‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 33 sur 225 · CB. XXVII. — 22 SEPTEMBRE 92-1^' AVRIL · texte numérisé non relu

CB. XXVII. — 22 SEPTEMBRE 92-1^' AVRIL

l'ineptie et Tincapacité de Pache; et quand elle Teut destitué, elle le remplaça par Beurnon ville (4 février). C'est avec Beurnonville, ministre, qu'il devait continuer le débat qa il avait engagé avec Beurnonville, général.

Sur le Rhin, quelles que fussent les vues d'avenir, il y avait une chose qui s'imposait : c'était de garder Mayence. Les représentants qui se trouvaient près de Cusline étaient d'accord avec lui sur ce point :

S'il existe une place essentielle au salut de la République, disait Merlin (de Thionville) à Thirion, c'est aujourd'hui Mayence qui se gardera en mars avec neuf mille hommes et donnera faculté à notre armée, forte de soixante mille hommes, de tenir la plaine et de s'opposer du même point à tous les mouvements de Tennemi qu'elle pourra prendre à revers, soit dans le Luxembourg et le pays de Trêves, s'il s'éloigne de Mayence, soit dans les départements du Rhin, s'il avait Tintention d'inquiéter cette partie de nos frontières ^

C'est aussi pour cela que l'ennemi tenait tant à reconquérir la place. Toutes ses forces convergeaient vers ce point. Là aussi devaient s'accumuler tous les moyens de défense. Mayence fut mise en état de siège (dO février) *. Beurnonville, général en chef de Tarmée de la Moselle, avait montré peu de confiance dans le résultat de celte occupation. Ministre de la guerre, qu^allait-il faire? Les représentants s'en inquiètent, et tout en lui envoyant leurs félicitations sur son élévation au pouvoir, ils lui posent la question (10 février) :

Un de nous avoit vu une de vos lettres par laquelle vous présagiez que Custine seroit chassé de Mayence comme il l'avoit été de Francfort....

1. Mayence, 4 février (armée des Vosges, à la claie). Merlin (de Thionville) et ses deux collègues avaient écrit le 6 janvier à la Convention que le peuple de Mayence était bon, mais que Vaccident (la perte) de Francfort avait un peu refroidi les plus ardents patriotes. (Séance du 10, Moniteur du 12, t. XV, p. 106.) Cependant le 14 il parlait encore des dispositions favorables des habitants.

2. Proclamation de Custine, armée des Vosges, à la date. — Le 6 février le fils de Custine exposa au Comité de défense générale la situation de son père, insistant sur la nécessité de garder Mayence. (AF+ H, 46.)

Francfort est un village (une ville ouverte), Mayencc, la plus forte place de l'Europe . Ils insistent sur l'importance de Toccupation. La Prusse fait les plus grands efforts pour l'avoir. Mayence assurerait à l'ennemi ses approvisionnements. Custine a tout un corps d'armée et il a été approvisionné en vivres. Eux-mêmes sont sur le point d'appliquer à Mayence le décret du 15 décembre qui proclame l'indépendance des villes occupées par nos armes. Il ne faut point leur laisser faire ce pas, si on veut reculer. Il y a honneur à ne pas compromettre les habitants. — Ils sollicitent une réponse immédiate *.

Nul ne conteslait à coup sûr l'importance de Mayence. La question était de savoir si on pouvait s'y maintenir quand le territoire intermédiaire était occupé par une armée qui avait son point d'appui à Trêves et qu'on n'avait pu vaincre; c'était de savoir également si, pour défendre Mayence qui allait être enveloppée par Tennemi, on ne compromettait pas le sort des autres places. On disait que Custine y avait fait transporter une partie de l'artillerie de Strasbourg; que Landau n'avait plus que quatre canons. C'étaient les représentants envoyés dans le Bas-Rhin, Couturier et Dentzel, qui portaient contre Custine ces accusations, et la polémique se continue sur ce chapitre. Couturier et Dentzel insistent : ils ont recueilli, disaient-ils, des plaintes sur le dénuement où on laissait les places fortes pour l'armée de Custine; on a pu calomnier Custine, mais les faits parlent (15 février). Custine y répondait, et ses assertions étaient confirmées par les représentants qu'il avait près de lui. Merlin (de Thionville), Reubell et Haussmann, dans la lettre citée plus haut, disaient qu'ils avaient compté dans Landau 180 pièces en batterie '.

1. Merlin, Rcubell et Haussmann à Beurnonville, armée des Vosges, à la date. — Le 14 février, le Ministre répond qu'il mettra leur lettre sous les yeux du Ck)nseil.

