‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 5 sur 225 · CH. XXVI. — FRONTIÈRE DU NORD (AVRIL-SBPTEMBRK · texte numérisé non relu

CH. XXVI. — FRONTIÈRE DU NORD (AVRIL-SBPTEMBRK

d'en user. Le parti girondin, en présence des armements et des alliances de Tétranger, et peut-être aussi par des raisons de politique intérieure, voulait qu'oii prévînt le péril en déclarant la guerre. Or il venait de porter ses hommes au pouvoir : Roland à Tlntérieur, Scrvan à la Guerre, Dumouriez au ministère des Affaires étrangères. Dumouriez semblait n'avoir pris ce ministère que pour trancher avec le sabre le fd des négociations engagées. Le 20 avril, Louis XYI vint dans l'Assemblée, â la suite d'un rapport où le Ministre montrait qu'après la note de M. de Cobentzel, le traité de 1736 était virtuellement rompu, il proposa la déclaration de guerre au roi de Hongrie et de Bohême : ce qui fut voté avec acclamations (20 avril 1792).

Nous n'avons pas à nous arrêter aux commencements de cette guerre. Les représentants n'y ont de part que par leurs décisions dans l'Assemblée; Taction relève uniquement du roi et des ministres que l'Assemblée a fait entrer dans son conseil. Un grand rôle semblait pourtant déjà promis aux représentants, car il s'agissait de réveiller en Belgique les ferments de révolution que les armes de TAutriche y avaient, bien récemment et à grand'peine, comprimés. D'après le plan que Dumouriez exposa plus tard à l'Assemblée et qu'il avait conçu lui-même sans doute, le grand objectif était Bruxelles. Luckner avait ordre de s'emparer des défdés de Porentruy, et par sa gauche de former sur la Sarre un camp de 8 000 hommes d'où Kellermann tiendrait Luxembourg en échec. Lafayetto devait rassembler 6 000 hommes à Longwy et de là se porter sur Arlon pour menacer Luxembourg, puis sur Givet pour Attaquer Namur; Rochambeau, donner 10 000 hommes à Biron pour marcher sur Mons et sur Bruxelles *.

Dans ce plan le rôle de Luckner était très effacé, celui deLafayette fort en vue, au contraire, bien que la jalousie

l'Ajoutez une diversion de Daumont avec de la cavalerie sur Tournai pour favoriser la marche sur Mons et de d'Elbhecq avec 1200 hommes sur ^urnes pour retenir Tennemi dans la Flandre maritime.

de Dumouriele lui eût, dit-on, fait refuser le commandement en chef. Mais l'action principale était réservée à Rochambeau; or le vieux maréchal ne concevait pas la guerre révolutionnaire : il Toulait s'en tenir aux règles de la tactique. Quand le surlendemain de la déclaration, le 22 avril, le ministre de la Guerre (c'était alors de Grave) Taverlit que les hostilités devaient commencer le 30; que Lafayette marcherait alors sur Namur, et que son avant-garde à lui aurait à se porter sur Mons, puis même sur Bruxelles, il répondit :

Si M. de Biron a tout le succès que je lui désire, je dois vous prévenir ou qu'il faut le charger entièrement de la pointe sur Bruxelles, ou me laisser, après la prise de Mons, me retourner sur Tournai qu'il faut emporter avant que d'aller en avant : car je ne laisserai certainement pas derrière moi et sur mon flanc gauche la meilleure et la plus forte garnison de l'ennemi.

Voilà mon dernier mot et, en vieux général, je crois pouvoir ajouter que rien dans ce monde ne me fera, faire un pas en avant, sans partir de cette base (25 avril) *.

On sait que peu de jours après il ne fut plus question de Bruxelles, de Liège ni de Namur. Il y eut ce qu'on peut appeler un faux départ. La troupe que Théobald Dillon menait de Lille sur Tournai, le 28 avril, s'étonna de rencontrer l'ennemi sur son chemin : ce fut une véritable déroute au cri de Sauve qui peut! et les soldats égarés, rentrant à Lille, massacrèrent leur général et l'officier du génie Berthois; même issue de la marche sur Mons. Biron, après avoir pris Quiévrain, vit un de ses régiments de dragons tourner bride, et il ne les rallia que pour subir le lendemain

1. Dépôt de la Guerre, armée du Nord, aux dalcs. Pour les armées distribuées sur la frontière du Nord comme précédemment pour les armées des Alpes, d'Italie et des Pyrénées, les dates, sans autre indication, renverront aux dossiers de ces armées, classés par mois et par jour au Dépôt de la Guerre.

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une déroule plus complète qui le ramena dans Valen-

ciennes V

Ces échecs étaient moins graves en eux-mêmes que par ce qu'ils révélaient, à savoir, le peu de solidité de ces rassemblements qu*on nommait des armées, les défiances des soldats à regard do leurs chefs, et par suite le peu d'autorité de ces chefs. Que pouvaient-ils en effet contre ces craintes de trahison, motivées sans doute par Témigration, mais singulièrement accrues et envenimées par les déclamations des journaux et des clubs? Ces événements remirent en question les commandements : autre cause de trouble dans les armées. Rochambeau donna et maintint sa démission; Luckner fut chargé de Tarmée du Nord et Biron de Tarmée du Rhin *.

Rochambeau avait bien quelque raison de répugner à prendre Toffensive. Ces armées dont on faisait la répartition entre les chefs n'étaient que des ombres d'armées, fiiron écrivait le 26 mai à Dumouriez que l'armée du Nord n*existait que sur le papier et qu'elle manquait de tout : le camp de Famars sous Valenciennes, qui en faisait le plus gros rassemblement, ne comptait que 13 000 hommes à cette date ; le 4 juin , Alexandre Berthier, chef d'étatmajor de cette armée, faisait de sa situation le plus triste tableau ', et Luckner, qui avait pu constater par lui même son dénuement (31 mai), se plaignait en outre d'une désorganisation dont il indiquait la cause à Servan, le nouveau ministre de la Guerre (16 juin) * :

Il est vrai que dans la guerre de 1742 à 1748 on avoit aussi à se plaindre de Tindiscipline des soldats et de la négligence des officiers et que cela n'a pas empêché les brillants succès des

1. Voyez sur ces alTaires les lettres de M. d'Aumont à Rochambeau et de Rochambeau au roi, 29 avril; du ministre de Grave et de Berthier à Rochambeau, 30 avril; de Biron au ministre, 2 mai. (Dépôt de la Guerre, armée du Nord, aux dates.)

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