Dépôt de la Guerre, armée du Rbiq, aux dates
lui que trop de gens disposés à lui faire des avances. Cela le mettait en conflit avec le Conseil exécutif qui, à Paris, entendait régler tout. Cambon fit à ce sujet, le 22 novembre, un rapport ou il malmène le commissaire ordonnateur Malus, un agent de la Trésorerie, Petit-Jean, que Dumouriez avait fait payeur général en entrant en Belgique, et un abbé d'Espagnac, prêt à traiter d'une foule de choses que son titre ne comportait pas *. Cela blessa profondément Dumouriez. Il écrivit le 25 novembre à la Convention pour prendre la défense des trois personnages et assumer la responsabilité de leurs actes, persistant à demander l'autorisation de passer seul tous les marchés pour Tapprovisionnement de
I armée, et les traites pour le numéraire nécessaire à la solde :
Ce n'est donc point aux administrateurs durement traités, ce n'est point au citoyen d'Espagnac qu'il faut faire le procès, c'est à moi. Si les emprunts faits pour sauver l'armée sont des crimes, si l'abdication que j'ai faite de tout emploi après la paix ne vous rassure pas sur mon caractère moral, si les erreurs de Cambon sur un général victorieux deviennent l'opinion générale, traduisez-moi à la barre, sacrifiez-moi, j'aurai trop vécu. Je préfère la liberté et ma patrie à tout. Ma tête supportera avec le même calme les lauriers et la hache. Mais épargnezvous les regrets et à moi la douleur de voir punir des agents qui n'ont fait qu'exécuter mes ordres dans des emplois qui n'inspirent pas autant de soupçons que mes exploits (extrait d'une lettre) *.
L'affaire fut reprise assez singulièrement par la Convention le 30 novembre, à la suite d'une lettre de Westermann, alors adjudant général dans Tarmée de Dumouriez.
II annonçait la marche du général sur Liège et il exposait
1. Séance du 22 novembre 1792, Monileur du 24, t. XIV, p. 550 et suiv.
2. Armées du Nord et des Ardennes, à la date. — Voyez ce qu'il dit dans ses Mémoires (livre VII, t. III, p. 301 et suiv.) de ces désordres de l'adminislralion des fournitures en Belgique sous la protection de Cambon et sous l'action directe du dramaturge Ronsin, qui venait d'être nommé par le ministre Pache commissaire ordonnateur. On peut soupçonner de l'exagération dans ce tableau, mais y retenir une grande part de vérité.
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comment il était, à chaque pas, arrêté par des lenteurs « dans les fournitures de tout genre, dans le numéraire même pour la paye du soldat » : — « Venez promptement à leur secours, disait-il en finissant, et chaque jour vous verrez augmenter vos victoires. » Ce fut alors que, sur la proposition de Cambon, la Convention nomma une commission spéciale, composée de Camus, Lacroix, Gossuin, Dubois-Crancé et Danton. Ils étaient chargés de « vérifier sur les lieux le fait dénoncé par le général en contradiction avec la réponse fournie par le ministre de la Guerre et les commissaires de la Trésorerie nationale » *. Camus et Gossuin partirent le soir même; Danton et Lacroix le lendemain, après qu'on eut entendu Malus et d'Espagnac. — On venait d'apprendre par une lettre de Dumouriez, du 28, un dernier combat qui lui avait ouvert l'accès de Liège où les Français avaient été accueillis comme des frères *.
La Commission partait donc avec la charge de rechercher les abus de l'administration et d'y porter remède. Il y avait un premier abus dont les commissaires purent, avant même d'arriver en Belgique, constater le péril : c'était la désertion. Déjà le lo octobre, presque au lendemain du siège de Lille et quand les Autrichiens n'avaient pas encore tous repassé la frontière, Doulcet et D'Aoust écrivaient à la Convention :
Un grand nombre de volontaires nationaux, auxquels un décret permet de se retirer à la fin de la campagne, demandent à quitter l'armée à cette époque.
Il serait à désirer que Ton pût conserver sous les drapeaux d'aussi braves citoyens '.
Le 29 octobre, avant même son entrée en Belgique, Dumouriez écrivait à son tour au ministre de la Guerre : « La désertion commence à être très considérable », et il
i. Moniteur du 2 décembre, t. XIV, p. 621.
2. Ibid., p. 623. Voyez dans le Recueil de M. Aulard une note sur les principales vicissitudes de celle mission, p. 283 et suiv. — Voy. aussi la noie VU aux Appendices.