2. Voir les lettres de Custine (armée des Vosges, 12 et 26 février); celles de Dentzel et. Ferry (armée du Rhin, 15 février; armée des Vosges, 18 et 23 février) et Arch. nat., AF II, 237. — Voy. aussi une curieuse lettre du

en. XXVII. — 2i SEPTEMBRE 92-1" AVRIL 93 87

Que pouvait l'opinion de Denizel et de Couturier contre le témoignage de représentants comme Merlin (de Thionville), Reubell et Hausmann, chargés tout spécialement par la Conviention d^examiner l'état de nos forces sur le Rhin *? Hais la contradiction existait, la situation était tendue, et la Convention évidemment n'avait plus de ce côté la sécurité qui pouvait lui faire accepter volontiers, sur un autre point, de nouvelles aventures.

Inyasion de la Hollande. Perte de la Belgique.

(Février-raars 1793.)

Tandis que Custine, même repoussé de Francfort, restait altaché à des rêves qu'il ne pouvait plus réaliser, Dumouriez allait se jeter dans la conquête de la Hollande. Si Ton s'en rapporte à ses Mémoires, ce n'était pas le plan qu'il voulait proposer au Conseil exécutif en venant à Paris. Il

Conseil exécutif, 18 février, à la Convention sur ce fait : Les commandants dans les départements de la Meurthe, de la Moselle et du Rhin, ont conféré, sans la participation de Custine, le commandement de Landau au maréchal decampGillot. Ils ont même décidé qu'il le conserverait, nonobstant tous ordres du général à ce contraires. Le Conseil dit que c'est alTaiblir la responsabilité des généraux. (Arch. nat., AF+II, 2.)

1. Pour les représentants en mission dans les déparlements voisins des armées, je me bornerai à renvoyer à quelques autres pièces de leur correspondance sur les choses militaires :

Metz, 15 février. Hentz et La Porte en mission pour les places frontières : besoins de la place de Metz; Longw'y est bien approvisionné; Thionville manque de vivres.

Sedan, 24 février. La Porte : faiblesse des* garnisons de Montmédy et de Sedan.

Lauterbourg, 23 février. Ferry et Dentzel : mesures prises pour la défense de Landau.

16 février. Blaux et Laporte Font arrivés. Hentz est à Metz. Us vont régler entre eux les points à visiter. (AF II, 241, h la date.)

4 mars. Couturier et Dentzel : l'armée de Custine rentre dans TAIsace. {Ibid., à la date.)

Strasbourg, 12 mars. Ferry et Couturier : envoi d'arrêtés pris pour la subsistance de la cavalerie.

22 mars. Couturier : l'esprit du département est perverti par la mal- Tcillance, le recrutement est difficile.

26 et 27. Couturier : il presse le recrutement. (Archives nat., AF***!!, 44.)

venait à Paris pour demander la suspension du décret du 15 décembre à l'égard de la Belgique, pour régler la question des approvisionnements de Tarmée par des marchés faits sur place, marchés qui probablement n'étaient pas tous irréprochables, mais qui, assurément, étaient moins onéreux au trésor et plus sûrs pour Tarmée que ceux qui se faisaient par le Comité des achats, établi à Paris. Quant au plan d'opérations, il embrassait toute la défense du territoire : guerre défensive dans les Alpes, dans les Pyrénées, sur les côtes (il n'y avait point encore de guerre en Vendée), sur le Rhin même, Custine devant se borner maintenant à défendre Maycnce et à se replier sur Landau, pour couvrir l'Alsace et la Lorraine et donner le temps de pourvoir aux places fortes de la Lorraine et des Ardennes; guerre offensive du côté de la Belgique, en prenant pour base la frontière depuis la Moselle jusqu'à Dunkerque. Le général dit qu'il avait un quatrième objet en venant à Paris : c'était de sauver la vie du roi * ; mais sur ce point il eut bientôt lieu de se convaincre qu'il était sans action auprès de ses anciens amis, les Jacobins, aux yeux desquels il était déjà plus que suspect. Pour ce qui est de la question militaire, il pouvait, en arrivant à Paris, la traiter non pas seulement avec le Conseil exécutif, mais avec un Comité créé, en ces jours-là même, par la Convention : le Comité de défense générale, formé de membres pris dans les différents comités, et qui préluda au Comité de salut public *. Dumouriez a parlé de ses entrevues, soit avec ce Comité, soit avec le Conseil exécutif; et les registres de leurs délibérations en portent la trace authentique, mais sans rien dire du fond de la question. Un

1. Voy. Mémoires de Dumouriez, livre VII, chap. x, l. UI, p. 362.

2. (i Les comités de la guerre, des finances, des colonies, de la marine, diplomatique et de constitution nommeront chacun trois de leurs membres, lesquels se réuniront dans un local particulier sous le nom de Comité de défense générale », proposition décrétée le jour même, !«' janvier 1793» {Moniteur du 3 janvier, t. XV, p. 26.) Le Comité fut organisé le 4. (Voir le registre de ses procès-verbaux, Arch. nat., AF+ II, 45.)

