Ârch. nal., AF II, 233, à la date
2. Lettre de Jourdan au président de la Convention (16 octobre) ; de Carnot et Duquesnoy, 17 octobre. — Jourdan loue les deux représentants (quartier général d'Avesne, H octobre); il signale le général Ducjuesnoy comme ayant forcé « le camp et le posle de Wattignies, que sa position rendait imprenable; mais rien n'a résisté à la bayonnclle des républicains ». {MonHeur du 28 du 1^»" mois, lU octobre 1193, t. XVIIK p. 152.) Carnot, Duquesnoy et Bar, dans leur lettre datée de Maubeuge. à la même date (0 de la 3« décade du 1" mois, 17 octobre), font à leur tour l'éloge de Jourdan {ihid., p. 105). — Hentz voulait qu'au moins on mît auprès de Jourdan un homme pour s'occuper de la partie secrète : «t H n'y a personne ici de propre «, écrivait-il au Comité de salut public, !e 8 du 2' mois, 29 octobre. (Arch. nat., AF II, 129, dossier 29, pièce 4.)
eu. XXIX. — FIN DE LA CAMPAGNE DE 1793 149
souvent il a beaucoup de chagrin de voir que des hommes couverts de l'inviolabilité nationale sont tout à l'armée, excepté ce qu'ils doivent être. Nous sommes cependant forcés de dire que Juurdan a montré de la foiblesse envers les représentants, en souffrant que, lors de la bataille des 15 et 16 de ce mois, ils ayent donné impunément des ordres à des officiers généraux. Nous voyons d'ailleurs que Jourdan a porté la complaisance ou la foiblesse jusqu'à faire un éloge pompeux du général Duquesnoy, frère du représentant, et qu'à peine a-t-il parlé des autres qui ne se sont pas moins bien montrés que lui. Pourquoi donc, le 45, Jourdan témoigna-t-il hautement son étonnement de ce que la colonne de Duquesnoy ne donnoit pas, lorsque le centre <*l la gauche se battoient depuis deux heures? Si Jourdan eût eu plus de fermeté, il n'eut pas souffert que le représentant Duquesnoy logeât avec lui, ne le quittât pas, et que, de concert avec son collègue Carnot, ils eussent, pour ainsi dire, été les généraux de Tarmée; mais il a craint de déplaire à la représentation nationale; il a craint peut-être d'être dénoncé par les représentants, et c'est ainsi que, par une condescendance qui a toujours existé entre les généraux et les représentants, ils ont réciproquement fait l'éloge les uns des autres. Quoi qu'il en soit, Jourdan est pur, et nous espérons qu'enfin il sçaura déployer l'énergie d'un républicain, qui, fier de la cause qu'il défend, ne doit pas souffrir que des hommes fassent ce qu'il doit faire, mais doit les rappeler à leurs devoirs, lorsqu'ils s'en écartent *.
Celliez, Berton.
La victoire n'eût pas été parfaite sans quelque immolation de général. Ce ne fut pas le général en chef, il est vrai, mais la quantité tint lieu de la qualité. Le 18, le représentant Duquesnoy écrivait au bureau cenlral des représentants du peuple à Arras :
Citoyens collègues, je vous envoyé quatre jeanfoutres à raccourcir : le général Gratien ; le commandant du 25" régiment de cavalerie qui a refusé d'obéir à Fromentin; le commandant temporaire de Maubeuge (Chancel), qui a eu trop d'égards pour Cobourg. Le4«est un Irlandais nommé Mandeville que j'ai enlendu nommer ce matin M. le marquis. Comme je n'aime pas les marquis, je vous l'envoyé.
i. Armée du Nord, 13 et 26 octobre.
Et les agrents du Ministre pour ne pas rester en arrière dénonçaient le général de Beaurejrard, l'ancien commandant d'une division de l'armée des Ardennes, comme ayant passé à l'ennemi. Le surlendemain, ils reconnaissaient qu'ils s'étaient trompés; mais ils n'en demandaient pas moins son arrestation et ils l'obtinrent. On le trouve, le 26 octobre, détenu à la citadelle d'Arras *. Duquesnoy, on vient de le voir, espérait bien qu'il n'y serait pas longtemps, et le 9 décembre il écrivait :
Les ci-devant généraux de brigade Gratien et Hichardot, les ci-devant généraux divisionnaires Omoran, Deauvegard , Chnncelf Davnine^ Meranvue, seront jugés par la commission révolutionnaire établie à Arras.
Il n'en fut pas ainsi. Par un arrêté du Comité de salut public (9 nivôse, 29 décembre), O'moran, Chancel, Uichardot et Davaine, mis en arrestation à Arras, furent transférés à Paris et, lo 16 (5 janvier 1794), conduits dans des maisons d'arrêt*. Mais O'moran, Chancel et Davaine fin-ent un peu plus tard (16 ventôse, 6 mars 1794) traduits devant le tribunal révolutionnaire et ils périrent sur l'échafaud ^.
Une plus illustre victime les avait précédés, je veux parler de Iloucbard; il subit en quelque sorte le contre-coup de la bataille de Watlignies. Quand sa victoire de Ilondschoote sur les Anglais n'avait pas eu plus de résultat, comment admettre qu'il ne fût pas un traîlre?Les représentants
1. Chancel, ancien commandant de Condé, prisonnier de guerre avec la garnison, libéré par échange et nommé alors général de division, commandant de Maubeuge. Jourdan, sans l'arcuser de trahison, s'était plaint de rinaclion oîi il était resté en entendant le canon de Wattignies (Jourdan au Ministre, 21 octobre), et le général allégua vainement qu'en sortant de la ville, il eiU craint de tomber dans un piège et de livrer, sans défense, la place qu'il avait mission de garder.
Paillot de Beaiiregard, bien qu'arislocrale, fut heureusement oublié dans sa prison; il en sortit pour aller, un peu après, à l'armée de rOuesl (25 prairial an III, 13 juin 1793, et fut réformé le 1»' vendémiaire an V, septembre 1197, à l'dge de soixante-trois ans).