‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 74 sur 225 · IV. — iO · texte numérisé non relu

IV. — iO

Jourdan. — Bataille de Wattignies.

L'ennemi avail renoncé à Dunkerque et, à ce qu'il paraît, se souciait peu de Béthune ; mais il se portail en force vers Test (lu département, et, après Condé, Valenciennes et le Quesnoy, il voulait prendre Maubeuge. Mîirchant méthodiquement, il ne pouvait mieux faire pour s'avancer vers le cœur de la France par la trouée de la Sambre et de l'Oise *.

Jourdan, qui arrivait au quartier général de l'armée du Nord, venait d'avoir la preuve que l'ennemi se dirigeait de ce côté-là :

L'ennemi, écrit-il le 1" oclobre, a forcé nos avant-postes et menace d'investir Maubeugc, Landrecies et Avesnes.

Il annonçait qu'il prenait des mesures pour réunir 40 000 hommes, et le lendemain il pouvait reconnaître que ce n'était pas sans raison : on lui faisait savoir que le 29 septembre Maubeuge était cernée par 30 000 hommes dont 20 000 à cheval. Le 3 octobre, Berlier et Trullard sont à Dunkerque, d'où l'on a fait parlir 10 000 hommes pour Maubeuge; Jourdan va marcher avec ses 40 000 hommes et demande au Ministre de porter sur Avesnes une partie de l'armée des Ardennes; et le 4, il annonce que le i2 ou le 13 il attaquera Tennemi devant la place assiégée. Le 5, les Autrichiens ont enlevé les représentants du peuple qui sortaient de la ville, notamment Drouet, — petite perte que celle-là! — Le 6, le Ministre, répondant à l'appel du général, lui dit qu'il pourra disposer de l'armée des Ardennes comme il voudra pour couvrir son flanc droit. Toutes les forces existantes, depuis Dunkerque jusqu'à Carignan,

1. Un arrôlé du 30 scplembrc confirma ou renouvela les pouvoirs des agcnls envoyés aux armées. A l'armée du Nord : Celliez, Varin, Châles (le frère du représentant), Berton; — k l'armée de la Moselle : Mourgoin, Deltreil; — à l'armée du Rhin : Berger, Iteukin; — à Tarmée des Alpes : Clievrillon, Prière; à Tarmée d'Italie : Brûlé, Verjade.

concourront à son entreprise. En cachant ces mouvements aux ennemis, il devra faire en sorte que, pendant qu'il les ballra sur la Sambre, ils soient attaqués sur tous les points à la fois '. — A ces mesures énerjriques, à ce plan d'opéralions, on reconnaît l'inspiration de Carnot.

Carnot voulut être à Tœuvre autrement que par ses conseils. Le 9, il est à Guise ou, comme on disait alors, à Réunion-sur-Oise, et il put juger par lui-même conjibien, là aussi, nos braves soldats étaient mal outillés pour combat- Ire. Il écrit au Comité de salut public :

Nous sommes tellement pressés, citoyens collègues, par le besoin des choses les plus essentielles que nous prenons le parti de vous envoyer un courrier extraordinaire, pour vous les demander. Il nous faudroit au moins quinze mille baïonnettes. Nous ne pouvons pas charger les ennemis à la françoise, si nous n'en avons point; envoyez-nous donc tout ce qui en existe de disponible. Vous connoissez aussi notre pénurie de souliers. On a ramassé dans les environs tout ce qu'on a pu s'en procurer, mais les trois quarts des soldats sont encore pieds nus. Heureusement qu'il fait encore assez beau. Le besoin d'habits est un peu moins pressant; mais il y a quelque chose de fâcheux à cet égard et qui indispose les vieux soldats : c'est que des bataillons de nouvelle levée sont supérieurement vêtus, tandis que ceux qui viennent de faire la guerre et qui vont encore marcher à Tennemi sont tout délabrés. Cependant les premiers sont parfaitement inutiles, car ils n'ont pas même de bâtons à la main; ils sont d'ailleurs de la plus grande beauté, mais ils ne font que consommer des subsistances qu'on a bien de la peine à se procurer; nous venons de faire la revue des camps avec le général; les soldats ont confiance en lui et ne demandent qu'à se battre; nous espérons ne pas les faire languir. Nous attendons le reste de la colonne. L'ennemi fait de grands mouvements, l'affaire sera chaude, mais nous vaincrons et la pairie sera sauvée. Envoyez-nous en toute diligence des souliers, des habits et surtout des baïonnettes et des fusils, s'il est possible.

Signé : Carnot.

El le 10, déplorant le vide opéré dans les armes savantes :

*• Armée du Nord, aux dates.

Nous ne pouvons vous dissimuler qu'un de nos malheurs est de manquer d'officiers d'artillerie et de génie. On nous donne pour adjoints dans ce dernier corps des jeunes gens qui savent à peine lire *.

La bataille se livra non le 12 ou le 13, comme Tavait annoncé Jourdan, mais le 13 et le 16, au voisinafre de Maubcuge, vers le village de Wattignies. Le premier jour, le résultat ^ut douteux. La droite et le centre avaient obtenu quelques avantages, mais la gaucho avait été moins heureuse. Le second jour fut décisif: Tennemi dut abandonner le champ de bataille. Carnot et Duquesnoy son collègue, ' qui prirent part à l'action, firent dans leur rapport un grand éloge du général Duquesnoy, frère du représentant, qui commandait une des ailes *. Les agents du Ministre qui assistaient à la bataille, Cellîez et Berlon, en rabattent un peu, sinon dans le récit de ces journées, au moins dans le jugement qu'ils portèrent (juelques jours plus tard sur les rap[)orls du général avec les représentants.

Carnot, comme membn» du Comité de salut [)ublic, et Ducjuesnoy, comme collègue de Carnot, avaient [)ris dans le camp un air de supériorité qui déplut aux agents de Boucholte. Ils les dénoncent, et si quelque sentiment d'envie les inspire, on peut bien dire qu'au fond ils n'ont pas tort :

Nous savons que Jourdan est tellement entravé dans ses opérations que déjà il auroit donné sa démission, sans quelques patriotes qui l'en ont détourné; mais cela n'empêche pas que

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