‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 51 sur 225 · Custine au président de la Convention nationale (7 mai · texte numérisé non relu

Custine au président de la Convention nationale (7 mai

Citoyen président.

Je ne puis commander les armées du Rhin et de la Moselle, qui m'ont «•té confiées, après avoir perdu la confiance des citoyens Ruamps, Monlaut et Sobrani, commissaires des représentants du peuple...

Ces trois commissaires, le samedi 27 avril, m'ont traduit en jugement devant eux, en me donnant pour partie le lieutenant-colonel OITenstein, l'un des sujets les moins recommandables de la République. Vous connoissez les moyens qu'il m'a fallu employer pour repousser et imposer silence à ce vil perturbateur.

Aujourd'hui, j'ai été fortement interpellé, en présence de nombre d'ofli- «iers de Tarmée, par l'un de ces représentants, sur la lettre que j'ai écrite au duc de Brunswick et dont je joins ici une copie... [il demandait la restitution d'un « scélérat »]. Tant que je n'ai été réduit qu'à l'interprétation

rappeler les commissaires, quand la mort de Dampierre donna Toccasion de lui conférer le commandement de l'armée du Nord. Custine ne quitta pas sans regret ces armées des Vosges, de la Moselle et du Rhin qui avaient été sous sa direction au temps de ses conquêtes. II aurait voulu que cette faveur soutenue, dont il recevait de la Convention un nouveau témoignage, lui assurât les moyens de délivrer Mayence. Ce n'est point par la Belgique, à son avis, que Ton devait opérer :

N'ayant point d'appui en Belgique, ce n'est point en attaquant de front, comme l'a fait Dumouriez, qu'il est possible de se promettre de la conserver.

• Laisser les Autrichiens peser sur la Belgique, c'est le plus sur moyen dV ruiner leur puissance :

Réfléchissez, citoyen Ministre, ajoutait-il, qu'il faut recouvrer Mayence ; que c'est le plus grand mal que nous puissions faire à nos ennemis. Un plan formé par moi pour y parvenir aura beau être développé à qui vous voudrez, il n'aura jamais son exécution, et cela parce qu'il n'est personne qui puisse sentir les combinaisons du plan d'un autre,... qui puisse prévoir ce qu'on peut faire pour le faire échouer et par conséquent préparer d'avance les moyens d*y parer. L'exécution de ce plan est peutêtre une de celles qui présente le plus de difficultés, surtout pour obtenir les grands succès dont il peut être susceptible. Au reste les dispositions sont faites ici. Pour le moment, Ton ne

de mes expressions, j*ai répondu avec toule la modcralion qu'on avoit droit d'attendre de moi; mais l'un des trois commissaires auquel les deux autres ont applaudi, m'ayant accusé d'avoir développé dans cette même lettre des sentiments peu dignes d'un républicain, je ne puis plus, après une semblable injure, continuer à commander les armées de la République.

Le caractère que j'avois, même avant l'assemblée des États généraux, les opinions qui, à cette époque, étoient chez moi le résultat d'une longue expérience et de mûres observations faites au milieu des cours, expériences et observations qui donnèrent naissance à mes principes républicains, sont les mêmes aujourd'hui. Chez moi, ils sont le résultat de principes réfléchis depuis longtemps, ils n'ont point produit cette exagération qui fait mépriser tous les Rois, parce qu'ils ont eu le malheur de naître sur le trône.

peut y éprouver de grands échecs et le plan que je vous développerai, dans le peu d'instants que je vous verrai, vous décidera, j*espëre, à m'en confier l'exécution.

En appelant Cusline à Tarmée du Nord, il fallait pourvoir à son remplacement dans cette région nord-est où il avait joué un si grand rôle. Custine avait pendant quelque temps commandé, directement ou par intermédiaire, trois armées, l'armée des Vosges avec laquelle il avait obtenu ses éblouissants succès, Farmée du Rhin, lorsque Biron, son supérieur de la veille, lui fut subordonné, et plus encore lorsque la retraite de Biron en fit remettre le commandement par intérim à Després-Crassier *; enfin Tarmée de la Moselle qui, depuis la retraite de Beurnonville , avait passé à Ligniville (2i janvier-28 mars), puis à d'Aboville (29 mars-28 avril), deux nobles tolérés à grand'peine par les représentants en raison de cette qualité. Mais cette intolérance qui pesait sur tous les généraux leur suscita pourtant un défenseur dans un représentant qui ne tarda pas à être proscrit lui-même : je parle de Blaux, qui, le 7 avril, écrivait de Saarbruck à ses allègues :

Les généraux m'ont parlé de la motion qui a été faite d'éliminer des armées de la République tous les ci-devant et m'ont dit qu'en attendant qu'elle fût décrétée ils feroient leur devoir.

