RUMPLER
Schneider, le 7 juillet, lui répond que le cas ne donne pas lieu à une plainte en justice :
« Vous ve z l'air de le regarder comme un blasphème; vous ne savez donc pas qu'il y a une distance infinie entre Dieu et les hommes t\\\i se disent ses délégués...
1. Arch. nat., AFII, 22, dos. 69, pièce 4S. Voy. ci-dessus, p. 380, note 1 .
2. Kxtrail des registres du tribunal criminel du Bas-Rhin. (Bibl. nat.^ Lh*i 3885, in-r.)
« Je vous renvoie donc, citoyen, vos pièces, avec invitation d'être dul'énavant plus modéré et plus circonspect dans la manière d'énoncer vos opinions sur les autorités constituées de notre département. »
Il traitait assez familièrement lui-même les autorités constituées. Dans une harangue aux nouveaux administrateurs (8 octobre {19'.\). il leur disait :
« Quand vous serez une fois assis chaudement sur vos sièges, vou> ne voudrez plus entendre mes bons conseils.
u Ne faites aucun cas des applaudissements, car on applaudit au i-lub pour se chaulTer les mains. »
Et il disait des généraux (10 octobre) :
« La plupart de nos généraux sont des traîtres. A qui s*en prendre? A nous. ))
11 disait encore aux Jacobins, le 17 octobre, après la perte des lignes de Wissembourg :
u Nous avons été trahis par la négligence de nos représentants <lu peuple et de nos généraux et par la légèreté de nos soldats...
« Ne vous laissez point induire en erreur si par hasard un représentant du peuple vous dépeint, avec une précieuse éloquence, au club central à l'hôtel de ville de Strasbourg... » (P. 92-98.)
En sa qualité de prêtre apostat, il exalta surtout le culte de la Haison. Le nouveau culte avait été proclamé le 27 brumaire (17 octobre 1793) et on l'inaugura par une fête le décadi suivant. Schneider an parla dans un article de son journal VArgoSy intitulé Saint-Deoi'H, Il y disait : «< Un voyageur allemand qui viendrait un jour à Strasbourg et qui demanderait, où est la cathédrale? on lui répondrait : Nous ne connaissons jilus rien que le temple de la Raison; — où demeure Mgr Tévèque? où loge monsieur le pasteur? on lui dirait : nous ne connaissons pas ces étres-là ; et je parie si le voyageur était Jésus-Christ ou Martin Luther, il verserait des larmes de joie et s'écrierait : C'est là ce que nous avons désiré, c'est ainsi que cela doit être! »
Puis venait la description de la cérémonie : musique à grand orchestre :
« xMais, dit-il, il n'y en eut pas de plus agréable que celle des cidevant prêtres catholiques qui abjurèrent...
u Vers la nuit, la ville fut illuminée ainsi que la guillotine sur la place d'Armes, autour de laquelle on dansait la carmagnole. Oh ! chère guillotine, quel bien tu fais! Tu as rendu sage celui qui, sans toi, sa vie durant, serait resté un imbécile » (p. 109).
chère guiUoUne, quel bien tu fais! — Il en fit bientôt lui-même Tcxpérience et à Strasbourg et à Paris.
Mission de Hérault de Séchelles dans le Haut-Rhin.
Un agent du ministre des Affaires étrangères, Darbelot, lui écrivait tle Colmar, 8 nivôse (28 décembre i793) :
« Ilàte-toi d'engager la Convention et le Comité de salut public de remettre sous la présidence d'un représentant du peuple le département du Ilaut-Rhin... Le département a toujours été en dessous de la révolution *. »
C'est Hérault de Séchelles qu'on y envoya, et son premier soin fut de demander que l'agent du ministre demeurât auprès de lui.
La mission de Hérault était purement politique, et c'est ainsi qu'il la comprit : guerre non à Tennemi comme dans le Ras-Hhin, mais aux conspirateurs. Un simple extrait du rapport * qu'il en fit à la Convention suffira pour en donner une idée :
« Un orateur avoit prononcé peu de temps avant mon départ h la tribune des Jacobins de Paris, ce mot fameux, le seul qui nous ait délivré de nos ennemis : que la terreur soit à Vordre du jour. Ce qu'il a dit, je l'ai fait. En arrivant à Belfort j'ai fermé les portes de la ville, et au même instant j'ai envoyé fermer pareillement celles de Colmar. >» — Il a fait des visites domiciliaires, des arrestations de suspects. — Les suspects, trop près de la frontière dans le Haut-Rhin, ont été envoyés à Langres.
