Voy. la note XIII, aux Appendices
m LES REPRÉSENTANTS EN MISSION
par Hontz et La Porto. Custine, qui commandait rarinée «lu Nord avec l'armée des Ardennes pour annexe, avait eu sous ses ordres les armées des Vosges, du Rhin et même, jusqu'à un certain point, l'armée de la Moselle. Il lui était facile d'obtenir leur concours, surtout quand son lîdèle Houchard venait d'v recueillir sa succession. Mais c'est dans sa propre armée qu'il trouvait le plus de difficultés, et c'est là qu'il se voyait déjà miné par les agents de Rouchotte, quand Condé succomba. A Lille, nos forces étaient paralysées par l'opposition que faisait à Laniarlière, commandant de l'armée active, le commandant de place Favart avec l'appui de deux intrigants, Calandini et Dufraisse. A l'ouest de Lille, le général O'moran était jeté, contre ses désirs, dans cette aventure de la West-Flandre par les représentants Carnot et Duquesnoy. Disons Carnot, car Duquesnoy était resté malade à Bétliun*^ et c'(»st ce qu'il avait de mieux à faire. Au temps où il était à Dunkerque, il y faisait dire de lui (30 mai) :
Duquesnoi, député, est ici : il ne se comporte pas comme un père de la patrie, mais bien comme Noe donnant un mauvais exemple à ses enfants ^
D'ailleurs Furnes et Ostende, c'est ce que Carnot n'avait cessé d'avoir en vue dans sa mission. Il y persévérait plus que jamais *; et pourtant Lille, après Valenciennes, était
1. Arcli. du minislêrc des Affaires étrangères, France, regr. 32i, f« 3i".
2. « Je presse en vain le générai Omoran de nous porter sur Furnes et NicufK)rt où il n'y a personne depuis notre expédition, où nous serions en mesure de tomber à l'improvisle sur Oslcnde, Bruges et Dixmudc, où nous vivrions aux dépens de l'ennemi, d'où nous pourrions enfin tirer des contributions, des bestiaux, des fourrages, du bois de chauffage, choses qui sont pour nous de la première nécessité. U est d'une pru- <lence qui me désespère et que je nonimerois pusillanimité si je ne respcctois ses talents militaires; mais j'espère que Custine sera plus entreprenant : on l'attend au premier jour. » — On aurait pu souhaiter tpie Carnot le fût un peu moins alors.
«■ .le reviens en ce moment de Dunkeniue, où nos corsaires ont fait plusieurs prises très importantes. Je ne cesserai devons parler de l'armement «|uejc vousai proposé pour la Baltique, etc. «(Bergues, 16 juin 1193.)
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menacée d'être cernée par l'ennemi : Carnet lui-même le «lit en tête de sa lettre *.
Custine fut appelé à Paris.
Ce n'était gruère le moyen de faire sortir du camp i\v (lésar ces restes de l'armée du Nord en qui Valenciennes, plus exposée depuis la prise de Condé, mettait ses dernières espérances. On en donnait le commandement à un frénéral (le second ordre, Kilmaine, qui n'inspirait aucune confiane*^ Jiux soldats et qui avait lui-même tout à apprendre : il fallut que Custine différât de quelques jours son départ pour mettre son successeur au courant de la situation*; et cela paraissait trop long à ses ennemis; et leur ardeur redoublait en raison de ce commencement de succès. Le i8, Celliez écrit au Ministre :
Les patriotes ont applaudi aux reproches que le Père Duchesne fait à Custine.
Et pour sa part, il espère bien que Custine ne reviendra plus. Le 19, il dit à Hébert :
Depuis longtemps je me proposois de t'écrire pour t'apprendre quelques faits sur le général Moustache.
C'est sa manière de désigrner Custine, et il s'abandonn(» h la joie que lui cause une telle chute ^.
1. Les agents que le minisire <ie8 Affaires étrangères enlrelennil à la frontière du Norti lui rendent compte du mouvement des opérations |K.'ndant toute cette campagne, 25 et 30 mai, etc. (Arch.du ministère <lc> Affaires étrangères, France, reg. 324, f« 305, 347.) Us lui font passer aussi lies numéros du Journal général de la guerre, que l'ennemi faisait paraître â Bruxelles. (Ibid., reg. 326 et 327.) On peut signaler en particulier la correspondance de Gadoile qui écrit de Dunkenpie, le 29 juillet, à un des hauts employés du ministère :
- J'ai dans la Belgique huit émissaires et deux chefs de station; J'ai quatre rAdeurs inlra limites pour observer et recevoir les avis de ceux «le rintérieur de la Belgique. La machine est très bien montée, elle va •le même; et j*ai la douleur de la voir, au premier jour, s'arrêter faute <Ie fonds. • (Registre 327, f» 280.)
