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LES MISSIONS PRÈS LES ARMÉES

DEPUIS LA TRAHISON DE DUMODRIEZ JUSQU'a LA PERTE

DE MAYENCE ET DE VALENaENNES

Le Comité de Salut public et les nouveaux commissaires

près les armées.

Latraliison ilc Dumouriez, même quand elle avait échoué, n'en créait pas moins pour la France une situation très dangereuse, et c'est ici que la Convention eut à déployer toute son énergie : c'est alors aussi que les représentants, détachés d'elle en mission dans le Nord, durent faire preuve de la plus grande activité.

Le Comité de défense générale, ouvert à tout le monde, ne suffisait plus, ni sous sa forme ancienne ni sous la forme trop large encore que Ton venait de lui donner avec le nom de Comité de salut public (23 mars) *. On lui garda ce nom qu'il devait rendre si redoutahle, on le réduisit à neuf membres, et on lui conféra cette autorité despotique à laquelle la Convention elle-même, quoiqu'elle gardîU tous les droits de la souveraineté, fut soumise (6 avril) *. On

1. Vov. les débats sur celte réforme (séance du 22 mars, Moniteur du 24, t. XV, p. 773) cl le décret du 25 mars qui en nomme les membres au nombre de vinRl-cinq [ihid., p. "95 et 803).

2. Moniteur du l», t. XVI, p. 76. (Voy. ci-dessus, t. 1, p. 18.)

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en lil, nous Tavons vu ailleurs déjà, le redoutable levier qui mit en branle ces autres instruments de despotisme, les représentants en mission dont nous signalons les actes en l'an II; et le nombre allait s'en accroître. Aux quatrevingt-deux, nommés en vertu du décret du 9 mars pour la lovée des 300 000 hommes, s'ajoutèrent les représentants envoyés et constamment entretenus, trois par chaque armée, conformément à la loi du 9 avril, sans parler des missions spéciales qui venaient s'enchevêtrer dans les autres.

Les commissaires présents sur les lieux rendirent pour le moment les plus signalés services. Ce sont eux qui parvinrent à soustraire aux tentatives de Dumouriez les places (lu Nord dont il avait voulu faire sa base d'opérations à l'intérieur. J'ai eu l'occasion de dire ailleurs comment Bellegarde, Lequinio et Ch. Cochon à Valenciennes, Dubois- Dubais et Lesage-Senault à Lille, de concert avec les commandants des deux places, prirent en quelque sorte au piège les deux émissaires de Dumouriez : à Valenciennes, Lescuyer; à Lille, Miaczinski *. L. Carnot, à qui il était ordonné de se joindre aux quatre commissaires envoyés à Dumouriez , n'évita de partager leur sort que parce que Tordre vint le chercher à Arras et qu'en arrivant à Douai il apprit leur arrestation *. Il ne montra que plus de zèle pour concourir avec les autres à mettre les places de la frontière hors d'atteinte. Dès le 2 avril, « connaissant lo patriotisme des administrateurs du département du Nord », il leur donne les plus amples pouvoirs pour subvenir aux circonstances , et il répond du département tout entier :

La grande masse des habitants de celle frontière sont dans les plus heureuses dispositions. Les garnisons de Lille, Douai et Valenciennes ont renouvelé avec enthousiasme leur serment de fidélité.

1. Voy. V Histoire du tribunal révolut. de Paris, t. I, p. 99, 102 et 105.

2. Vov. sa lettre datée de Douai, 2 avril, lue dans la séance du 3, Moniteur du 5, t. XVI, p. 53.

Mais il ne faut point, par excès de zèle, manquer le but. Dans une lettre du 6 avril, signée par Carnot et Lesage- Scnault comme la précédente, les deux représentants, après avoir annoncé la fuite de Dumouriez, le bon état de défense de nos places et la rentrée de la grosse artillerie dans Valeaciennes, ajoutent :

L'opération qu'il importe de consommer en ce moment est le recrutement qui s'achève. Si Ton veut exagérer cette mesure plus que suffisante pour écraser tous nos ennemis, on la fera échouer elle-même. La République éprouvera des convulsions aussi violentes qu'inutiles : car les ennemis savent bien que la ï'rance ne sauroit succomber que par un excès ou une mauvaise direction de ses propres efforts *.

Un décret du 4 avril instituait des commissaires près les armées du Nord et des x\rdennes. L'article 2 voulait qu'il y en eût six; Tarticle 3 en nommait huit : Carnot, Gasparin, Briez, Duhem, Roux-Fazillac, Duquesnoy, Dubois-Dubais et Delbrel; plusieurs, on le voit, étaient déjà en fonctions sur les lieux. Deux d'entre eux devaient se rendre à Valenciennes; trois h Lille et à Douai; deux autres enfin k Péronne pour y former le noyau d'une armée nouvelle, <lestinée à couvrir Paris *.

La Convention avait donné à Dampierre, avec la succession de Dumouriez, la charge de rallier ses troupes '. Pour les soustraire à Tinfluence de leur ancien général, on les avait fait rétrograder de Famars sur Denain : mesure utile peut-être à ce point de vue, mais funeste en ce qu'elle per- -mit h l'ennemi, établi dans le camp de Maulde, de com-

i. Dépôt de la Guerre, armée du Nord, à la date (autographe de Carnot).

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