Je ne dois pas vous dissimuler, mes chers collègues, la consternation que cette motion a répandue dans la division. Le soldat sait distinguer dans ceux qui le commandent la capacité de l'incapacité, le civisme de l'aristocratie ; il accorde sa confiance au patriote capable et la refuse à l'incapable; il la refuse à l'aristocrate quelles que soient son habileté et son expérience militaire.

...Il ne suffit pas d'être patriote et soldat courageux pour commander une division, une armée, il faut en avoir appris et exercé l'art.

Si on enlève aux soldats ceux qui les commandent par le seul motif qu'ils étoient nobles, les armées seront désorgani-

I. Després-Crassier ayant été remis au rang de divisionnaire, c'était Custine qui commandait en chef Tarmée du Rhin depuis le 15 mars.

S'il ne se trouvoit des aristocrates que dans la ci-devant noblesse on seroit excusable de la suspecter tout entière; mais...

Il signale, comme naguère Beurnonville S Tindiscipline de la « légion de la Moselle, ci -devant Kellermann », composée en partie de Prussiens et d'Autrichiens, indisciplinables, pillards et indomptables, qui déshonorent le nom français :

Si on ajoute aux dégoûts que causent aux généraux Tindiscipllne, rinsubordination, la désobéissance, le pillage des soldats, l'incapacité absolue d'un grand nombre d'officiers, les menaces que font les soldats à ceux qui les commandent de les accuser d'aristocratie, parce qu'ils sont sévères sur l'observation de la discipline, et l'impuissance presque absolue de punir promptement les délits militaires, on conviendra qu'il n'y a qu'un amour ardent de la patrie qui puisse engager les généraux et autres officiers à rester à leurs postes *.

Le commandement de l'armée de la Moselle, dans laquelle l'armée des Vosges était confondue depuis le 30 avril ^, fut donné au général Bouchard, que Custine avait élevé lui-

i. L'étaUmajor, écrivait Beurnonville au Ministre, ne les apaise qu'aux dépens de la comptabilité des corps. (Armée de la Moselle, 18 janvier 1793.)

2. Armée de la Moselle (7 avril). Le 4 avril, Levasseur et Anthoine sont rappelés à Nancy pour des désordres du 9* hussards, qu'ils rapportent :

l** A une indiscipline complète occasionnée, tant par l'inaptitude de son chef, dénué de la considération que donne l'estime, et reconnu ouvertement pour avoir fait naguère le vil métier de saltimbanque et d'opérateur dans les villes de ce département, que par la mauvaise composition du même corps, formé presque en totalité de déserteurs français et étrangers.

T Par le défaut de payement aux hommes de ce corps du prix de leur engagement.

Ils ont fait éloigner de Nancy ce régiment (9« hussards) et y ont fait rester le colonel Fabrefond, jusqu'à ce qu'il ait satisfait aux dommages causés par sa troupe.

3. L'armée de la Moselle avait subi le contre-coup de la défaite de Dumouriez en Belgique. Custine s'était plaint que l'abandon du revers des Vosges par cette armée eût fait échouer son plan d'opération (AF+II, 2, 4 avril, lettre au Ck)nseil exécutiO- Ligniville dut s'en expliquer devant le Comité de salut public (AF'*' II, 45, 12 avril). Acquitté par la Convention, le général aurait voulu retourner à son poste, à l'armée de la Moselle. Le ministre de la Guerre fut chargé de lui répondre qu'il était autorisé à retourner chez lui (AF+ II, 3, 27 juin).

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même, de grade en grade, jusqu'à Ja première place après lui, séduit par son indomptable bravoure jusqu'à ne pas voir ce qui lui manquait pour commander en chef une armée. L'armée du Rhin fut confiée par intérim, sous Fautorilé supérieure de Bouchard, à Diettmann, qui n'accepta point (18-29 mai), puis à Beauharnais, nommé, malgré son refus, par les représentants Ruamps, Ritter, Duroy et Haussmann, et confirmé par le Comité de salut public * : on compte Beauharnais à la tête de l'armée du Rhin du 30 mai au 17 août.

Custine à rarmée du Nord.

Gustine arriva au camp de César le 27 mai; il y était attendu avec impatience, non pas seulement par les officiers, comme l'avaient annoncé les haineux agents de Bouchotte, mais aussi par les soldats. Ces agents, Celliez et Varin, le déclarent eux-mêmes dans leur lettre du 29 mai :

Il a passé la revue de l'armée hier, ajoutent-ils. Il s'est arrêté devant chaque bataillon; il a parlé aux soldats de la nécessité de la subordination et de Tordre ; ils ont paru contents de le voir et surtout d'entendre parler de discipline.

Quand on a été battu, faute de discipline, on est payé pour en savoir le prix.

