‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 23 sur 225 · Armée du Nord, 24 novembre · texte numérisé non relu

Armée du Nord, 24 novembre

2. Le 3 décembre, La Bourdonnaye se plaint au Ministre d'être remplacé par Miranda, dont il dénonce les mauvais procédés; il lui demande s'il est destitué du commandement de l'armée du Nord, et dit en P.-S. : « Vous auriez dû, citoyen ministre, autant pour l'économie que pour tenir Jes généraux dans votre dépendance, laisser, malgré lui^ au général Dumouriez l'armée des Ardennes, parce que, ne voulant point d'armée en particulier, non seulement il les commande toutes, mais même il les nomme, et dans ce moment il travaille à nommer de nouveaux généraux, v {Ibid., à la date.)

3. Dunkerque,8novembre:DoulcetetDuhem ont visité Saint-Omer,Cassel et Bergues; ils se plaignent de la mauvaise conduite des grenadiers de Soissons; quatre-vingt-dix-huit ont été arrêtés; éloge des autres. — Calais,

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missaires de Pache étaient plus que suspects; et iL était

arrivé aussi une foule de jacobins sans mission, qui enten-

«laient révolutionner le pays à leur manière et devaient

bientôt le soulever contre eux-mêmes et contre nos armées.

Dumouriez put voir bientôt que notre domination n'avait

pas en Belgique de pires ennemis. La bataille de Yalmy

avait amené Tévacuation du territoire; la bataille de Jem-

mapes la conquête de la Belgique; mais nos adversaires,

quoique battus, n'étaient pas détruits. Pour les détruire, il

eut fallu que les deux armées qui formaient notre droite

sur cette vaste ligne, de Dunkerque à Strasbourg, les armées

(les Vosges et du Rhin, y concourussent. Or ces armées se

trouvaient, pour leur compte particulier, engagées dans

une aventure qui faisait négliger tout le reste.

On a vu que Biron commandait Tarmée du Rhin, et Gustine, sous le commandement supérieur de Biron, Tarmée des Vosges, chacun gardant, pour sa part, la frontière. Une occasion s'offrit à Custine de la franchir. La retraite des Prussiens après Valmy laissait à découvert le Palatinat. Il y entra, prit, sans difficulté, Spire, Worms et, h Taidc d'intelligences habilement entretenues avec une population peu attachée à son souverain ecclésiastique, il fut reçu dans Mayence, le 21 octobre 1792. Le principal pont du Rhin, la grande entrée de T Allemagne, était à nous, avant même que Dumouriez eût fait le premier pas en Belgique. Un tel succès était bien fait pour étourdir et troubla évidemment les vues stratégiques du général. Il aurait pu, des-

12 novembre : Doulcet et Duhem ont visité les arsenaux de Gravelines et <le Calais. Us y ont trouvé 10 000 fusils de rebut, d'où l'on pourrait tirer 3000 à 4000, meilleurs que ceux que Ton tire à grands frais de l'étranger.— Lille, 23 novembre : Daoust, Delmas et Duhem : Grande fête civique pour nos victoires. Le grand aigle de bronze, rapporté du beffroi de Tournai, ^ été traîné dans les rues; ils ont visité Quesnoy [sur Deule], Comines, Tourcoing et prononcé des harangues patriotiques; la lettre est de la main de Daoust (l'ancien marquis d'Aoust). (Aulard, Recueil des actes, etc., &QX dates.) — Voyez encore le rapport de la V* mission des commissaires Delmas, Dubois-Dubais et de Bellegarde, novembre 1792. Il y en a un exemplaire dans les cartons des armées du Nord et des Ardenncs, à cette date.