en. XXVII. — 22 SEPTEMBRE 92-1" AVRIL 93 89

premier indice des vues sur la Hollande qui pouvait se rattacher à l'offensive par la Belgique, c'est la lecture au Conseil exécutif d'un mémoire présenté par les patriotes hollandais, mémoire où ils proposent l'invasion actuelle de la Hollande (7 janvier 1793). L'auteur du mémoire, De Kock *, fut entendu le lendemain, et Dumouriez invité à venir communiquer ses idées sur ce sujet le jour suivant. II y vint et l'on peut croire qu'il n'écarta point le projet, au moins touchant la Zélande, car on lit dans le registre des délibérations du Conseil (9 janvier) :

Après la discussion qui a eu lieu, le Conseil en ajournant la résolution qu'il doit prendre, arrête que néanmoins les dispositions militaires seront provisoirement faites, de manière à exécuter promptement les premiers ordres qui pourront être donnés.

Ces dispositions consisteront :

!•* A faire marcher de Tintèrieur des troupes prises de différentes garnisons sur la nouvelle Flandre maritime ;

2"* A étendre le commandement du général Miranda sur ces troupes ;

3^ A donner au général La Bourdonnaye le congé qu'il a demandé -,

Ce même jour, 9 janvier, on avait fait lecture au Comité des quatre mémoires de Dumouriez ', et le général, admis à la séance, avait pressé le Comité de délibérer sur leur con-

i. Père du romancier Paul de Kock, dit une note de M. Aulard, p. 411.

2. Aulard, t. 1, p. 440. En vue de l^absence de Dumouriez, Dumouriez restant général en chef, les diiïérents corps, placés sous ses ordres en Belgique, avaient été ainsi répartis : l'armée du Nord à Miranda avec le commandement supérieur de l'armée des Ardennes; La Bourdonnaye restait ffénéral en chef de l'arrondissement du Nord, chargé de la défense; l'armée «'.es Ardennes à Valence du 30 décembre 1792 au 11 janvier 1103 et du -3 février au 10 mars;Lanoue et Leveneur se partagèrent les deux ailes «le cette armée dans l'intervalle. Au 10 mars, Dumouriez reprend le commandement en chef des deux armées.

3. <i Un membre fait lecture de quatre mémoires du général Dumouriez sur l'armée de Belgique, sur ses besoins et les récompenses qu'elle mérite, Hur la cassation des marchés faits par les ordres de ce général, sur l'arrestation des citoyens Malus et d'Espagnac, sur le comité des achats et l'organisation de l'administration. » (Comité de défense générale, séance <iu 9 janvier 1793. Aulard, t. I, p. 439.)

tenu : « sur l'espèce de guerre à entreprendre , sur les moyens de la faire et sur les préparatifs qu'elle exige ». Le Comité s'en occupa ; mais rien n est dit du résultai de ses délibérations *. Ce qu'on peut croire, c est que la guerre de Hollande n'était point résolue encore, car, le d4, on lit dans le registre des séances du Conseil :

Le Conseil, informé que les troupes hollandaises ont évacué la ville de Vcnloo, et dans la vue de prévenir tous les mouvements qui pourraient donner un prétexte pour faire sortir les Provinces-Unies de leur neutralité, arrête que le ministre de la Guerre mande expressément au général Miranda de ne point attaquer ladite ville de Venloo et de ne se porter sur aucune partie des Provinces-Unies; que néanmoins, dans le cas où il serait assuré que les Autrichiens et les Prussiens s'approcheraient de ladite ville pour s'en emparer, le général Miranda serait autorisé à les prévenir *.

Ils prévinrent le général Miranda.

Le 23 janvier, Dumouricz fut encore entendu et par le Conseil exécutif et par le Comité de défense générale, discutant la question de roffensivc et de la défensive '. Mais, dès ravant-vcille, la situation était changée. La fatale journée du 21 janvier allait précipiter les événements. L'Angleterre congédia notre ambassadeur qui, tenant ses pouvoirs du roi, était désormais sans pouvoirs à ses yeux. Le slathouder de Hollande suivit la politique de l'Angleterre. La Convention ne fit plus que devancer les événements en déclarant la guerre à l'Angleterre et à la Hollande.

Cette déclaration et la rupture avec l'Espagne mettaient la guerre partout sur nos frontières, en attendant qu'elle éclatât plus terrible encore à rintcricur par le soulèvement de la Vendée. Dumouricz était retourné en Belgique. Son plan, dit-il dans ses Mémoires, avait été adopté. « Les trois cent «oixante-dix mille hommes furent décrétés avec quelques

Page 1