« Lorsque j'arrivois dans une commune, j'avois pour méthode, après avoir pris les renseignement nécessaires et conféré avec tous ceux qui pouvoient m'éclairer ou sur les autres ou sur eux-mêmes, de rassembler le peuple entier dans quehiue vaste édifice, et là de le consulter non seulement sur ses intérêts et sur ses besoins, mais encore sur toutes les personnes dont la domination et le crédit pouvoient peser sur lui !» — Il a renoncé au moyen. — « Je me suis convaincu, non sans un vif regret, qu'il ne convenoit pas à un pays où le peuple, trop souvent en puissance des ambitieux qui veulent l'asservir, ne s'énonce point sur leur compte, tant qu'il les craint, et prodigue de désespérantes acclamations à des êtres qui sont évidemment des ennemis. C'est ainsi que plusieurs fois, il m'a fallu prendre à l'inverse les applaudissements; et lorsque j'avois mis en prison quelqu'un de ces administrateurs puissants que l'on eût cru soutenu de ses concitoyens, je recevois ensuite les bénédictions de ce même peuple, et souvent les dénonciations les plus précises sur le compte du dominateur écarté. En général, soit que les extrémités d'une République soient plus froides que les points centraux où se forge la Révolution,
i. Arch. du min. des Affaires étrangères, Franco, rcg. 330, f* 258. 2, Bibl. nat., LeS», 52.
soit que le souvenir d*une longue obéissance, ou le caractère des habitants de ce pays, porté à une patience plus longtemps concentrée avant l'explosion, semble émousser ou susprendre les armes avec lesquelles on se poursuit ailleurs, il est certain que la dénonciation est presque nulle ou au moins qu^elle n'existe pas assez dans le Haut- Rhin » (p. 8-49).
Il a établi un comité d'activité révolutionnaire; — non comme les comités centraux que le Comité de salut public vient de supprimer: c'est une commission d'hommes choisis par lui et qu'il tient sous la main, sept bons patriotes qui sont les instruments de son action; de plus, pour agir aux alentours, il a des commissaires civils.
Il envoie à la Convention son arrêté à ce sujet. C'est l'espionnage organisé avec la force publique à Tappui (p. 14 et suiv.), comme on le peut voir encore dans son Instruction pour les commissaires civils (p. 18) : — Rechercher, faire arrêter sur-le-champ et conduire à la maison d'arrêt de Colmar les émigrés, les ecclésiastiques dénommés dans les lois des 21 et 22 avril dernier et 22 et 30 du i®' mois de Tan II; les déserteurs, etc., etc.
Tribuoal criminel du Haut-Rhin.
(Page 36-2.)
Le tribunal criminel du Haut-Rhin, depuis le 2i septembre 1793 jusqu'au 7 juin 1794 (9 messidor an II), prononça onze condamnations à mort *, entre autres Alexis Vassier, à Nancy, comme émigré et porteur de faux assignats '. On peut voir quelle était la principale matière de ses jugements, dans un état des détenus du district de Colmar pour cette époque. (Arch. uat., AFII, 136, dossier 8, pièce 35.) Comme dans le Bas-Rhin, les aristocrates que Ton détient ce sont en général des journaliers.
Les dates que nous venons de donner marquent assez qu'il avait continué de juger, comme dans le Bas-Rhin, après la suppression du tribunal révolutionnaire de Schneider, opérée le 3 ventôse. Il avait été renouvelé par le représentant Foussedoire, et son président Rapinat, remplacé par Broucta. J'ai dit que les peines qu'il prononça furent alors relativement peu graves. Les seules victimes qu'il immola furent des émigrés : le 22 floréal (14 mai), Léger Durrig, jeune téméraire» qui, ayant quitté le pays pour échapper aux vexations d'un comité de surveillance, avait eu l'imprudence de revenir avec cette marque indélébile attachée à son nom; le 16 prairial (4 juin), Jacques Wbi- BBLL (de Wattwiller), qui avait fait partie de la légion de Mirabeau ; le
1. Voy. Berriat Saint-Prix, dans le Cabinet historique, t. I, p. 28».