Arch. nat., ÂF'*' H, 45, à la dale
eu. XXVIII. — 1" AVRlL-28 JUILLET 93 95
mais la Vendée était debout : tout contre la Vendée! et d'autres lacunes infiniment plus regrettables se faisaient aussi dans les rangs. On en a le témoignage dans la correspondance d'un des agents du Ministre, Celliez, un agent de dissolution qui commençait déjà sa campagne contre Custine, avant qu'il arrivât, et qui devait le perdre. En attendant, il s'attaque aux officiers, l'aristocratie de Tarmée : L'esprit public a besoin d'être ranimé, surtout chez les officiers. Les soldats auraient voulu, comme chef définitif, Lamarche; les officiers sont pour Custine. Et il tonne contre le luxe des états-majors; il y a une femme parmi les adjoints aux adjudants généraux. La désertion est effrayante. Les bataillons sont incomplets et la nouvelle levée de six hommes par compagnie pour la Vendée en a réduit plusieurs au nombre de 50 à 80. « Cette mesure, ajoute-t-il, a produit le plus mauvais effet. )> L'armée compte au plus 30000 hommes, y compris la garnison de Valenciennes. L'ennemi en a 90000 :
La désertion qui a lieu est effrayante, les chemins sont couverts d'hommes qui quittent leurs drapeaux.
Le soldat est mécontent des officiers; on le laisse dans rignorance de ce qui se passe. L'esprit de la cavalerie est généralement mauvais. Le général Lamarche demande que Ton remplace les vieux officiers. Il faut chasser tous les officiers suspects; foiter les officiers qui se disent malades et qui ne le sont pM à rejoindre leur corps. — [Ce sont bien ceux-là qu'il eût fallu chasser!]
Il est temps enfin, si nous voulons vaincre, que l'armée soit purgée de tous les scélérats qui l'infectent et qu'ils soient remplacée dans tous les grades par de vrais sans-culottes (16 mai) ^
1. Armée du Nord, à la date. — U eût mieux fait de s'occuper un peu plus des fournisseurs. On donnait aux soldats des souliers en semelle de carton; un peu plus, on leur aurait fourni des sabres en fer-blanc. On présenta au Comité de salut public un échantillon de ces sabres en fer, sans rien d'acier. Le Comité rédigea une « instruction sur le touchage des armes blanches à l'acide nitrcux ^ pour découvrir la fraude (ÂF'*' II, 46, 11 mai).
Le général Lamarclic, auquel Celliez paraissait favorable, en haine de Custine, restait donc dans son camp, et les représentants Cochon, Bellegarde et Courtois admiraient •la tranquillité où Tennemi Ty laissait. « On en profite pour <5onstruire des redoutes au camp deFamars », écrivaient-ils le 18. Mais Tennemi mettait d'une autre manière le temps 4 profit. Le 22 mai, ayant reçu de Vienne son équipage de siège, il résolut de ne pas attendre davantage; il nous délogea du camp de Famars et de toutes les positions qui couvraient encore Valenciennes.
Le 23 au soir, Ferrand, commandant de la place, avertit les habitants qui ne voulaient pas courir les hasards du siège de sortir de la ville, la route de Bouchain, la seule qui fût encore libre, devant être infailliblement occupée le lendemain *.
Cette journée fut vraiment désastreuse. Les agents du ministre de la Guerre en prennent occasion de dénigrer k peu près tout le monde à leur manière, même Lamarche, leur favori de la veille. Dans une lettre datée de Cambrai, le 29, Celliez et Varin écrivent à leur Ministre :
Au moment où la bataille fat la plus vive, le général Lamarche étoit à diner chez les députés et ne paroissoit pas s'en inquiéter.
Ni les députés non plus, sans doute!
Les officiers généraux paroissent avoir mis beaucoup de négligence dans cette affaire qui commença à 2 heures du matin; car beaucoup d'entre eux étoicnt encore au lit à 5. Le général Lamarche a dit lui-même avoir été obligé d'envoyer ses aides de camp en éveiller plusieurs à cette heure.
1. Une leUrc, non signée, daléc de Douai (23 mai), parlant du quarlier général reporté à Bouchain, et des pertes subies dans révacuation du camp de Famars, ajoute que l'ennemi envoyait des patrouilles juscprà une lieue et demie de Cambrai :
« Les hussards de la Mort ont re(;u ordre de partir en découverte; ils le pouvaient d'autant moins «pie la plupart n'ont pas de sabre... La route d'ici Lille est peut-être interceptée dans ce moment. Quant à Valenciennes, il n'y a plus moyen d'y parvenir. » (Archives du ministère des Affaires étrangères. France, reg. 324, f« 305.)
Le général Lamarche nous avoit dit, avant le départ de Gelliezpour P€tris, qu'il n'étoitpas capable de commander l'armée pour la faire attaquer, mais que pour la tenir sur la défensive ildéfioit rennemi.
Il soutint bien mal son défi ' !
Et dans une autre lettre du lendemain :
Les soldats sont généralement mécontents de n* avoir vu aucun ou très peu d^offîciers généraux pendant tout le temps qu'a duré le combat.
Mais parmi les soldats, ils distinguent :
Nous vous avons déjà dit plusieurs fois que la ligne étoit généralement mauvaise.
Les généraux demandaient qu'on fondit les gardes nationales dans la ligne; ils demandaient, eux, que Ton fondit la ligne dans la garde nationale, ce qui n'était pas du tout la même chose :
C'est, disaient-ils, le seul moyen pour tirer avantage des soldats de ligne, et tous seront bons, quand ils seront dispersés et incorporés avec des patriotes (30 mai) *.
1. Le 3 juin, le ministre communique au Comité de salut public une lettre sur la levée du camp de Famars: « La création d'un tribunal révolutionnaire, y disait-on, me paraît indispensable à la suite de Tarmce. Il faudrait que SCS membres ne fussent pas attachés au service. • — Les cours martiales sont Insufflsantes. — « II est urgent d'y suppléer afin que, si les intérêts de la République sont encora trahis, le châtiment suive immédiatement le crime qui rappelle. • — La lettre est de Voillot, aide de camp du général Da vaine, qui accuse le général Lamarche de trahison, à prapos de TalTaire du camp de Famars. Une seule redoute avait été enlevée par surprise. On fît retraite, quand il y en avait encore sept bien armées. — Au contraire, dans les notes de Courtois, transmises par Teissier (chef d'un bureau de la Guerre) à Bouchotte sur les généraux de Tarmée du Nord, on lit : • Lamarche, brave homme, incapable d'embrasser une grande sphère de choses. A la dernière aiïaire, par analogie avec son ancien métier de soldat qu'il a exercé longtemps, il se portoit dans tous les cabarets pour en chasser les volontaires et les forcer h retourner au combat, tandis que ses aides de camp dirigeoient d'eux-mêmes les attaques aux difTérents postes. Ce bonhomme, la veille de l'attaque du 23, sMmaginoit encore qu'on pouvoit défendre le camp de Famars ouvert de tous côtés contre 100 000 hommes*, qu'il ne sorte pas de la ligne et il sera exoellent. Il s'est ainsi jugé lui-même. »
2. Armée du Nord, aux dates. Voy. la note XI, aux Appendices.