Moniteur du 12 juillet 1792, t. XUI, p
3. « Je vous ai mandé dans ma dernière dépôche, disait-il, que je voulais déclarer les bords du Rhin en clat de guerre à deux lieues de distance; mais des réflexions ultérieures m'ont fait craindre d'outrepasser mes pouvoirs. Il faut qu'un général puisse ordonner aux habitants de rentrer leurs denrées; il faut qu'il puisse leur faire prendre les armes, leur prescrire un service habituel, commander des services de voilures, ordonner aux habitants d'approvisionner ses armées de munitions de guerre et de bouche. Il est une multitude d'autres mesures nécessaires h la sûreté des places et qu'il faut autoriser les généraux de prendre. » — 11 en a pris et il a été obéi. — « Mais ce zèle digne de toutes sorte;»
au Comité militaire, sans que la pensée de nommer des commissaires, pour suppléer en ces matières auxgénéraux» vînt davantage à Tesprit de personne, ou plutôt on l'avait écartée, comme Tindique un mot de Grangeneuve dans la
séance du lendemain :
L'Assemblée a été sur le point d'envoyer des commissaires à Tarmée pour savoir parfaitement quel est l'état des forces de TEmpire.
Encore ne s'agissait-il ici que d'une enquête à faire. L'arrivée de Luckner h Paris sembla suffire pour en dispenser. Deux jours après (18 juillet), quand Tardiveau soumit à la délibération un « projet de décret tendant à Tenvoi de huit commissaires, pris dans le sein de l'Assemblée nationale, pour visiter les différentes frontières », un murmure général, dit le Moniteur, suivit la lecture de ce projet; de toutes parts on demanda la question préalable et La Porte la motiva en disant que « toute espèce de surveillance particulière par quelques membres de TAssemblée tendrait à affaiblir en quelque sorte la responsabilité du Ministre ». Lacombe-Saint-Michel tenta pourtant de remontrer les bons effets que pouvait avoir la mesure :
Vos commissaires surveilleront les traîtres et encourageront les patriotes. Ils sauront prouver aux soldats patriotes que les législateurs partagent leurs fatigues et leurs dangers.
Mais d'autres résistèrent au point de vue de la responsabilité ministérielle qu'il fallait maintenir tout entière, et l'Assemblée, adoptant ces motifs, décréta qu'il n'y avait pas lieu de délibérer sur le projet du Comité.
Ainsi point de représentants aux armées. Les circonstances allaient bientôt modifier la politique à cet égard.
Il n'y avait plus au Ministère personne qui put diriger
d'éloge est bien loin d'être partagé par tous les habitants de ces contrées, et il est des mesures que nous n'oserions tenter cju'avec Tappui de la loi. » (Séance du 15 juillet 1792, t. XIII, p. 152.)
CH. XXVI. — FRONTIÈRE DU NORD (aVRIL-SEPTEMBRE 92) 9
les opérations militaires. Les minislrcs de la Guerre changeaient pour ainsi dire de semaine en semaine. Après Servan (11 mai), Dumouriez (13 juin); après Dumouriez^ Lajard (18 juin); après Lajard, D'Abancourt (28 juillet). Quant aux généraux, on ne sait non plus qu'en dire. Une note du'Moniteur (16 juillet) porte que Lafayctle commandera en sous-ordre dans le nord, de Montmédy à Dunkerque, et Riron sur le Rhin*. Mais Dumouriez qui, en sortant du ministère, était allé au camp de Maulde, qu'en faisait-on? Dans la correspondance officielle, il est dit être chargé par înlérim de l'armée du Nord, et ses lettres témoignent qu'il avait une position fort indépendanle. Lafayctle, qui s'était applaudi de sa chute, s'inquiète de le retrouver a cette armée dans un commandement dont il se croyait lui-même investi, et il écrit au nouveau ministre D'Abancourt sur un ion qui n'était guère non plus d'un subordonné :
Une nouvelle à laquelle je ne crois point et que je regarde comme une plaisanterie, c'est la résolution que vous auriez prise d'envoyer M. Dumouriez dans Farméc que je commande. Je l'ai accusé hautement de folie ou de trahison envers la chose publique; et moi je n'examine pas si j'ai eu raison ou tort, mais je l'aurois demandé à ses protecteurs eux-mêmes, avant que M. Brissot leur chef l'eût déclaré le plus vil des intrigants. Se peul-il qu'un général d'armée, qui a exprimé sur un lieutenant général une pareille opinion soit censé pouvoir lui remettre la destinée d'une partie des hommes et des places qui lui sont confiées?
J'ajouterai que M. le maréchal Luckner a été assez mécontent de M. Dumouriez pour demander au roi qu'il l'ôtât de son armée et pour m'écrire à moi-même qu'il ne vouloit plus correspondre avec lui * (4 août).
L'abstention de l'Assemblée avait donc laissé le pouvoir exécutif entièrement responsable de ces querelles comme des suites qu'elles pouvaient avoir. En fait, elle le laissait