Custine ne connaissait que très vaguement encore et son armée et l'ennemi qu'il avait en présence. Il arrêta son plan de campagne sur les données qui lui étaient fournies. Il pouvait compter, croyait-il, 20 000 à 22 000 hommes au camp de César, et l'ennemi avait, disait-on, 18 000 hommes de cavalerie et 80 000 hommes d'infanterie devant Valenciennes, de Marchiennes à Bavai. Dans le plan qu'il soumit, le 28 mai, au Comité de salut public, il projetait de former

1. Arrêté des représentants, 24 mai (armée du Rhin, à la date), confirmation du Comité, 29 mai (AP-^ll, 46).

un camp retranché à la tête de la forêt de Mormale et d'inquiéter Tennemi sur sa gauche par une attaque contre Arlon, en joignant une partie de l'armée de la Moselle à l'armée du Nord. Bouchard ne pouvait manquer de répondre à son appel*. Mais Tarmée principale, l'armée du Nord, dans quel état se trouvait-elle alors? Le général écrit le 30 au Conseil exécutif :

Il faut nécessairement des troupes aguerries pour redonner de la vigueur et de Ténergie à celles de cette armée qui sont dans rabattement le plus effrayant.

Et le même jour à Lamarlière, en lui disant combien il était peu satisfait de ce qu'il connaissait de son armée :

Celle que vous commandez est la seule qui me donne de l'assurance et de la conûance. Sans cesse en présence de Tennemi, vous le contenez, vous le battez, quoique inférieur en nombre; vous êtes à cet égard bien mieux partagé que moi; car je suis forcé à rester dans ma position, sans pouvoir mettre un seul homme en avant '.

Le 1" juin, c'est à Kilmaine, le général de l'armée des Ardennes, qu'il s'adresse, et il lui expose la situation. Il lui faut défendre une frontière étendue avec une armée presque anéantie, et sa cavalerie est dans un tel état qu'il la renvoie sur ses derrières pour la refaire. Avant d'avoir réorganisé ses forces, il ne peut songer à attaquer. Mais Kilmaine a moins souffert, il est plus à portée d'agir. Qu'il occupe la tête de la forêt de Mormale pour empêcher l'ennemi de tourner sa position. Sedan, Mézières, Charleville, lui fourniront les moyens de compléter son armement. Tourville qui commande à Maubeuge le secondera. — Vaine espérance! Le lendemain, mieux informé, il écrit au MinisLre qu'il renonce à ce plan. L'ennemi est trop en force à Bavai '.

i. Il faut lire cette lettre tout entière. (Dépôt de la Guerre, armée du Nord, à la date.)

2. A la même date, Custine indique & Tourville, commandant de Maubeuge, les mesures à prendre en commun pour s'emparer de la tête de la forêt de Mormale.

3. Dépôt de la Guerre, armée du Nord, aux dates. Dans cette lettre

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C'était au Conseil exécutif, c'était aux représentants en mission de lui donner les hommes et de lui fournir les munitions nécessaires pour reprendre une offensive sans laquelle tout système de défense risque d'aboutir à la défaite. Hais dans le Conseil exécutif le ministre de la Guerre était l'homme dont nous avons vu l'esprit et les tendances à propos des autres armées. En fait de tactique, au lendemain de l'attaque où Dampierre avait péri pour sauver Valenciennes en dégageant Condé, il avait imaginé, pour débloquer cette place, de faire une diversion sur Oslende (13 mai) '. Quant aux représentants en mission, ils ne négligeaient assurément aucun nfoyen d'aider à l'action militaire. Lorsqu'on évacua le camp de Famars et qu'on abandonna Valenciennes à elle-même, sur les six qui s'y trouvaient le sort devait en désigner deux pour partager les travaux du siège. Briez voulut en être : c'est celui que ses collègues accusaient d'avoir pesé sur les opérations militaires, du moins prouvait-il qu'il n'en redoutait point les périls; le sort lui adjoignit Cochon. Les autres ne devaient pas rester inactifs '. Mais leur activité ne fut pas toujours bien réglée. Il en était arrivé du cantonnement des missions comme du morcellement des armées, quand une direction supérieure n'entraînait pas les généraux dans une action commune : chacun tirait à soi; d'où des divergences qui pouvaient nuire au résultat. Parmi les nombreux représentants envoyés à la seule armée du Nord ou dans les départements qui se trouvaient de sa circonscrip-

écrite de Cambrai comme la précédente, Custine expose au Ministre ses intentions. Il va conserver le poste quMl occupe, d'où il impose assez & Tennemi pour l'empêcher d'agir. — Il est inattaquable en appuyant sa gauche des inondations de l'Escaut. Il attend Leveneur, le seul capable de commander son armée en son absence; car il importe qu'il visite toute la ligne. 11 ajoute que Lamarlière continue à être heureux sur la Lys, et il fait l'éloge de ce général. — Le 24 mai, Lamarlière annonçait au Ministre les succès qu'il avait obtenus à Tourcoing. (Armée du Nord, à la date.)

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