2. Lettre de Custine à Bouchot te, armée du Nord, 16 juillet.
3. Même ardeur pour le perdre à l'armée du Rhin. L'agent GAteau. enfermé dans Mayence, écrit le 19 juillet, à Vincent, secrétaire général (le la Guerre, pour lui recommander d'envoyer promplenient à un cer-
A la même date, annonçant à Bouchotte la prise de Condé, il dit :
Les patriotes espèrent que Custine sera destitué. Ses partisans travaillent Tesprit des soldats et disent : « Point de Custine, point d'armée. »
Le 24, il a appris son arrestation et il adresse au minisire ses applaudissements. Le 25, ce sont les représentants Levasseur, Delbrel et Letourneur qui, à Cambrai, propagent cette nouvelle et ils ajoutent :
Ne voyez que la chose publique. S'il est innocent, ses ennemis seront confondus. Dans une république, plus un général a de talents militaires, plus on doit surveiller sa conduite *.
En même temps, les accusations et les intrigues redoublent à Lille contre Lamarlière, le seul homme dans Tannée du Nord qui eût pu alors remplacer Custine, si Ton commettait la faute de le remplacer *. C'est au point que Duhem, un montagnard assez prononcé pourtant, qui con-
tain Misobasilc Sorel, séide de Marat, auteur, dit-il, de la lettre du 18 mai (conlre les Girondins) à la Convention, tout ce qui a rapport à l'armée du Nord, afin que ce misérable soit complètement démasqué. • C'est de lui, ajoute-t-il, que j'attends sous peu le développement des 47 chefs d'accusation contre notre scélérat. » (Armée du Rhin, à la date.)
i. Armée du Nord, aux dates.
2. Le 12 juillet, Bouchotte adressait au Comité de salut public la correspondance des généraux Custine, Favart, Lamarlière et Songis. 11 disait que Lille était dépouillée de 76 bouches à feu et que les opérations de Lamarlière tendaient à laisser la ville presque sans garnison. Il invitait le Comité à prononcer sur la conduite de Lamarlière, qu'il accusait encore d'avoir fait arrêter arbitrairement les commissaires du Pouvoir exécutif et donné l'ordre tyrannique de fusiller des soldats pour des fautes légères. — Les accusations ne se bornèrent pas là. — Le 13. Favart se plaint au Ministre des inconvénients qui résultent du droit que le général Lamarlière conserve de disposer des troupes de la garnison de Lille et de faire entrer les trompettes ennemis dans la ville. A la môme date, Calandini adresse la même plainte à la société des Jacobini^. Le 17, Favart insiste encore auprès de Bouchotte; Lavalette dit au Ministre que Lamarlière a la même ambition que Lafayette, et il adresse au Comité de salut public toutes les dénonciations qu'il a pu recueillir. J'ai cité plusieurs de ces pièces et d'autres encore dans le procès de Lamarlière. (Uist. du tribunal révolutionnaire de Paris, t. II, p. 102 et suivantes.)
naissait bien Lille, son pays, on a le cœur soulevé et qu*il écrit au Comité de salut public, demandant qu'on mette un terme h sa mission :
J'ai vu dans les papiers publics qu'un décret défend aux membres de la Convention nationale d'être commissaire dans leur département, qu'un autre décret fixe à quatre les membres des commissaires près des armées, tandis que nous sommes «louze ici. Je suis donc doublement [rappelé] dans le sein de la Convention, et certes il y a longtemps que je le désire ; mais par quelle fatalité avez-vous plus de confiance en quelques aventuriers brouillons, comme La Valette et son adjudant général, le comédien Dufraisse... plutôt que dans ceux de vos collègues qui ont fait leurs preuves depuis longtemps? Vous êtes circonvenus, citoyens, et voici comment. Les bureaux de la Guerre, qui renferment maintenant ce qu'il y a de plus corrompu dans la République, veulent perdre la France; ils n'accueillent et ne voient que les fripons. Ces fripons savent très bien que la Commission du Nord commence à voir clair dans leurs brigandages. Ije fameux Ronsin, actuellement général, fluguenin, Bridet et autres coquins ne nous pardonneront jamais d'avoir saisi pour deux millions d'effets qu*ils ont volés à la République; ils craignent de rendre compte des sommes qui leur ont été données par le ministre de la Guerre et de celles qu'ils ont extorquées en Belgique.
Je vous prie donc, chers collègues, de motiver mon rappel, qui est décidé dans les bureaux de la Guerre^ sur ma demande et sur les lois.
Il resta pourtant, et tandis que le Comité, sous rinfluence des Jacobins, amis de Lavalette, de Calandini et de Dufresso, destituait Lamarlière (22 juillet), Duhem et son collègue à Lille suspendaient Lavalette et mettaient en arrestation Dufresse (23 juillet). Nous aurons à dire qui l'emportera à la fin. Pour le moment, il s'agissait moins de Lamarlière que de Custine. Deux terribles nouvelles arrivaient coup sur coup. Mayence capitulait le 23 juillet, Valenciennes le 28, le jour même où Ton apprenait la capitulation de Mayence. — Ce même jour, 28, Delbrel, Levasseur et Letourneur écrivaient à la Convention pour lui remon-
Iror Télat critique de rarméo du Nord et solliciter des secours pour Valenciennes \ Il était bien temps !
