IV
L'armée, se repliant du camp de Famars, sous Yalenciennes, s'était retirée au camp de César, sous Bouchain. L'Escaut encore, mais avec l'Escaut, la Scarpe et la Sensée lui traçaient une enceinte plus facile à défendre, (i'esl ce que disait Lamarche au Ministre et les représenlants Bellegarde, L. Carnot,Delbrel, Courtois, Lesage-Senaull et Gasparin au Comité et à la Convention (23 mai) *. Carnot, meilleur juge en ces questions que ses collègues, disait aussi que la nouvelle position était inexpugnable (26 mai)*. — A la bonne heure! Mais l'armée au camp de Famars couvrait Valenciennes, et sa retraite laissait la ville exposée à toutes les calamités d'un siège qui, si on ne la secourait pas à temps, devait forcément aboutir à sa perle.
C'est au camp de César que Custine rejoignit les débris <le l'armée dont il avait reçu le commandement, et les représentants, venus du camp de Famars avec elle. Avant de l'y suivre, il convient de jeter un coup d'œil sur la frontière nord-est et les armées 'que le général y laissait.
Custine et les représentants en Alsace après la bataille
de Bingen.
Les armées du Rhin, des Vosges et delà Moselle se trouvaient, par suite de la perte de la Belgique et du vide que la trahison de Dumouriez avait fait devant l'ennemi sur la frontière du Nord, rejetées sur le second plan. Mayence tenait toujours avec une garnison de 22 000 hommes, plus que ne l'eût voulu Custine, plus qu'il ne le fallait pour défendre la place, et cet excédent, qui ne lui servait pas,
1. Voy. aussi plusieurs autres leUrcs, à celle dale, des agents Defrenne, Deschasseaux, au Ministre; du Minisire à Lamarche, et le Bulletin îles opérations des armées combinées. (Armée du Nord, à la dale.)
2. Voy. la lettre fort importante de Carnol (Cambrai, 26 mai). H croit que IVnncmi pourra être forcé à Famars et II expose sa lactique générale : au lieu de résister de front, agir sur les flancs et par derrière; mais il faut du secret et un homme de tète, etc. (Armée du Nonl, à la date.)
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ilevait lui nuire, puisque la durée d'un siège, quand la place est suffisamment défendue, est en raison directe de la quantité des approvisionnements dont elle dispose, en raison inverse du nombre de bouches qui les consomment. Or combien cet excédent inutile, nuisible même dans Mayence, n'aurait-il pas pu servir au dehors, en donnant au général le moyen de former une armée de secours !
L'heure de l'offensive était passée. Après la bataille de Bingen, Custine, rejeté vers Landau, avait dû se retranrlier derrière les lignes de Wissembourg. L'Alsace pouvait donc être menacée. Custine y trouvait une population d'un bon esprit : Louis et Pflieger écrivent le 13 avril à la Convention que le recrutement y était facile. Il trouvait dans Strasbourg une ville qu'un siège n'effrayait pas, qui avait Jes citoyens pour se défendre, des volontaires à envoyer' en Vendée *; mais il y trouvait aussi des représentants qui lui avaient toujours été défavorables, et dont les dispositions ne pouvaient être qu'aigries par ses revers. Il avait eu avec Ruamps, Maribon-Montaut et^Soubrany plusieurs conflits où il s'était senti atteint dans sa dignité de général d'armée «levant ses soldats. Il s'en plaignit vivement à la Convention, offrant sa démission *; et l'on aurait dû, ou l'accepter, ou
1. Lettre des mêmes représentants (H mai, armée du Rhin). — Le 25 juin, Louis et Ferry rassuraient, du reste, la Convention sur le danger que le départ de ces volontaires pouvait faire courir à l'Alsace. « 11 est certain, disaient-ils, que cette prétendue armée n'excède pas 495 à 500 hommes. • (Arch. nat., AF II, 247, à la date.) Voy. la note XII, aux Appendices.