnonvillc commander dans le Nord et Dampierre à Lille; tout se désor^^'anise sur cette frontière. More ton a Tordre de se retirer avec toutes ses troupes dans les places fortes, en cas qu'il ne puisse tenir la compa^^ue.
Dumouriez (de Grandpré) au général Duval. Ordre de venir à lui ; ce qu'il faut faire pour garder le Chêne-Populeux.
Dumouriez à Luckner. L'avant-garde de Diilon a été repousséc. Dispositions qu'il prend pour suivre l'ennemi, sur ses derrit-res ou sur les flancs, et gagner avant lui la trouée de Villers-en-Argonne.
Dumouriez à Diilon. 11 quitte le camp de Grand-Pré, lui ordonne de couvrir Sainte-Menehould. Mesures qu'il devra prendre pour défendre les Grands-lUettes ; faire sonner partout le tocsin pour assembler les paysans.
i3. Dumouriez (de Grand-Pré) à Kellermann. L'ennemi a pénétré par le chemin de Boult à Vouziers et par la Croix-aux-Bois, Ce qui a passé ne peut être qu'une légère avant-garde; mesures à prendre. Après la jonction des difTérents corps dans l'Argonne, les Français auront <)0 000 hommes à opposer à l'ennemi dans trois ou quatre jours.
14. Chazot à Dumouriez. Il a été forcé à la retraite; les Prussiens avaient 12 000 hommes, il n'en avait que 5000 à leur opposer. 11 va se retirer à Vouziers.
A la même date. Rapport de Chazot sur l'attaque de la Croix-au.x- Bois.
Le brouillon d'une lettre trouvée dans la poche du prince de Ligne, tué à l'afTaire de la Croix-aux-Bois, montre que les envahisseurs n'étaient pas enivrés de leurs succès :
« Nous commençons à être las de cette guerre où messieurs les émigrés nous promettaient plus de beurre que de pain ; mais nous avons à combattre des troupes de ligne dont aucune ne déserte, les troupes nationales qui restent, tous les paysans qui sont armés ou tirent contre nous ou nous assassinent quand ils trouvent un homme seul ou endormi dans une maison. » (Armée du Nord, 14 septembre.)
Le Pouvoir exécutif avait des commissaires sur les lieux, entre autres Billaud-Varenne, alors substitut du procureur de la commune de Paris, etC.-A. Prieur, qui allaient entrer dans la Convention, Ronsin qui préludait à un autre rôle, Choderlos-Laclos et Rolland, etc. Le 14 septembre, Billaud-Varenne écrit à ses collègues C.-A. Prieur, Beaupuy et Broussonet : a L'alarme s'est répandue à tort dans Chàlons : le poste de la Croix-aux-Bois est forcé; mais l'armée s'est repliée derrière la rivière d'Aire. Dumouriez lève son camp pour éviter d'être tourné et se rapprocher de Kellermann et de Beurnonville; il a été prendre position à trois lieues de Sainte-Menehould. »
16. Dumouriez à Luckner. Détails sur la terreur panique que 1500 Prussiens ont mise dans son armée : 4 canons perdus, etc. Il va prendre position en avant de Sainte-Menehould; il demande des munitions.
Même date. Proclamation des commissaires civils du Pouvoir exé-
catif à Tarmée ilu Nord en Champagne, à ce sujet. Signée Billaud- Varenne, eU:.
Même date. I.uckner à Dumouriez. Celte affaire a jeté la terreur dans les troupes qui allaient le rejoindre, et il ajoute sur les volontaires : « Je ne puis pas vous dire si tous aurez du renfort ou non, parce qu*un instant ils consentent à partir et Tinstant d'après ils ne le veulent plus, à moins d'être tous les Parisiens ensemble. >»
17. Ronsin et Rolland, commissaires du pouvoir exécutif, après s*étrr concertés à Chàlons avec le général Bourdonnay (sic) et à Soissons avec les administrateurs du district, requièrent le sieur Chadelat. adjudant général, de faire partir successivement, à dater de c«* jour il7 septembre;, pi»ur les armées actives commandées par Kellermann et Dumouriez tous les volontaires armés.
Même date. Choderlos-lMiclos. commissaire du pouvoir exécutif. annonce au ministre de la Ciuerre que toutes les mesures sont prises pour le départ dos volontaires.
18. Dumouriez au ministre. Détails sur ce qui arrive à son armée depuis qu'elle a occupé les défilés de r.\rt;onne.
Bataille dr Valmy, 20 septembre. Kellermann en rend compte au ministi-e le 21 :
Les ennemis attaquent à la pointe du jour; le général Després- Crassier se replie avec l'avant-garde. M. de Valence, à la tête des grenadiers, se soutient longtemps sur une hauteur. L'ennemi, favorisé par une nombreuse artillerie, prolonge sa droite. Malgré le désavantage de la position, lui-même reste en bataille depuis sept heures du matin jusqu'au soir sans être attaqué, la journée s*est passée à se canonner de très [très... Belle conduite de M. de Chartres (Louis-Philippe) et de M. de Mont|)ensier. Dumouriez est venu de sa personne plusieurs fois.
<« Ils n'ont jamais osé m'attaquer, malgré la bien grande différence de nombre et la journée s'est passée en une canonnade de 14 heures de très près. »