L'impression de cet événement fut profonde, car les suites en pouvaient être incalculables. Carnot, qui (le 16 juin) reméditait une attaque sur Fumes, écrit à un collèfi^ue cjui Ten informait (31 juillet) :
Je suis abasourdi, mon cher collègue, par l'affreuse nouvelle que vous me donnez de la prise de Valenciennes. Quels sont les lâches qui ont défendu celte place et à quels hommes, grand Dieu! sommes-nous livrés...?
On nous disoit hier que les ennemis avoient été repoussés...
Pourquoi ne s'était-il pas fait mieux renseigner et pourquoi n'avait-il pas agi?
J'en reviens à la prise de Valenciennes, c'est le comble de la lâcheté et de la trahison, et je n'y crois pas. Si l'on eût marché' sur Ostende quand je le voulois, l'état des choses seroit bien différent.
Toujours cette incroyable lubie de prendre Ostende pour débloquer Condé, de prendre Ostende pour sauver Valenciennes!
Le 2 août, nouvelle lettre où l'indignation déborde, (iapiluler, sans la moindre brèche!
On ajoute même, dit-il, que le siège n'étoit pas encore commencé, c'est-à-dire que les ennemis n'avoient pas encore mis le
1. Armée du Nord, à la date. — Rappelons, comme un signe de bonne volonté, le dessein des habitants de Lille, transmis le 17 juillet par Duhem et Lesage-Senault à la Convention : c'était de se concerter avec les quatre départements voisins pour se lever tous à la voix du tocsin et du canon : • La générale serait battue, le canon d*alarme serait tiré, le tocsin sonnerait partout à la fois pour faire lever en un instant 300 000 hommes libres, et, guidés par l'intrépide armée du Nord qui leur ouvrirait le chemin de la victoire et de l'honneur, de tomber en masse, à la manière des anciens Gaulois, sur ces hordes de brigands, de les exterminer et de porter ainsi, dans l'Europe étonnée, la terreur et la consternation. • (Séance du 20 juillet. Moniteur du 22, t. XVH, p. 186.) — Projet trop magniflque! et les deux représentants le transmettaient sérieusement à la Convention. Mais, à ce moment même, Cusline était rappelé (12 juillet).
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pied sur les parties internes de la fortification qui sont les glacis. Il est impossible que nos collègues Cochon et Briez ayent donné les mains à cette ignominieuse capitulation.
Et le 4 août :
On prétend maintenant que Valenciennes s*est bien défendue. h^ n'en crois pas un mot *.
Ce qui pourrait excuser ce lanjçagv de Carnet, c'est la parfaite ignorance où il semble être de la situation. Le sirge n était pas encore co77ime ncé / Mviis la ville était bloquée depuis le 23 mai; elle était bombardée depuis lo li juin : du 14 juin au 27 ou 28 juillet, 43 jours de bombardement jour et nuit! Le canon s'entendait du quartier général sous Bouchain; et durant ces quarante-trois jours Carnet y était venu parfois, sans doute; et c'est alors qu*il faisait celte campagne de Furnes dont le déplorable résultat lui inspira la résolution, d'ailleurs fort honnête, de ne pas aller plus loin! Le siège n était pas commencé/ mais la ville était à moitié détruite. Les ennemis n avaient pas encore mis le pied sur les parties externes de la fortification qui sont les glacis. Ils venaient au contraire d'enlever deux ouvrages où ils n'étaient 'plus séparés de la courtine que par la largeur du fossé! Le mur d'enceinte était entamé et des batteries, récemment construites avec les canons amenés de Condé à Anzin, balayaient le rempart de la porle de Mons, de manière à en rendre le séjour impossible.
5/ nous eussions marché sur Ostende quand je le voulois ! dit-il encore. Si Custine avait fait tout son devoir, — c'est la seule chose dont on puisse le reprendre, — il aurait fait marcher les généraux de son armée là où était l'intérêt capital, à la délivrance de Valenciennes, et n'aurait pas souffert qu'ils fussent distraits de ce but, pour des expéditions de fantaisie, par un représentant du peuple, fût-il Carnot !
i. Ârch. nat., AFII, 233, pièce 431. Cf. Armée du Nord, aux dates.
Valenciennes était écrasée, mais elle avait retenu tro mois les Autrichiens devant ses murs, trois mois qi avaient donné à la Convention le temps de se reconnaîtr» Quand, après quarante-trois jours et quarante-trois nui de bombardement, elle ouvrit ses portes à Tennemi, el avait sauvé la France *.
{. Sur le siège de Valenciennes, voir la noie XIV, aux Appendices.