3i LES REPRÉSENTANTS EN MISSION

ccndant le Rhin, pousser jusqu'à Coblentz, dont les habitanls n'étaient probablement pas plus fanatiques de leur souverain, Tarchevêque-électeur de Trêves, que ceux de Maycnce de leur archevêque-électeur. Il aima mieux passer le Rhin et aller dans la pure Allemagne recevoir la soumission de la ville impériale de Francfort. Son éblouissement était partagé en France. Le Conseil exécutif, la Convention elle-même ne juraient plus que par Custine. Lo général, naguère subordonné à Biron, reçut le pouvoir de lui commander, et il lui donnait des ordres sans même que Biron eût été directement informé de ce changement d*état *. Custine ne se contentait pas d*user de Tarmée du Rhin, comme de sa réserve; il eût voulu que Kellermann le secondât avec Tarmée de la Moselle. Il le pressait d'entrer dans la vallée de la Moselle, de prendre Trêves et de pousser jusqu'à Coblentz où lui-même avait eu* le tort de ne pas aller, et il priait la Convention de lui en donner Tordre. Que ne pouvait-on pas attendre, en effet, si Kellermann arrivait à Coblentz et si Custine, le rejoignant, descendait le Rhin avec lui, tandis que Dumouriez, maitre de la Belgique, occuperait les rives de la Meuse?

Ces idées travaillaient en même temps et Dumouriez et Custine. Dumouriez aussi avait vu son plan s^agrandir à mesure qu'il allait plus avant, selon son adage : vires acquit rit eundo. Dans la lettre qu'il écrivait de Bruxelles au Ministre le 14 novembre, il lui disait que si Trêves et Coblentz étaient à nous sous quinze jours et que son collègue de l'armée de la Moselle fut à Cologne dans un mois, il prendrait ses quartiers d'hiver entre la Meuse et le Rhin. Ces vues allaient très bien aux projets de Custine; mais

1. Le ministre des Aiïaircs étrangères écrit à la fin d'octobre qu'il attend de nouveaux succès de Custine. Les peuples sont tranquilles à rapproche de nos armées. Le Ministre compte sur les sentiments de fraternité qui nous lient à tous les citoyens opprimés. — Des lettres mentionnent une députation de Francfort. Les Français n'y trouveront que des amis. L'archevêque-électeur de Trêves a fui de Coblenz, etc. (Armée des Vosges, octobre 1792.) — Voy. encore la note V aux Appendices.

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pour cela il avait besoin que Keliermann entrât dans la vallée de la Moselle. Or Keliermann déclara que dans Télat dé fatigue et de dénuement où était son armée, avec des soldats qui n'avaient ni vêtements ni chaussures, il lui était impossible de faire un pas en avant. Ce fut un sujet de polémique entre les deux généraux et de plaintes au Ministre. Keliermann, dans deux lettres des 27 et 30 octobre, expose à Fabre d'Églantine les motifs qui Tempèchaient de seconder Gustine. Avec une armée de 30000 hommes manquant de tout, il ne pouvait passer sur le corps de Hohenlohe dont les forces étaient doubles ; et il écrivait au Ministre dans le môme sens. Mais le Ministre lui manda que des mesures étaient prises pour lui fournir tout ce dont il avait besoin et le pressa de répondre à l'appel de Gustine (30 octobre).

Ces prétendues mesures ne donnèrent rien, et Keliermann ne bougeant pas, Gustine s*indignait ; il s'en plaignit à Biron, il dénonça au Ministre et à la Convention celte inaction qui faisait manquer la fin d'une si belle campagne *. Évidemment les deux généraux ne pouvaient plus marcher ensemble. Keliermann fut envoyé à l'armée dos Alpes et remplacé à l'armée de la Moselle par Beurnonville*.

Beurnonville était un lieutenant de Dumourioz : il devait donc seconder ses vues, et c'était répondre aux vues de Gustine : car Dumouriez pensait, comme Gustine, « qu'il ne fallait pas poser les armes avant d'être assuré que le Rhin servirait de limites à l'empire français » (29 novembre). Avec l'armée de la Moselle, il tenait pour l'un comme pour l'autre la clef de la situation. Il essaya de faire ce que Keliermann avait déclaré impossible. Il commença son mouvement sur Trêves, réclamant, d'ailleurs, pour l'opérer, le double concours de l'armée du Nord et de l'armée des Vosges : que Valence de l'armée du Nord se porte sur

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